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Au-delà des frontières

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 15: Dùn
(par Isiliel, ajouté le 04/05/06 22:25)


Quand je me réveillai, je trouvai Elrohir allongé à côté de moi, me regardant en souriant.
"Tu sais quoi ?
-Quoi ?
-Tu baves en dormant. "

Je tentai de le frapper avec mon oreiller, mais il l’évita en riant et m’embrassa avec tant de fougue que je lui pardonnai sur le champ.

Une heure plus tard, nous prenions congé de notre ami hobbit et repartions par la Vieille Route du Sud. Le Rohan était loin. Les Jumeaux estimaient le voyage à environ deux mois.

La route passait par des landes, des bois, des prairies à travers l’Eriador. Le froid était plus vif de semaine en semaine et je faisais une grande consommation de la potion réchauffante d’Elrohir. Mes guides profitèrent de tout ce temps à disposition pour m’apprendre le Westron, à écouter le sol, à connaître les plantes qui guérissent, à déchiffrer le vol des oiseaux, à vivre dehors. Nos vivres emportées de Fondcombe s’étant épuisées, Adal nous en avait gentiment procurées d’autres. Mais nous les agrémentâmes souvent avec le produit de la chasse des deux frères et de la cueillette de plantes comestibles.

Nous croisions parfois des caravanes de marchands ou des cavaliers. Depuis la restauration de l’Arnor, les échanges s’étaient considérablement développés entre le Nord et le Sud. On voyait aussi beaucoup de villages en construction. Les guerres, les inondations et la Grande Peste avaient dévastés ces terres, mais depuis la Chute de Sauron, les hommes se multipliaient et recolonisaient les anciens territoires.

Un soir, nous nous arrêtâmes dans une forêt particulièrement silencieuse en Pays de Dùn. Cela faisait deux mois jour pour jour que nous avions quitté Fondcombe. Les bois étaient sombres et humides. Elladan avait un mal fou à allumer le feu et les chevaux étaient nerveux.
"Quelque chose est à l’affût, dit Elrohir en tendant la main vers son arc. "

A ce moment, des dizaines d’yeux s’allumèrent dans les arbres et les fourrés alentours. Il y eut quelques secondes d’immobilité absolue. Puis ils attaquèrent.
"Des farfadets ! cria Elladan. "

Si vous vous imaginez les farfadets comme de gentils petits lutins farceurs, je vous arrête tout de suite. En Terre-du-Milieu, ils sont tout en dents, en griffes et en poils noirs. Et ils sont très agressifs.

Ils déferlèrent en poussant des piaillements stridents. Je dégainai Turumacil, mais la multitude d’assaillants m’obligeai à faire de grands moulinets pour les tenir à distance. Elrohir décochait des flèches à une vitesse hallucinante, mais son carquois n’était pas inépuisable.
"Il faut allumer le feu ! cria-t-il à son frère.
-Le bois est trop humide ! "

J’entendis les chevaux s’enfuirent en hennissant de terreur. Un farfadet profita de ce moment d’inattention pour me sauter à la gorge. Je hurlai un chapelet de mots en français que je ne retranscrirai pas ici pour cause d’autocensure. Je le saisis en serrant le plus fort possible. Le squelette était fragile et se brisa dans un craquement écœurant. Mais une dizaine de ses congénères me submergeait à présent et je tombai à terre. Elrohir essaya de m’aider, se faisant mordre à son tour.
"Elladan !
-Ca y est ! "

Une flamme jaillit. A sa vue, les farfadets hésitèrent et j’en profitai pour en écraser quelques uns de plus. Elrohir saisit une branche enflammée et les fit fuir. Mais ils se rassemblèrent à quelques mètres, dans l’ombre. Mon ami m’aida à me relever, tandis que son frère alimentait le feu le plus possible. Nous étions tous couverts de morsures.
"Ils nous en veulent personnellement ou ils sont toujours comme ça ? demandai-je, choquée par la violence de l’attaque.
-Ils sont affamés, répondit Elrohir. Pas étonnant qu’il n’y ait aucun bruit dans cette forêt. Ils ont du en dévorer toute la faune ! J’espère que les chevaux ont pu s’enfuir suffisamment vite.
-Je pensais qu’on ne les trouvait que dans le nord des Monts Brumeux, ajouta Elladan. Je me demande comment ils sont arrivés là. En tout cas, ils ne partiront pas avant que le jour se lève. La nuit va être longue. "

Elle le fut, en effet. Les farfadets ne relâchèrent pas leur vigilance hostile. Ils formaient une barrière noire, piquetée de regards phosphorescents. Parfois quelques téméraires s’avançaient, mais un brandon adroitement lancé les faisaient fuir dans un concert de cris aigus.

Tout alla bien tant que nous avions de quoi alimenter le feu. Mais vers le milieu de la nuit, nous avions utilisé tout le combustible autour de nous. Et la barrière affamée nous empêchait d’en prendre plus loin. Il fallut déplacer le feu, petit à petit, sans l’éteindre, fendant la masse grouillante derrière nous, tandis qu’elle se refermait derrière nous.

Je n’avais pas besoin d’aussi peu de sommeil que les elfes et je finis par m’endormir, la tête sur les genoux d’Elrohir. Je me réveillai plusieurs fois, à cause des cris des farfadets, mais à chaque fois il me dit :
"Tout va bien. Dors, melleth nín.* "

*melleth nín (sindarin) : mon amour.

Voir le chapitre 15 sur 26



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.