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Bad Trip en Faerie

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 2: II.
(par Gurth, ajouté le 26/11/04 17:30)


Was on a trip
looking for an elf–maid
Found Maggie McGill
& antic whiskies
No fair lady
in sight.

Nice smile
Nice child
Pretty mom

Took a fix.
Sought Alice
Then,
under arrest
it sucked.

I wanted so much to be


Alice.

To weep, lick, and come.

Just as she does.


C'est beau, un autodafé; toutes ces étincelles d'humanité qui s'envolent vers les étoiles… Les pages se tordent, se replient sur elle-même, contorsionistes hystériques, voulant échapper aux flammes impitoyables. Ça rougeoit aux extrémités, ça noirit, un trou jaune, illisible!
Je rêve de voir une bibliothèque livrée au feu. Quant sa cellule flambe, que pense le condamné à perpétuité? Rit-il de voir la prison honnie ignitée, craint-il pour sa vie? J'ai toujours détesté ces gros meubles en bois massif et lustré, avec les volumes serrés sur l'étagère. Du flacon sans ivresse! Mes livres sont empilés, allongés lascivement, ou dorment au pied du lit, chiens fidèles, nymphomanes repues. Ils sont sales, déchirés, cornés, tachés, pliés, arrachés, vivants! Des pages se promènent, d'autres rongent lentement la reliure qui les tient enchaînés. Corps détruits, esprits cherchant l'illusion de la liberté, ils ont commis tous les abus. Les collections sont dépareillés, il y a l'éclat de la diversité, et surtout cela ne me procure ni satisfaction ni contentement; ceux-là ne sont pas le reflet de mon érudition, ni des outils au service de mon intelligence; c'est moi leur esclave, je mendie des parcelles de beauté, dévorant, un famélique bientôt chassé, indigne.
Peu m'importent les détails matériels, caractères, pagination, papier, reliure! On n'a jamais rien écrit de plus beau que «The publisher asks the reader's indulgence for typographical errors unavoidable in the exceptional circumstances» Ne vous excusez surtout pas, madame Sylvia Beach!
Je sors dans le jardin; ça soufle un peu sur les feuilles encore vertes, et on entend les oiseaux. Tout est paisible, mais on ne fait qu'y passer, nous sommes des étrangers dans cette saison, et sa beauté putréfiée nous échappe, pas de reflet dans une flaque de boue.

« Tu vas prendre froid, rentres maintenant.
– On dirait que l'automne ne veut pas de moi.
– Rentres, je vais te refaire tes pansements. J'ai fait un gâteau, aussi.
– Je viens.»

Le gâteau est bon avec Summer’s almost gone. Par la fenêtre de la cuisine, je regarde l’aquarelle du dehors : il n’y a que les arbres sur le fond blanc des nuages gris. Sur la table, il y a les bandages d’hier, écarlates. Ma sœur a apporté ma dose. On croit que c’est quelque chose de se piquer ; ça ne l’est pas. J’ai vu des gens qui détournaient les yeux au cinéma pour ne pas voir un personnage planter la seringue, parce que l’idée de l’aiguille qui s’enfonce dans la veine les dégoûte. En fait ça n’a rien de terrible quand on a l’habitude, c’est comme tout, il faut s’y faire. Manger de la viande aussi c’est répugnant, si on réfléchit bien : il y a des os, du cartilage, de la chair, du sang, que la cuisson cache à peu près aussi bien qu’une manche de chemise recouvre un bras de toxico. On pourrait dire que personne n’est jamais mort d’avoir mangé un rôti, ça n’est plus tout à fait vrai, alors. Et puis tout ça n’a aucune importance, ce n’est pas comme si j’allais vivre.
Longtemps, longtemps après. Il fait nuit à nouveau. J’essaie d’écrire un peu, mais ça ne donne rien ou presque. Je n’en ai plus la force, il est bien trop tard. Les mots fuient ma tête par paquets entiers, je ne sais même plus où aller. Ma main tremble un peu, et le crayon m’échappe, tombe par terre. Lance mon bras à sa poursuite, tâte un instant le plancher, le trouve, le ramène.
[...]Rien pour ces cornées violées par une page blanchâtre?
Mes doigts engourdis serrent la plume
qui perce, déchire sauvagement le papier
Alors même que les Doors sont si volatiles
Aveuglé par la blancheur!
Je ne vois plus! Quelle importance
Ma tête remue sans raison
si ce n’est m’affaler
dans un tourbillon sans fin[...]

Dans un mouvement involontaire, terrible tellement il est saccadé et brutalement soudain, je repousse tout autour de moi. Mon épaule se désarticule presque, mes doigts grattent férocement par terre pour agripper à nouveau la feuille, mais se heurtent à un livre. Si je pouvais bouger mon cou, pencher ma tête, pour savoir où chercher! Mais les vertèbres sont bloquées, tordues sur la gauche, et mes yeux fixent le bureau. Tans pis, j’happe le livre par un pan de sa couverture, torturant atrocement la reliure; c’est qu’il est lourd! Une page au hasard, sans le reconnaître. «Et là, bien qu’Elrond fût mort… » Et on veut toucher à ça!
J’appuie ma tête sur l’épais volume, les pages sont confortables comme la mousse au bord d’un lac printanier. J’y plonge, et oublie.
Après, je rêve. C’est un soir sans fin d’octobre après la pluie, j’erre le long de champs en friche sur un chemin détrempé jusqu’à la lisière de la forêt. Le ciel tourne au gris bleu qui contraste si bien avec les lumières électriques des rues et des maisons, et je cherche un abri pour regarder au chaud la campagne livrée aux seuls corbeaux. Alors j’aperçois la chaumière, sans murs, sans toit, sans fenêtres, c’est juste un mot : « chaumière ». J’entre sans frapper, comme si j’étais chez moi, il y a une table avec un échiquier. Mat, déjà?
L’automne a quitté les carreaux opaques, et une bourrasque de neige tambourine contre la porte. Des tempêtes de neige le 12 janvier, oui!

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.