Chapitre 17:
Flash-back
(par
Gurth, ajouté le 09/04/07 22:26)
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Bungalow de Dan, Dugway Proving Ground, Utah, 17 mars, 10 : 37 PM
Beckman frappa à la porte du bungalow. Dan n’appréciait pas le bonhomme depuis qu’il avait menacé de le tuer, et leurs rapports restaient plutôt froid. Cependant, il lui fit signe qu’il pouvait entrer et lui proposa de s’asseoir et de prendre un verre. Pas la peine d’être inutilement hostile, se dit-il. Mais Beckman déclina son offre. « Ecoutez, Dan, commença t-il. Je suis juste passé vous dire… Méfiez vous de Jones. Je sais qu’il a pas mal arrondi les angles entre vous et le général, et que c’est sans doute grâce à lui que votre boulot se passe plutôt bien au final, mais… - En fait, ce monsieur Jones est la seule personne qui n’ait pas menacé de me tuer. Dan regrettait déjà d’avoir laissé entrer Beckman. A quoi jouait-il ? Voulait-il regagner les bonnes grâces du linguiste ? Pourquoi ? - C’est peut-être parce que c’est un hypocrite, répondit Beckman. - Je pense plutôt que c’est le seul qui se préoccupe de ce que peut ressentir quelqu’un de normal plongé dans votre monde bizarre… - Ce sont de foutues conneries, Dan. Jones travaille pour la DARPA depuis plus de vingt ans. Il ne sait plus ce que c’est, quelqu’un de normal. Beckman réfléchit un moment, fixant Dan, et reprit : - Vous savez, vous n’êtes pas la première personne que je menace de mort, et si tout va bien pour moi vous ne serez pas la dernière. Je parie que Stewart Jones, lui, n’a pas pour habitude de menacer les gens. D’un autre côté, je n’ai en fait jamais tué personne de toute ma vie. Tout le monde ne peut pas en dire autant. - Qu’est-ce que vous insinuez ? Dan songea que faire ce genre d’allusions était vraiment un procédé dégueulasse. - Vous n’aurez qu’à demander à votre nouveau copain de vous parler d’Eugene Kelly. Sur ce, bonsoir, et à demain matin. » Il n’attendit pas que Dan lui réponde, et quitta le bungalow.
Quelque part dans la jungle non loin de la frontière avec le Laos, province de Quang Tri, République du Sud Vietnam, 4 mai 1969, 08 : 04 AM
Une voix angoissée grésilla sur toutes les radios du secteur, à peine audible au milieu des cris et des rafales d’armes automatiques. « Ici Harvester, requiert soutien aérien immédiat coordonnées zéro-deux-deux-quatre-huit je répère ici Harvester requiert soutien aérien immédiat, coordonnées zéro-deux-deux-quatre huit ! » Il y eut un moment de flottement, et vint une réponse. « Harvester ici Landroval, bien reçu ! Accrochez-vous, les aigles arrivent ! Je répète, les aigles arrivent ! » En fait d’aigles ce fut un gros monomoteur A-1 Skyraider qui se présenta en rase-mottes au-dessus de la jungle quelques instants plus tard, lâchant une cargaison de napalm sur les coordonnées demandées. La végétation s’embrasa instantanément, et la radio grésilla de nouveau. « Harvester, ici Landroval, je refais un passage au 20 mike-mike ! Yippeee ! » L’appareil reprit de l’altitude, et se présenta une seconde fois au dessus des coordonnées. Mais il fut soudainement entouré de traceurs jaunes, il y eut un craquement métallique et le moteur se mit à cracher une fumée noire. Deux minutes plus tard, un parachute blanc flottait dans les airs.
Presque trois décennies plus tard, Charles Parker lisait toujours la citation en souriant ironiquement. La croix de l’Air Force est présentée à Charles Parker, lieutenant, USAF, pour son héroïsme extraordinaire au cours d’une opération militaire contre une force armée ennemie en tant que pilote d’un hélicoptère HH-3 le 4 mai 1969 dans la province de Quang Tri. Ce jour-là, le lieutenant Parker, de retour d’une mission d’infiltration, s’est volontairement dérouté pour participer au sauvetage d’un pilote abattu. Malgré un intense barrage antiaérien le lieutenant Parker n’a pas hésité à atterrir dans une étroite clairière. Alors même que son engin menaçait d’être touché par des tirs précis de mortiers ennemis, le lieutenant Parker a attendu que le pilote abattu soit en mesure d’atteindre son hélicoptère, engageant personnellement l’ennemi avec une inlassable combativité. Le lieutenant Parker a ensuite été en mesure de retourner à la base avec le pilote sain et sauf alors que son hélicoptère était endommagé, faisant montre dans son pilotage d’une extrême dextérité. Le crédit du lieutenant Parker rejaillit sur lui-même et l’US Air Force, etc. Une matinée de dingue, c’était sûr. Combien de temps le pilote avait-il mis pour rejoindre l’hélico ? Deux minutes ? Cinq minutes ? Les obus de mortiers pleuvaient, pas si précis que ça il fallait bien l’admettre, mais c’était en tout cas terrifiant. Et puis le pilote descendu avait fini par apparaître, apparemment poursuivi. Charles avait déchargé son .45 par la vitre latérale en direction de la jungle, un geste totalement inutile mais qui avait rajouté une ligne à la citation. Et ensuite… « Putain c’était chaud ! Merci les gars ! » Le pilote du Skyraider tapa sur l’épaule de l’ingénieur de bord et se fraya un chemin depuis la soute de l’hélicoptère qui vibrait à mort jusqu’au poste de pilotage. Charles se retourna vers lui, et fit : « Je vous dépose… » Il lut son grade et son nom «…mon colonel ? ». Charles pensa un long « meeerde ». Le type souriant à qui il venait de sauver la vie n’était autre que le lieutenant colonel Michael Fwyne, une légende vivante, plus connu sous son indicatif « Landroval ». Le soir même, « Landroval » payait une tournée à Charles et à son équipage dans un club-bordel de Da Nang. Et c’est ainsi que Charles Parker entama un voyage qui devait le mener bien des années après jusqu’à un vieux cimetière confédéré dans le Missouri. Pour Bill Strider, les choses s’étaient passées plus ou moins de la même façon, au cours d’une autre guerre, ou bien ce qui en tenait lieu.
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