Chapitre 2:
Vendredi 7 mai au soir…
(par
ISENGAR, ajouté le 11/05/04 13:55)
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Les premières notes de l’incertain journal d’Isengar nous ramènent à ce vendredi soir, où les deux tiers des réserves de boissons alcooliques patiemment réunies par Vinchmor et Dame Danièle au cours de la semaine écoulée, se sont retrouvées englouties par de bien soiffards convives. « Ils commencent bien le week-end, tes poivrots de copains ! reprocha Danièle à son Vinchmor, fort marri de cette situation… Des convives qui ont trouvé fort subtil d’arriver au compte-goûte, les uns après les autres, au mépris le plus absolu des efforts qu’avaient à fournir Vinchmor et sa dame pour aller les chercher en gare de Paimpol.
Il y eut à boire et à manger. En quantité fort honorable. Silmo prépara un délice de pommes de Terres de Noirmoutier en robe des champs. La légendaire recette précise que le beurre salé convient le mieux à ce plat hautement élaboré… que nenni ! Les fragiles bouches de certains poètes hérésiarques que je ne préfère pas citer décrétèrent que le beurre salé était marri et que seul le beurre doux méritait d’être consommé… Oh scandale ! Edrahil –celui là mérite d’être cité– poussa même le vice jusqu’à éplucher sa patate devant des témoins époustouflés par tant de provocation anti-gastronomique. Sa jeunesse n’explique pas tout… Notons que la présence de Satan/Necsipaal apportait à cette tablée une note corruptrice qui se distingua assez rapidement et qui devait marquer de son sceau marri tout le séjour paimpolesque…
Et la nuit tomba sur la lande comme un ivrogne s’écroule sur le zinc humide du café du commerce. Aviné(e), Satan commença à s’en prendre, titubant(e), à la douce et innocente Kendra. Mordue sauvagement au bras, la belle fut contrainte de se marrir dans une danse lascive qui aurait immanquablement provoqué l’ire d’un certain Marcolas, heureusement absent en cette heure glauque. Cette même heure voyait la fin de l’errance nocturne d’un certain Gawain, qui trouva là ses alcooliques semblables, après avoir pris en otage successivement une douzaine d’automobilistes, tel un Hitch-hiker morrissonien celtique, un ankou psychopathe sans charrette, depuis son fief Brestois. Satan lui fit bon accueil. Ce qui à mon avis est déjà fort suspect… Et s’il s’imaginait pouvoir se reposer, une bière à la main, auprès d’un bon feu, il se trompait lourdement, le naïf… Car l’ange déchu –dans un état second (voire troisième) proche de ce que les spécialistes du chamanisme malsain appelleraient la transe éthylique– se fit un devoir d’aller hululer à la Pleine Lune (pas si pleine que ça comme l’indique tout bon calendrier lunaire). Malgré les sages et sobres recommandations de dame Danièle, estomaquée devant tant de marrissante débauche, une suite d’esclaves à la volonté chancelante décida de suivre Satan dans l’incertaine expédition…
Ainsi, Melo-Dye, Gurth, Isengar, Irulan et Gawain (que nous retrouverons très vite dans tous les bons coups, ce qui indique une certaine et admirable faculté d’adaptation à ce que la nature humaine contient de plus vil) se compromirent dans une bien maladroite tentative biaisée de Noir Sabbat (je rappelle une fois de plus à l’attention de ce qui n’ont pas suivi que l’astre sélène n’était pas plein, contrairement à ses adorateurs, mais plutôt gibbeux). L’atroce et bruyant Sabbat se termina enfin au milieu d’un champ de blé, après le classique et pathétique bain de ronces et d’orties, par un duel crotté de lutte bretonne dans la boue, entre Satan et l’infortuné Gurth. Le Gurth, vaincu, ridiculisé, prétexta une violente morsure à la jugulaire pour déclarer forfait « Hoho ! hihi ! héhé !» firent les fielleux témoins avant de se faire mordre à leur tour par un ange déchu particulièrement assoiffé…
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