Chapitre 18:
Noël dans les Highlands.4.
(par
michele huwart, ajouté le 08/07/08 00:36)
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La vue de la forteresse des Highs of Brea me serra la gorge. Non à cause de l’aspect austère et vénérable de l’ancienne demeure, de ses murailles rongées par le lierre, de l’eau des douves à demi gelée, du donjon crénelé menaçant, mais parce qu’elle avait été mienne, avait été nôtre au fil de siècles et de siècles, et qu’elle ne l’était plus. Comme ne l’étaient plus les terres environnantes. Je portai la main à mes perles. Mon compagnon prit conscience de mon trouble et s’arrêta. - Tu veux aller ailleurs ? Je fis « oui » de la tête, trop émue pour dire un seul mot. - Je suis désolé. J’aurais dû deviner. Je lui fis signe de laisser tomber. Il manoeuvra tant bien que mal la lourde Range Rover de son père, et nous redescendîmes en direction de la ville et du loch. En silence. Ce fut moi qui le rompis, dans la langue de Balzac. - Nous sommes ensemble pour parler français. - Pub ou salon de thé ? Le whisky me semblait plus approprié à mon état d’esprit que l’Earl Grey. Mais la tranquillité plus propice à une conversation pédagogique que le brouhaha d’un débit de boissons. Tant pis. Je me rattraperais sur les pâtisseries. Si le décor ressemblait à une bonbonnière victorienne, elles ne valaient pas celle de Pétunia. - Qui est Pétunia ? - Une hobbitte, répondis-je sans réfléchir, avant de corriger : « la domestique de Sir William ». Corwin éclata de rire. … Dieu, que j’aimais ce rire… - Les Hobbits n’existent que dans les livres. Quoique, lorsque l’on regarde Lord Brandybuck… - Qui est Lord Brandybuck ? - Un des directeurs du Foreign Office. Mon lointain patron. Il est tout petit, et mange comme quatre. Il me versa une nouvelle tasse de thé. - J’ignore par contre s’il a les pieds poilus. Un sourire espiègle parut sur ses lèvres. Il se moquait visiblement de moi. Je ne voulais pas qu’il se moque de moi. Je m’apprêtai à répliquer, mais mon regard croisa le sien. Et je demeurai silencieuse. - Catherine ? Ses yeux étaient d’un brun très sombre, frangés de cils d’une longueur peu masculine. - Catherine ? Cat ? Tu rêves ? … oui, je rêve… - Je réfléchis. Et je me dis… - Tu te dis ? … que je n’ai jamais aimé avant aujourd’hui… - Que j’ai été aveugle pendant des années. - Aveugle ? - Je n’avais jamais remarqué. Remarqué que… Je respirai profondément. - …tu as les plus beaux yeux du monde. Il rougit. Baissa son visage pour masquer son trouble. - Nous nous sommes peu vus ces dernières années. - Nous ne nous sommes pas vus depuis trois ans. … et je ne veux plus passer trois ans loin de toi… - J’étais encore une petite fille. … à tes yeux… - Tu avais seize ans. Tu n’étais plus une petite fille, à seize ans. - Tu étais accompagné. Elle était très belle. - Elle l’est toujours. … oh, non !… - Tu la fréquentes encore ? - Je l’ai croisée il y a dix jours. Elle doit se marier au printemps prochain. - Et toi ? Tu sors avec quelqu’un ? Il posa la main sur la mienne. J’avais l’impression qu’il tremblait. … qu’il tremblait ? Mais pourquoi ? Pas à cause… - Corwin, tu vas bien ? - Je ne sais pas. Je serrai ses doigts dans les miens. Il tremblait vraiment. - Corwin… J’entendis à peine la phrase suivante. - Si je sors avec quelqu’un ? Je ne sais pas. En Anglais, dans le texte. Il se redressa, se pencha par-dessus la table, et m’embrassa sur les lèvres, avec une infinie tendresse. - Je ne sais pas. Ça dépend de toi, Catherine. - Sortons. Je pris mon manteau, enfilai mon bonnet et mes gants. Il paya nos consommations, et nous quittâmes l’établissement, abandonnant une théière à moitié pleine et deux parts de tartes aux airelles à peine entamées. Sans mot dire, nous nous dirigeâmes vers le Loch. Je frissonnai. Corwin ôta son écharpe et me la noua autour du cou puis m’entoura les épaules et m’attira contre lui. Je m’abandonnai, la joue contre la laine rêche de sa veste d’hiver. Nous nous assîmes au bord de l’eau, malgré le vent, malgré le froid. J’étais heureuse.
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