Chapitre 19:
Lais et lyre sylvestre
(par
Stéphanie, ajouté le 11/10/03 14:52)
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Ils s'étaient arrêtés en début de soirée, alors que le soleil n'était pas complètement caché par les collines environnantes ; mais le cheval d'Areg boitait. Ils s'étaient distribués les tours de garde après avoir mangé – légumes encore frais, viande séchée et pommes. Demain, il leur faudrait commencer à se procurer de la nourriture par leurs propres moyens, et aussi de l'eau – ce dernier élément étant le plus facile à se procurer, vu l'abondance de sources dans la région.
Areg sortit sa lyre sylvestre et les gratifia de quelques chants – dont le Lai d'Elinalë, qu'il avait découvert dans les Lais du Ménestrel d'Orian, et qu'il n'avait eu de cesse d'apprendre avant de partir. L'ambiance était calme, et Erellig se laissa bercer par sa voix en regardant les étoiles qui se faisaient de plus en plus distinctes à mesure que la soirée avançait… Les yeux dans le vague, Tadocan battait mécaniquement la mesure, tout comme Lidec. Gerc, lui, avait fermé les paupières, et son visage se montrait détendu à la lueur du feu – pour la première fois depuis son arrivée aux Corubiers. Après quelque instant de silence, le temps de laisser mourir le dernier son de la corde, ils discutèrent poésie :
– L'histoire de ces lais est toujours semblable, dit Areg. Un homme affronte toutes sortes de dangers pour prouver sa valeur à sa dame, et elle en fait de même par amour pour lui. Mais ceux du Ménestrel d'Orian porte au-delà. Je ne sais comment, quand je les lis, la musique me vient directement aux lèvres, et mes doigts égrainent naturellement les arpèges qui conviennent. C'est comme si j'avais pu écrire ces lais, comme s'ils n'étaient pas devant mes yeux sur la page d'un livre, mais issus de mon cœur en même temps que chant et musique. Ce lai-ci, je ne le connaissais pas : il n'est pas à l'Arbre-Livre des Bétuliers. Je regrette de ne pas avoir eu le temps de le copier. – Tu pourras le faire au retour ; mais si tu le connais par cœur, pourquoi veux-tu copier l'exemplaire des Corubiers ? demanda Gerc. – Je ne le connais pas par cœur. Je sais le restituer, je connais l'histoire, mais comment ne pas y introduire de modifications ? Et si je transcris l'histoire à ce que j'en ai retenu, et qu'un autre le transcrit à son tour selon sa mémoire, et encore un autre, la version originale sera perdue ; et nous n'en aurons qu'une image déformée. – Déformée, mais vivante. Si nul ne chante la version originelle, quel intérêt de la garder. – Pour laisser la possibilité à d'autres de puiser à la source. Pour que d'autres puissent aussi s'imprégner de la force de l'original, pour mieux pouvoir la distribuer à leur tour. C'est comme tout enseignement : moins il y a d'intermédiaire, moins il y a d'informations perdues.
Ils avaient discuté encore un peu, avant de s'endormir, sauf Gerc qui avait le premier tour de garde. Lidec s'était montrée comme d'habitude, enjoué et un peu moqueur. Erellig le retrouvait comme elle l'avait toujours connu, et n'eut été cette vague ombre qui venait assourdir son contentement, elle se serait endormie l'âme tranquille…
Mais son dialogue avec Baran, qu'elle avait pu chasser de son esprit jusqu'à maintenant, profitait de la nuit pour s'infiltrer dans son sommeil.
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