Chapitre 18:
Histoire de famille
(par
Gurth, ajouté le 23/04/07 18:49)
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Beau Woods, Hem, Idaho, 19 mars 1998, 10 : 00 AM
Kathrin était assise sous un grand chêne et écoutait la forêt, les yeux fermés. Il faisait froid, mais la jeune femme se sentait bien. Tout semblait revenu à la normale. On avait nettoyé la clairière du carnage, et la présence malsaine qui hantait les bois avait disparu. Seul l’état de « Fisherman » ne s’était pas amélioré. Mais qu’y pouvait-on ? Le mystère était destiné à n’être jamais éclairci, apparemment. Toutefois Kathrin ne considérait pas l’affaire comme close, simplement en suspens. Elle entendit soudainement un craquement et se releva, aux aguets. Ça n’était que son oncle Corbin. Ce fut sa première pensée, suivit de : « c’est mon oncle Corbin ! ». Et ça, c’était beaucoup plus compliqué. « Je croyais que les indiens se déplaçaient en silence » fit-elle. Agressive. Trop agressive, sur la défensive, se dit-elle. Elle tenta de rectifier avec un froid : « Salut, Corbin. - Bonjour, Kathrin. Désolé de t’avoir fait peur. - Pas de mal. Je me demandais quand tu viendrais me voir. - Le chef m’a dit que tu étais ici. Tout cela était absurde. Kathrin avait été claire bien des années auparavant. Autant faire cesser la comédie. - Désolée de le présenter comme ça, Corbin, mais tu sais bien que je ne voulais plus avoir affaire au côté… indien de ma famille, fit elle. Corbin baissa les yeux. Ça, c’était un peu méprisant. Une gronderie lointaine. - Inutile d’utiliser ce qualificatif, Kathrin. Tu n’as aucun problème avec un côté indien. Ce serait plutôt avec la branche paternelle. Père, c’est le mot que tu ne voulais pas prononcer ? - Que je ne peux pas. Tu vois, un peu comme un mot japonais qui désignerait un concept que moi pauvre occidentale je ne peux saisir, répliqua t-elle, sarcastique. - Tu ne peux pas lui en vouloir d’être mort. - Ah oui, dans quelles circonstances déjà ? Il rentrait du travail, avec un cadeau pour moi et un bouquet de fleur pour maman, c’est bien ça, je me rappelle. Quelle tragédie. Kathrin se forçait à l’ironie pour ne pas exploser. - Kathrin… - Ah mais en fait non… Il était à New-York, parce qu’ayant appris mon existence, et encore à ce moment là je n’étais pas grand chose d’autre qu’une possibilité – les fausses couches ça peut toujours arriver – il s’était barré très très loin ! Et ce connard se paie le luxe de crever, comme ça on peut se faire tout un tas de délire genre : ah mais il allait sûrement se reprendre et revenir ! Putain ! Je suis condamnée à lui laisser le bénéfice d’un doute qui ne sera jamais éclairci. Je ne peux même pas le haïr sans avoir mauvaise conscience. - Ecoute… dit lentement Corbin, qui n’avait pas la moindre idée de ce qu’il allait pouvoir répondre. - Attention pas de connerie psychologique et encore moins de débilité indienne… - Je ne ressens plus la présence de la chose étrange et mauvaise qui était dans cette forêt et qui a détruit ce pauvre type… Mais il rôde encore dans les parages, j’en suis sûr. - Hein ? Au visage de Kathrin, Corbin sut qu’il avait réussit à établir la trêve. La jeune femme n’était pas stupide, et il serait difficile de s’engouffrer par cette brèche. Mais c’était déjà un début. Elle continua : - Tu veux me parler de l’affaire « Fisherman » ? - C’est pour ça que le docteur Rowe m’a demandé de venir. Laissons tomber les affaires familiales, Kathrin, et occupons nous plutôt de cette histoire. Ensuite, je rentre dans ma réserve, ça va ? - Me prends pas une conne, Corbin. Tu ne vis pas dans une réserve. »
