Chapitre 18:
XVII
(par
The Rux, ajouté le 19/09/04 14:14)
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« Ce n’est pas de la modestie, je vous explique : Les Dieux, pour contrôler les humains, empêchent le commun des mortels d’accomplir de grandes choses. Les rares élus qui le peuvent sont donc appelés héros. »
Toujours les mêmes couloirs. Depuis des heures, Sofia, Kicica et Hortegar parcouraient le labyrinthe sans rien trouver d’intéressant. Tout à coup, au détour d’un couloir, l’ouïe aiguisée d’Hortegar perçut un son ténu. Sans prévenir, sa hallebarde faillie découper Enteraz en deux. -Calme, le Nordique, calme… -J’ai failli t’avoir ! -Tu aimes brasser l’air ou quoi ? Le barbare adressa un sourire carnassier au Rôdeur. Celui-ci lui rendit la politesse. - Vous vous étriperez plus tard, les machos… soupira Sofia. D’abord il faut sortir d’ici. Enteraz, tu es désigné à l’unanimité pour passer devant. Le Rôdeur sursauta. - Quoi ! Il obtempéra pourtant devant le regard que lui lança Sofia. Celui-ci ne pouvait pas refuser. - Me faire charcuter le premier pour la sécurité d’une pimbêche nobliarde dans des couloirs obscurs, voilà qui est réjouissant…
Léanath ne devait pas manquer à ses devoirs de reine malgré cette histoire de magie. Un délinquant humain avait récemment été emprisonné, et elle se devait au moins d’aller le voir. Les elfes ont toujours étés reconnus pour la superbe architecture de leurs bâtiments et pour leur sens esthétique, mais il fallait reconnaître que leurs geôles étaient exactement les mêmes que celles des autres races : lugubres et crasseuses. Elle s’approcha de la grille qui le séparait d’elle. Il avait tenté plusieurs fois de la détruire, et avait presque réussi… Torse nu, l’humain avait plus de muscles qu’un ogre. De nombreuses cicatrices parcouraient son corps, témoins d’une vie de batailles ; mais, de toutes ses marques, la plus frappante était la balafre qui courait d’au-dessus de l’œil droit jusqu’au milieu de la joue, du même coté. Le coup qui avait provoqué cette cicatrice ne semblait pas avoir atteint l’œil. Il avait une cicatrice de borgne sans en être un. Ses cheveux, noirs d’ébène, descendaient jusqu’aux reins. Léanath sentait une sombre énergie émaner de cet humain. Un Dieu avait apposé sa marque sur lui, pour faire de lui son émissaire. Tandis qu’elle le regardait sans vraiment le voir, l’humain s’était éveillé. Il se leva d’un bond, lança son bras entre les barreaux, et attrapa Léanath par le col de sa tunique. - Je veux mon épée et mon armure, mais avant fais moi sortir. Sa voix était rauque et puissante. - Tu me lâche ou alors je fais brûler ta fierté masculine ! Hurla Léanath, hors d’elle. L’humain obtempéra devant une telle furie. - Qui est tu ? Demanda Léanath. L’homme soupira. Ses yeux gris, froids comme l’acier, la transperçaient. -Mon nom est Shadow, je… - Je ne veux pas en savoir plus sur toi, Shadow, je veux juste savoir ce que tu fais ici. Il s’assit. - Je suis à la recherche de… de l’Adame Dun. - Cette vieille légende ! Comment peut tu croire à cette histoire extravagante… - Je recherche l’être de ténèbres, protecteur du Bien, celui qui aura le pouvoir de vaincre la haine… qu’est ce que ça peut te faire ? -Rien, mais si le Sum Akshar est vainqueur… lança Léanath avec un sourire, à propos, c’est celle-là ton épée ? Elle venait d’empoigner une épée à la garde d’or, sertie d’une opale de la taille d’un pouce d’homme, à la lame noire gravée de lignes blanches sinueuses. -Oui c’est bien Star…
