Chapitre 18:
La vérité est multiple...
(par
Stéphanie, ajouté le 04/10/03 09:01)
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La première journée s'était déroulée sans incidents. Les relations entre Gerc et Lidec s'étaient stabilisée à une indifférence soigneusement étudiée, ce qui était mieux que les jets de piques irritantes qui étaient refoulées, et qui rendait l'ambiance un peu moins tendue. C'était la fin des Feuilles Rougissantes, et tout le paysage semblait s'endormir petit à petit… La faune de la plaine s'enfuyait encore devant la petite troupe, quelques oiseaux chantaient le lever du soleil, et il fallait avoir une bonne vue pour deviner la houppette blanche d'un lapin détallant dans le terrain calcaire qui n'était plus verdi par la bruyère et les genêts à balai.
Gerc avait pris la tête du groupe, emportant avec lui sa mine de prince outragé ; cela n'avait suscité aucun commentaire : la première étape était de franchir le Dévers, et il n'y avait qu'un endroit pour le faire, connu de tous, hormis de Tadocan qui n'était jamais venu ici.
Erellig fermait la marche, plongée dans ses pensées et portant la Mémoire de Baran. Lequel ne tarda pas à se mêler à ses cogitations.
– Tu as dis au revoir à ta mère ? – Non. Après une pause, elle ajouta, agacée : – Je sais ce que tu penses, Baran, inutile de soupirer. – Je n'ai pas soupiré, et je n'ai encore rien dit. – Mais je t'ai entendu penser… Qu'y puis-je si elle me considère comme son pire échec ? Je n'allais pas ajouter à ses récriminations. – Et si tu discutais vraiment avec elle pour une fois ? – Je l'ai fait. Mais pour elle, je devrais déjà être mariée, avoir trois enfants et abandonner mon métier de Garde, qui me plait mais qui selon elle n'est pas convenable à une citadine… On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif, Baran. Elle refuse d'entendre raison. – Et elle doit dire la même chose de son côté. – Peut-être, mais cela ne m'importe pas. Lidec m'inquiète assez pour encore que je rajoute les soupirs d'une femme frustrée. – Tu es dure avec elle ; elle a des excuses. C'est un peu de ma faute si… – Ce n'est pas de ta faute, Baran. J'ai choisis la voie que je voulais, j'ai suivi ce que je pensais être bon. Et je ne changerai rien. – Savoir si tu as choisis par toi-même ou si l'on t'a poussée. – Que veux-tu dire ? – Ce sont les Ethérés qui t'ont Entraînée. Et pas seulement guidée.
Erellig fut soufflée par cette affirmation. L'Entraînement ne relève que de l'Adepte et des Ethérés, nul autre ne sait ce qu'il se passe entre les deux parties. C'est pourquoi l'Entraînement dit des Corubiers, qu'elle avait accompli avec Lidec, était si difficile à réaliser : la situation triangulaire n'est pas naturelle, et il faut avoir un niveau très élevé pour pouvoir en assumer les conséquences physiques et psychiques. Que Baran sache comment avait été Entraîné Erellig la prenait totalement au dépourvu.
– Comment le sais-tu ? – Je suis une Mémoire, ne l'oublie pas. Ils t'ont choisie, Erellig, et tu n'as rien pu faire contre ce choix. Ils ont développés en toi ce qui était latent, ils t'ont accordés une Mémoire, ils… – Ils m'ont accordée une Mémoire ? Ce sont eux qui les créent ? – Non, ce ne sont pas eux. Mais ils les répartissent. Ce que je veux te faire comprendre, c'est que la liberté que tu clames quant à tes choix n'est peut-être pas aussi complète que tu le crois. Et ta mère craint que te ne sois prise dans un destin qu'elle appréhende. Elle ne veut pas te perdre. – Non. Elle voudrait que je fasse comme sa mère a fait, comme elle a fait et comme a fait ma sœur : vivre une vie incolore, à épier derrière les rideaux et surtout, ne pas chercher à voir au-delà de chez soi ce qui s'y fait et pourquoi. – Bien peu font ces choix, homme ou femme, d'ailleurs. Tu ne peux pas lui reprocher d'avoir répété ce que tant d'autres ont fait. – Non ; ce que je lui reproche, c'est de ne pas vouloir reconnaître que je puisse souhaiter autre chose. Si elle craint un hypothétique destin néfaste, ce n'est pas pour moi, mais pour les conséquences cancanières que cela pourrait avoir sur elle et sa famille, sur ma sœur et ses chers enfants. – On n'apprivoise pas un loup, soupira Baran. Tu tiens de ton père. – Du grand-père, plutôt. Il me semble que son côté têtu soit passé chez toi et chez mon père. Mais j'en ai peut-être hérité aussi. – C'est pourquoi je n'insisterai pas. Mais la vérité est multiple en ses formes et acceptions. Penses-y.
Et il se tu, laissant Erellig beaucoup plus troublée qu'elle ne l'aurait voulu.
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