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A la recherche de Gollum

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 2: Séjour à la Dernière Maison Simple à l'Ouest
(par Kévin, ajouté le 29/11/04 12:25)


J'ouvris les yeux. Une douce lumière tamisée me permettait de voir le plafond. Il était orné d’une superbe décoration, entièrement formée de courbes gracieuses et agréables à regarder, typiques de la maison d’Elrond. Je me pris à contempler non sans émerveillement ces ornements, que je connaissais pourtant depuis ma plus tendre enfance. Le plafond décrivait les anciennes terres de Númenor, jadis celle de mes aïeux. Il traçait ses heures de gloire, lorsque les anciens rois gouvernaient paisiblement leur royaume.
Les Númenoréens étaient doués de sagesse et de longue vie. Mes ancêtres appartenaient à ce peuple, et lorsque Númenor sombra dans les eaux profondes de la Haute Mer, ce fut l’un d’eux qui amena les rescapés sur la Terre du Milieu. Elendil était son nom, et il devint roi de l’Arnor. Ce fut son fils, Isildur, qui, pendant la Guerre de l’Anneau, fit disparaître Sauron le Seigneur Ténébreux. Cependant, je refusais net le fait que je sois lié au destin de mes ancêtres ; mais je voulais rectifier les erreurs qu’ils avaient commises par le passé : Isildur avait conservé l’Anneau Unique, et, de par ce geste n’avait pas véritablement détruit Sauron. Ce fut ce qui causa sa perte. Il fut tué dans une embuscade dans les Champs aux Iris et l’Anneau fut perdu. Depuis, nous ignorons où il se trouve.
Je restais allongé sur le lit confortable de ma chambre encore quelques minutes. Quelques rayons de soleil parvenaient à passer à travers les volets et les rideaux de soie et à m’éclairer le visage. Je distinguais le grondement des chutes d’eau de la rivière avoisinante, qui n’était pas comme les autres : celui-ci était apaisant et donnait un fond sonore agréable à cette ambiance calme et réparatrice. La maison d’Elrond est d’ailleurs un endroit où il fait bon vivre et où l’on peut se reposer et reprendre des forces. J’entendis un chant elfique, une mélodie joyeuse qui me mit du baume au cœur. Je sortis allègrement du lit, me dirigeai vers la salle de bains et me lavai. L’eau de la rivière était rafraîchissante et tonifiante, et elle me mit en forme. Je m’habillai et sortis de la chambre. Sur la route de la salle principale, je rencontrai plusieurs Elfes, tous étant de grands amis d’enfance :
- Maë Govannen, Dúnadan !
- Maë Govannen, Estel! Merenillë i mára aurë!
Les deux Elfes qui venaient de me saluer étaient Elladan et Elrohir, les deux fils d’Elrond, et frères d’Arwen Úndomiel.
Je traversai des couloirs inondés de lumière, avec à ma droite, une vue splendide sur le paysage environnant Imladris : au premier plan se dressaient des arbres jaunis par le déclin de l’été, les feuilles desséchées tombant les unes après les autres. Cependant, elles pouvaient bien tomber, elles étaient toujours aussitôt remplacées par d’autres : les arbres d’Imladris ont la réputation de ne jamais être dénudés. Ils sont toujours habillés de feuilles correspondant à la saison. Derrière, blanche et tumultueuse, la rivière arpentait un chemin sinueux entre quelques rochers érodés par son passage. Elle émergeait de la source à quelques milles de là et descendait lentement dans l’enceinte de la maison d’Elrond, jusqu’au gué de Bruinen, avant de rejoindre la Sonoronne et le Flot Gris et de se jeter dans la Haute Mer. Un unique pont permettait de franchir la rivière. Il était mince et l’on ne pouvait pas traverser à plus de deux de front. Sa base formait une arcade en pierre grise. Enfin, au fond et aussi loin que l’on pouvait voir, les Monts Brumeux se dressaient, hauts et fiers, tels des flèches essayant de percer la toile bleutée du firmament. Ce paysage féerique baignait dans les rayons réchauffant du soleil, et je me serais cru dans un rêve si je n’avais pas vécu mon enfance entière ici. Je finis par arriver devant une grande porte aux sculptures dorées et symétriques, l’entrée de la Salle Principale. Elle était entrouverte, et de cet espace se dégageaient une très agréable odeur de petit déjeuner et quelques mélodies elfiques. Je poussai légèrement la porte qui s’ouvrit sans aucune difficulté. Une voix accueillante m’interpella alors :
- Bonjour, Aragorn. Avez-vous passé une bonne nuit ?