Devant l’ambassade du Vatican, Panama City, Panama, 23 décembre 1989, 08 : 07 PM
Le caporal Bill Strider observait l’ambassade en compagnie de quelques autres Rangers désœuvrés. Manuel Noriega, le dictateur local pourchassé par les forces américaines qui avaient envahi le pays, s’y était réfugié et refusait obstinément de sortir. Bien entendu il était impossible au GIs de violer le sol souverain du Vatican, et la situation risquait de se prolonger. Derrière les Rangers, une radio cracha un message bref : « Ranger Chalk, attention, Grey Pilgrim arrive sur votre position. » Quelques minutes plus tard, un tout-terrain Humvee apparut et vint se garer juste devant la grille de l’ambassade. Un officier en descendit. L’homme arborait une barbe grise et des cheveux allant bien au delà de la longueur réglementaire. Il était pratiquement en civil, ne portant qu’un t-shirt gris bleu sur un treillis standard et un curieux chapeau, qui évoquait celui d’une sorcière en plus réduit. Strider le détailla à la jumelle ; l’officier avait une carabine CAR-15 et un curieux nom était peint sur l’arme : Glamdring. Le nouvel arrivant alla se planter sous une fenêtre de l’ambassade. « Noriega ! Noriega ! » cria t-il d’une voix de commandement. « Noriega, venez ! » Pendant un moment il n’y eut pas de réponse, puis une fenêtre s’ouvrit, mais on ne pouvait apercevoir personne. « Qui est-ce ? » dit une voix. « Que désirez-vous ? Pourquoi troublez-vous mon repos ? Ne me laisserez vous pas de répit, de jour ou de nuit ? » L’officier se présenta comme était un certain colonel Hollowreen, et commença à négocier avec la voix, qui ne pouvait être que celle de Noriega lui-même. Le dictateur déchu tenta de rappeler quels bons services il avait rendu aux Etats-Unis, mais Hollowreen resta inflexible. « Ecoutez moi, Noriega, pour la dernière fois ! Ne sortirez-vous pas ? Votre pays s’est montré moins fort que votre espoir et votre fantaisie ne l’avait cru. Il se pourrait qu’il en aille ainsi pour bien d’autres choses en quoi vous avez encore foi. Ne croyez-vous pas qu’il serait bien de partir pour un temps ? Vers des choses nouvelles, peut-être ? Réfléchissez bien, Noriega ! Ne sortirez-vous pas ? » La fenêtre se referma brutalement, mettant fin à la négociation. Hollowreen fit un signal à l’un de ses hommes, et s’éloigna avec un petit sourire. Un peu plus loin, des soldats ouvrirent la bâche d’un camion, révélant une puissante stéréo. La musique explosa soudain.
She was a fast machine She kept her motor clean She was the best damn woman I had ever seen She had the sightless eyes Telling me no lies Knockin' me out with those American thighs Taking more than her share Had me fighting for air She told me to come but I was already there
Hollowreen se dirigea vers les Rangers en hochant frénétiquement la tête. « Salut les gars ! » hurla t-il. « Tout se passe bien ? On vous a amené un peu de musique ! Noriega est amateur de classique, on va voir combien de temps il supporte notre playlist. Guerre psychologique ! Bon, je vais rester un peu avec vous. J’ai amené de la bière.» Des cris de joie et des applaudissements retentirent. Hollowreen s’installa confortablement au milieu des Rangers et commença à discuter avec eux. Soudain, il remarqua Strider, et lut son nom sur son treillis. « Tiens, caporal… Strider… Curieux hasard, et comme on dit, l’occasion est chauve par derrière... - Un hasard, monsieur ? » La conversation s’était poursuivie longtemps dans la nuit, et au petit matin, alors que les hauts-parleurs diffusaient Screaming for a Vengeance, de Judas Priest, le caporal Bill Strider était un autre homme.
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