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Au-delà des frontières

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 17: Rohan
(par Isiliel, ajouté le 24/10/06 17:51)


Trois jours furent nécessaires pour arriver en vue d’Edoras. La colline verte était couronnée de maisons et une rivière bondissante coulait à son pied. Un rayon de lumière frappa le Palais d’Or qui s’illumina.

Il avait plu la veille. Le sol était marécageux autour du cours d’eau et nos chevaux pataugeaient sur la piste. L’herbe des prairies ondulait comme les vagues d’un océan de verdure. Au pied de la colline, je distinguai une foule sombre. Au milieu des pleurs, je perçu les paroles d’un chant.
"Bealocvealm hafad freone frecan forth onsended…"*

Les gens entouraient un tertre parmi d’autres couverts de fleurs blanches.
"Eogel est mort, dit Elrohir.
-Nai fëarya hiruva i tie**, psalmodia Elladan. "

Nous descendîmes de cheval, mais restâmes à l’écart. Je ne comprenais pas les paroles prononcées, mais elles étaient lourdes d’émotion et je me sentis triste, comme si Eogel était un parent. Quand les funérailles prirent fin, deux hommes et une femme vinrent nous rejoindre. Elladan échangea des condoléances et des présentations en Rohirric, qu’Elrohir me traduisit. Nous étions en présence des enfants d’Eogel :Fengel, Fenheld et Fenhild. Ils étaient dans la force de l’âge, les cheuveux blonds et les yeux gris, avec une sorte de grâce typiquement elfique. J’appris qu’Elfwyne, le père d’Eogel avait épousé Silmiel, une des filles d’Arwen et d’Aragorn.

"Nous sommes honorés de recevoir la visite de guerriers ayant combattu au côté de notre ancêtre Theoden, dit Fengel, l’aîné et donc l’héritier du trône. Venez partager le festin des funérailles avec nous. "
Nous suivîmes la foule dans la cité, mais en jetant un coup d’œil en arrière, je vis, restant près de la tombe, une grande femme brune, encore digne dans la douleur. Je devinai que Silmiel rendait, seule, un dernier hommage à son fils.

Pendant le festin, je me retrouvai encore au milieu de gens dont je ne parlais pas la langue. On ne s’habitue pas à l’impression de mise à l’écart. Heureusement, après le toast en l’honneur, de la lignée des rois, d’Eogel, puis de Fengel, je réussis à engager la conversation en Westron avec Fenhelm, le cadet de la fratrie royale. Je l’interrogeai à propos de Tolkien.

Là encore, avec une extrême courtoisie, il s’était installé à Edoras et avait étudié le Rohan.
"Il devait être historien. Il a passé des heures dans la bibliothèque ou à interroger les anciens. "

Il n’avait rien dit sur ses origines (évidemment), mais venait de Minas Tirith (jusqu’où m’emmènerait-il ?).
"Mais, un jour de fête, entre deux, euh, nombreuses bières, il a dit que chez lui, c’était la guerre. "

Cette petite phrase me plongea dans un abîme de réflexion. Je savais que Tolkien avait fait la Première Guerre Mondiale. Ce serait donc pendant une bataille qu’il serait passé ici ? Adal avait parlé d’un homme de 30-35 ans, ce qui pouvait correspondre. Il me semblait me rappeler que les premiers textes sur la Terre-du-Milieu avait été écrits dans les tranchées de la bataille de la Somme. Ecrits ou rapportés ?

A la fin du festin, on nous accorda une chambre au palais. Malgré l’heure tardive, je n’arrivai pas à dormir. Je sortis sur le haut des marches conduisant au palais. La nuit était froide, mais claire. Contrairement à chez moi, où les lumières de la ville faisait pâlir le ciel, ici les étoiles ressortaient avec une intensité magique sur le velours sombre de la nuit. Elrohir m’avait appris le noms de certaines. Près de l’horizon, brillait l’éclatante Earendil (Vénus), plus haut il y avait Le W du Wilwarin (Cassiopée), la lumière rougeoyante de Carnil (Mars) et la fameuse Valacirca (la Grande Ours). C’était les mêmes que chez nous. Je m’interrogeai à nouveau sur l’existence d’Arda. Tolkien disait qu’elle était notre passé. Fantaisie d’écrivain ou vérité ? Avions-nous vraiment fait un saut en arrière dans le temps ?

"Tu n’as pas froid ? demanda Elrohir en mettant une couverture sur les épaules.
-Si, un peu. "

Il me prit dans ses bras et regarda lui aussi les étoiles.
"Fanuilos, Fanuilos, a nim hiril.
A ris athan gaer annui***, commença-t-il à chantonner."

Puis nous restâmes silencieux quelques minutes. Je le sentais préoccupé.
"J’ai vu que tu avais transporté les vêtements de ton monde pendant tout le voyage.
-Oui, il faudra bien que je les porte pour repartir. Les vêtements elfiques seraient trop étranges.
-Tu es toujours certaine de trouver le moyen ?
-Oui, répondis-je d’un air plus assuré que je ne l’étais vraiment.
-Et si tu ne pouvais pas revenir ici, tu partirais quand même ? "

La conversation prenait un tour dont je craignais les conséquences. Je me retournai vers lui.
"C’est une façon de me demander de choisir entre toi et ma famille ? "
Il détourna les yeux sans répondre.
"Je ne peux pas choisir, Elrohir.
-Ma sœur l’a fait.
-Tu n’as pas le droit de nous comparer. Elle a eu des dizaines d’années pour y réfléchir et elle était sûre de son amour. Moi, j’ai trop peu de temps et je ne suis pas encore au stade… où je peux affirmer que tu es… l’homme de ma vie.
-Tu ne m’aimes pas, affirma-t-il, le regard douloureux. "

Je ne savais plus quoi faire. Je me sentais mal.
"Je n’ai pas dit ça. Je t’aime, mais je ne sais pas jusqu’à quel point.
-Mais il te faudra faire un choix ! Je suis prêt à abandonner l’immortalité des elfes si tu me le demandes. "
J’étais désespérée.
"Je ne peux pas. "



* Tiré de l’éloge funèbre d’Eowyn, dans TTT, retranscris et analysé dans le site des Forgeurs-de-mots.

** Nai fëarya hiruva i tie (quenya) : Puisse son esprit trouver le chemin.

*** Fanuilos, Fanuilos, a nim hiril. A ris athan gaer annui. (sindarin) : Blanche-neige, Blanche-neige, O claire dame. O reine d’au-delà des Mers Occidentales. (premières phrases du chant des elfes de Gildor)

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.