Et me revoilà dans un couloir inamical, froid et sombre. Enteraz ouvrait le chemin aux trois autres derrière lui. En principe c’était la place d’un Rôdeur, être en éclaireur. Oui, mais à l’air libre ! Par à trois cent mètres sous terre… (Léanath leur avait donné la profondeur exacte du labyrinthe). Il se remémora les paroles de Bendesdan à propos de Théphanis lorsqu’il arriva devant une arche. Sur cette arche était marqué, en un dialecte ancien que le Rôdeur avait du mal à déchiffrer : « Toi qui veux maîtriser la puissance de l’invocation, toi qui veux posséder le pouvoir des voyageurs planaires, voici la fin de ton voyage. Tous les gardiens que tu as aff… (Affratar ?… Mais non, affronté…) affronté n’ont rien été, car ton dernier ennemi sera… » -Ca dit quoi ? Demanda Sofia derrière son épaule. - On est dans la m… Une claque dans la nuque le coupa dans sa phrase. -On reste poli devant une noble ! Le réprimanda Hortegar. - Tu veux que je parle de ton odeur, nordique dégénéré ? -Qu’est ce qui nous attends après cette arche ? Lança Sofia, qui commençait à avoir assez des luttes pré-pubères de ses deux compagnons. Enteraz se retourna vers elle. Il appuya un regard lourd dans les yeux de la Magicienne. Encore plus dans les ombres, il avait l’air d’un tigre enfermé dans un homme. - Un dragon bleu nommé Théphanis… Exclamations de stupeur, bredouillements, et autres signes extérieurs de peur panique. Et oui, un dragon, et adulte qui plus est !
Adulte et affamé même. Il savait que son prochain casse-croûte arrivait. Si on ne le connaît pas, on pourrait dire qu’il est présomptueux de croire que l’on peut manger si facilement des guerriers de la trempe d’Hortegar ou Enteraz. Mais, quand on mesure quinze mètres de haut, que son corps est couvert d’écailles bleues plus dures que le meilleur des boucliers en mitril, et que de sa gueule garnie de crocs de la taille d’un homme sort un torrent d’éclairs sur commande, on peut se permettre d’être présomptueux. Mais surtout Théphanis avait faim. Un dragon peut survivre des millénaires sans manger, mais la sensation de faim suit durant tout ce temps, ce qui rend la plupart des dragons incapables d’hiberner fous. Et Théphanis était fou, du moins selon les normes des dragons, et… Non, je ne suis pas ici pour vous parler de psychologie des dragons. Toujours est-il que quatre humains font toujours un succulent repas. D’ailleurs, les voici qui arrivaient.
Ca va faire mal… A peine entrés dans l’imposante salle de pierre brute, les compagnons purent savourer des yeux ce que peu d’êtres ont pu voir. Un dragon est majestueux par nature, et sa simple vue suscite à peu près tous les sentiments possibles et imaginables à un être intelligent. Lorsqu’ils plongent leurs yeux noirs dans d’autres yeux, ils peuvent y lires souvenirs et sentiments passés, destin de l’homme et vie de ses ancêtres. Enteraz croisa le regard de la bête. Il y lut sa faim. Il dégaina son épée et la planta dans le sol, puis fredonna un air mélancolique et ancien, dans une langue de Rôdeur. Kicica voulut protester : - Qu’est ce que… Enteraz leva une main. Il fixait le dragon avec anxiété. Son chant, répercuté par l’acoustique parfaite de la caverne, résonnait encore. Puis, le silence s’abattit sur la salle. Chacun trouvait sa respiration trop bruyante. A voir les regards croisés d’Enteraz et de Théphanis, c’était comme si deux bêtes se fixaient. Un Dragon et un félin… Soudain, la gueule du Dragon s’élança. Elle s’arrêta à quelques centimètres du Rôdeur. La bête découvrit les dents. Au secours… - Tu oses, Guerrier des Secrets ? Murmura la bête. Je ne suis pas un de tes « amis » Rôdeur… Je ne vous laisserai pas passer. Je vais même vous manger. Même murmurant, la voix du Dragon emplissait la pièce comme si Hortegar eut hurlé. -N’y à-t-il aucun moyen pour nous de vous raisonner ? Demanda Sofia, tremblante. Il décala sa tête afin que la Magicienne puisse admirer ses incisives : - Le fait que tu descendes d’un Dragon d’Argent n’y changera rien… Une ombre sur la droite de Sofia monta sur la gueule, épée tirée. Hortegar le rejoignit une fraction de seconde plus tard. Théphanis eut les yeux crevés avant d’avoir pu réagir. - Retraite ! Hurla Enteraz en sautant sur le sol. Tous obéirent. Théphanis, hurlant à la mort, détruisit de son souffle l’arche qui les avait fait entrer. Les aventuriers se dispersèrent. Sofia se promit d’empêcher Enteraz de chanter la prochaine fois. S’il y avait une prochaine fois, évidemment.
