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Apparence  

 

De la gravité transversale des ophidiens. (et des apodes en général)

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 2: Un amphisbène.
(par Skiaphoros, ajouté le 01/05/04 19:41)




NB: Au chapitre précédent, j'avais oublié de mettre une photo du héros, ami de Daeron, voilà chose réparée.







Fresque du Grand Serpent retrouvée dans la cache d'un terroriste du mouvement anti-démocratique.(détail).




J’ai appris un peu plus tard que tous ne l’avaient pas choisi. Ainsi, je fis la connaissance d’un ver lent et mal formé. Il était noueux comme un vieux rameau et ses anneaux semblaient hérissés d’une foison d’épines brisées. Il me racontait que son souhait le plus cher était d’être assimilé un jour par le Grand Serpent. Maintes fois il avait essayé et à chaque fois il se faisait rejeter toujours plus profondément parmi nos abysses insondables. Pourtant, il ne frétillait pas comme un beau diable lorsqu’il se trouvait dans Son ventre disproportionné, telle une larve gigotant au milieu de ses compares. Au contraire ! Il avait désespérément tout essayé pour se faire accepter par son milieu, mais en vain … A chaque fois, le même désastre se produisait inlassablement : les serpents adjacents ne pouvaient supporter sa présence hideuse et repoussante, ni sa lenteur catastrophique à exécuter les tâches les plus simples, tant et si bien que tous se battaient pour ne pas rester à la proximité sordide du pauvre amphisbène obséquieux. Il avait beau les supplier ou même tenter de les flatter, rien n’y faisait. En outre, tout ce remue-ménage, ce grouillement intempestif de serpents désordonnés, n’était pas sans causer fort flatulences au Grand Ver, qui, fatigué des ces troubles digestifs, expulsait notre innocent fautif sans égards ni ménagements.

- A quoi bon, me confia t’il, je suis bien trop lent pour jamais rêver d’atteindre le fond, comme vous autres, les chuteurs volontaires. Me voici presque rendu à la fin de ma vie, je suis même trop vieux pour prétendre à être avalé par ce Magnifique Grand Serpent, prouesse de notre société apode ! Ah ! Qu’il était doux et chaud de se prélasser dans son intestin !!Bien sûr, vous autres orgueilleux, vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez ! Car c’est un luxe, oui monsieur le suffisant, un luxe inestimable ! La plupart d’entre nous sommes des chuteurs par dépit, parce que nous ne possédons pas les prédispositions naturelles, dont vous avez été généreusement gratifiés, et qui vous permettent de foncer dans ce gouffre à une allure prodigieuse ! Tandis que nous autres sommes prédestinés à perpétrer ce sempiternel cycle de l’absorption du rejet, de la chute, et de l’anéantissement meurtrier qui nous lacère les côtes toujours plus sournoisement !
- Mais, monsieur le blanus, pourquoi ne vous posez-vous pas sur une branche ? Vous ne seriez plus angoissé par les vicissitudes du Grand Serpent et même vous pourriez nous regarder tomber paisiblement et vous gausser de nos folles convictions !
- Sssss !! Des branches ?? En voilà une idée d’arboricole ! Je les déteste, elles sont glacées, asphyxiantes et insalubres ! Lorsque je suis sur une d’entre elles, je ne sais plus où s’arrête mon corps et où commence le végétal ! J’ai l’horrible sensation d’être une branche moi-même, et que des feuilles vont me pousser sur les têtes !
- Mais alors, pourquoi n’essayez-vous pas de voler ?
- Sornettes, siffla t’il, crois-tu encore à cette vieille histoire , tu as pourtant passé le deuxième cycle de mue !
- Non, pas vraiment… Même si j’essaie encore au cas où, et puis je n’ai sans doute rien de mieux à faire !
- Et quand bien même tout ceci serait un tant soit peu sérieux, penses-tu qu’un pauvre ver comme moi pourrait y avoir quelques succès ?
- Qui sait ? Peut-être que justement c’est un vieux ver comme vous qui arrivera à voler ! D’ailleurs, à vous voir tomber si doucement, la première fois que je vous ai aperçu, j’ai cru que vous aviez percé les secrets des vents et que vous étiez entrain de vous transformer en dragon.
- Ssssss !


Il me considéra longuement sans un autre son que ce sifflement haletant. Ses yeux penchaient tellement vers le bas de son crâne, qu’on aurait dit deux grosses larmes sur un faciès sans regard, et ils manquaient se faire absorber par sa gueule au rictus déformé. Ils étaient si vides et désolés qu’ils me faisaient le même effet envoûtant, que j’avais pu ressentir en contemplant pour la première fois les abysses du haut de mon nid. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il ne s’assimilait jamais aux gens du Serpent d’en haut ? Pourtant, je constatais par la suite que tout les chuteurs non volontaires possèdent ce même regard absent et désolé de serpents suppliants, qui ont trop vécu et que l’ivresse des profondeurs broie aussi sûrement qu’un spiritueux qui vous absorbe. Ils n’ont pas le désespoir féroce de nous autres volontaires, ils n’ont pas nos sauts d’humeur et notre volonté d’autodestruction. Ce sont des pantins sujets au vertige, voués à sombrer dans un vide dont ils ne connaîtront jamais la fin. Ils sont beaucoup comme lui à errer sans espoir et sans but, entre deux mondes, entre deux vies. Cependant, aucun d’eux ne m’a jamais fait autant d’impression que cet étrange amphisbène qui m’observait alors avec ses larmes creuses et brûlantes d’une question oubliée. Puis il s’est détourné, il s’est posé sur la falaise et ne m’a jamais plus adressé une stridulation. Sans doute est-il mort à l’heure à laquelle je sombre, et maintenant que je connais l’effroyable vérité du fond du gouffre et que je vois ma fin s’approcher irrémédiablement, je me dis que ce sont encore ces serpents tristes qui sont les plus fortunés.




Voir le chapitre 2 sur 4



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.