Chapitre 16:
Bonnie Blue Flag
(par
Gurth, ajouté le 20/03/07 17:38)
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Old Confederate Veteran's Home Cemetery, Higginsville, Missouri, 17 mars 1998, 03:35 PM.
Une dizaine d’hommes déguisés en confédérés se tenaient face aux tombes de véritables rebelles. Tous avaient dépassés la quarantaine et arboraient d’amples bedaines. Adossé à un arbre à quelques dizaines de mètres de là, un véritable colosse les observait. Il les trouvait touchants, mais aussi un peu ridicules et obscènes. Les soldats enterrés ici n’avaient été que des adolescents faméliques. Le petit groupe costumé entama un chant, et depuis son arbre, Bill Strider se mit à fredonner à mi-voix.
We are a band of brothers and native to the soil, Fighting for the property we gained by honest toil; And when our rights were threatened, the cry rose near and far, "Hurrah for the Bonnie Blue Flag that bears a single star!" Hurrah! Hurrah! For Southern rights hurrah! Hurrah for the Bonnie Blue Flag that bears a single star.
Ça rendait vraiment bien, Bill devait le reconnaître. Au troisième couplet, il aperçut un nouveau venu qui venait vers lui, et arrêta de chanter. L’autre vint se placer juste à côté de lui, et glissa : « Plutôt sinistre, non ? - Moi j’aime bien, fit Bill. Je comprends vos réticences. - A cause de ça ? Il montra sa main, désignant par là sa couleur de peau. Bill acquiesça. - Mes ancêtres étaient esclaves dans le coin, je crois. Mais c’est plutôt du cimetière en soi dont je voulais parler. Je me présente : Charles Parker. Rien à voir avec un oiseau. - Bill Strider. - Elen sila lúmenni, omentielvo. »
Bill déglutit. Il plaqua son mètre quatre-vingt dix contre l’arbre pour ne pas chanceler. La dernière fois qu’il s’était senti dans un pareil état, il était à couvert sous un porche de Mogadiscio, son visage couvert du sang du sergent-chef. Mais si la sensation physique était la même, l’émotion était bien différente. Il avait attendu ces mots depuis des années, tout en étant persuadé que sa vie s’écoulerait sans qu’il les entende jamais. « J’ai besoin d’un ranger, fit Charles Parker. L’autre tira un paquet de Lucky Strike, en alluma une et tendit le paquet à Charles. Ils fumèrent en silence. Le groupe costumé était parti chanter de l’autre côté du cimetière. On entendait Dixie’s Land dans le lointain. Les deux hommes écrasèrent leurs mégots, et restèrent encore un moment sans rien dire. Puis Bill demanda à Charles de regarder la pierre tombale qui se dressait juste devant eux. C’était un simple bloc de granite, décorée à son sommet d’une croix. On pouvait y lire :
CAPT WILLIAM C QUANTRILL MO PARTISAN RANGER CSA 1837 1865
« Lui était un ranger. Un héros. Un criminel de guerre. Il a massacré des hommes et des adolescents désarmés. Mais il aurait personnellement mis une balle dans la tête du premier de ses hommes qui aurait touché une femme. - Ce n’était pas le pire des irréguliers, dit Charles. J’ai lu un bouquin sur lui. - Ce que je me suis toujours demandé… Quel place a le… contexte dans la vie d’un homme ? Si Quantrill avait combattu pendant la seconde guerre mondiale, aurait-il été un méprisable assassin ? Et au Vietnam ? Et moi ? - J’ai besoin d’un ranger, répéta Charles. - Sergent Bill Strider, 3ème Bataillon, 75ème Régiment de Rangers, en retraite, au rapport, monsieur. »
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