- Et maintenant, on fait quoi ? - On à pas le choix, on esquive. Enteraz et Hortegar étaient les cibles du Dragon aveugle. Leurs odeurs guidaient des griffes de la taille de l’épée d’Enteraz vers leurs cibles. Au moins, ils feraient passer Sofia. Enteraz avait passé sa vie à esquiver. Les gens, les femmes, les amis, les ennemis même. Être maudit était… et bien, une malédiction. On passait sa vie à éviter tout contact, et quand le démon prenait le contrôle… A ces moments là, Enteraz était toujours conscient, l’âme torturée par ses propres peurs. L’intérieur de sa propre tête n’est jamais beau à voir, surtout quand on pleure pour chaque mort qu’une injustice nous oblige. Le Rôdeur regardait Hortegar du coin de l’œil. Il enviait la liberté du barbare. En fait, il ne savait rien. Fils d’un chef de clan, Hortegar a hérité d’une vivacité d’esprit rare chez les siens, et d’un goût un peu trop prononcé pour la calligraphie. Luttant pour une évolution de sa tribu, les Ugthe-Genals du Tigre, ou Chasseurs de Gloire pour les sudistes, il s’était attiré les foudres du grand conseil. Banni, sa vie se résumait alors une longue errance, et une suite d’erreurs. La dernière en date avait été d’attaquer un homme qui tentait de violer une adolescente devant ses yeux. Cet homme était un puissant préfet, et il l’avait fait engeôler. Sofia était allée le trouver dans sa prison, et voilà où il en était.
Voici donc l’Adame Dun. Shadow observait le combat, son maître à ses cotés. Il avait récupéré son armure, et Star vibrait dans sa main. Il était Chevalier Noir, c’est à dire l’exact opposé d’un Paladin, tirant sa puissance des Ténèbres. - Maître ? Demanda-t-il. La silhouette encapuchonnée a son coté sourit. - Shadow, tu sais ce que tu as à faire, n’es-ce pas ? - En effet. Mais je ne peux traverser la roche, moi… - Très bien ! Shadow sentit la téléportation débuter. Il regrettai ce qu’il avait fait à Léanath.
Enteraz comptai deux estafilades, Hortegar une seule. Sofia devait déjà avoir récupéré le livre, et le rituel avait dû commencer. Ils se demandaient vraiment comment se débarrasser de ce Dragon avant que leur employeur arrive. La réponse vint sous la forme d’un homme en armure noire, casqué, qui portait une cape grise délabrée, et une épée noire et or. Shadow ne dit qu’un mot : - Thierry… Puis il se précipita en hurlant vers Théphanis. Celui-ci lança une patte pour se débarrasser de l’insolent. Il ne sut jamais pourquoi ses coups n’affectaient pas le Chevalier Noir, la mort l’ayant fauché avant même qu’il porte un deuxième coup. Shadow avait sauté sur toute sa hauteur, et l’avait frappé au front une unique fois. Ce qui suffit à tuer un Dragon bleu de quinze mètres de haut. Théphanis chuta. Lorsque il atteint le sol , le fracas de sa chute propulsa Enteraz et Hortegar contre la paroi, les assommant pour le compte. Ils ne virent pas Shadow atterrir avec légèreté et se diriger vers eux.
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