- J’ai dormi d’un sommeil réparateur, maître Elrond. J’ai pu constater que ma chambre se trouve toujours en très bon état et je ne peux que vous en être reconnaissant.
- Sachez que vous serez toujours le bienvenu, ici.
Le maître de ces lieux était assis dans un grand fauteuil au bout d’une longue table de bois. Quelques autres Elfes étaient assis à discuter. La vue de la Grande Salle était encore plus belle que celle du couloir. Aucune chandelle n’éclairait la salle, la lumière de l’astre lumineux suffisait amplement. Je vins m’asseoir aux côtés d’Elrond et commençai à me servir.
- Je ne vais pas pouvoir profiter de votre hospitalité bien longtemps, maître Elrond. Je devrai partir d’ici une semaine. On m’a fait quérir au royaume de Thranduil.
- En effet, il paraît que la menace de Dol Guldur est grandissante. La Forêt Noire devient de plus en plus dangereuse, et il très imprudent de s’y aventurer seul.
- J’ignore l’objet de sa demande, mais elle doit avoir un rapport avec cette menace. Quoiqu’il en soit, je ne pourrai pas rester plus d’une semaine.
- Oui, mais avant que vous ne partiez, je dois vous prévenir d’un danger. Les Orques prolifèrent dans la Moria et le passage par le Col de Rubicorne en fin de yavië s’avèrera sans doute délicat.
- Ne vous en faites pas. J’ai surmonté des épreuves bien plus difficiles. Et de plus, j’ai encore de longues années devant moi.
Je me mis à rire, mais au fond de moi, je savais que les conseils d’Elrond n’étaient jamais des paroles en l’air. Ils finissaient toujours par se vérifier. Je n’avais pas fini de rire qu’un Elfe apporta à Elrond une nouvelle :
- I Istari Mithrandir meryë quetasellë, heru Elrond.
Il annonçait à Elrond la venue de l’Istari Mithrandir. Je m’étonnai :
- Mithrandir ? Quelle heureuse nouvelle ! Cela fait plusieurs années que nous ne nous sommes pas revus. J’ai hâte de lui parler…
Je fus interrompu par des claquements réguliers qui résonnaient sur le dallage du couloir. Ces claquements couvraient un pas claudicant à peine audible. Les pas se rapprochèrent, jusqu’à ce que l’on distinguât à travers l’entrebâillement de la porte une ombre grandissante. Au sommet de cette ombre, on apercevait une forme pointue et penchée. L’ombre s’arrêta, et poussa la porte. Il m’apparut alors, comme pour la première fois, vieillard vêtu de gris, chapeau pointu et rapiécé, barbe en broussaille, et cape pendant jusqu’à ses pieds et touchant le sol. Mithrandir, ou Gandalf, avait un visage rayonnant, toujours joyeux, malgré son âge avancé. Il s’appuyait sur un bâton de bois sculpté formant de longues branches enchevêtrées les unes aux autres qui s’écartaient au sommet. Ce bâton le dépassait d’au moins une tête et son possesseur le maniait avec une facilité déconcertante. A ma vue, il esquissa un large sourire :
- Aragorn ! Quelle bonne surprise ! Il faut croire que la chance m’a conduit directement jusqu’à vous, car je souhaitais justement vous informer d’un fait extrêmement important. Mais nous en parlerons tout à l’heure.
Il se tourna alors vers Elrond :
- Je vous souhaite bien le bonjour, maître Elrond.
- Bonjour, Mithrandir. Le voyage vous a-t-il été favorable ?
- J’arrive tout droit de la Comté, où j’ai fait une très importante découverte. C’est la raison même pour laquelle j’étais jusqu’à cet instant à votre recherche, Aragorn. D’ailleurs, comment se fait-t-il que vous soyez à Imladris, Aragorn ?
- Je reviens d’une quête que j’avais accomplie au service du Gondor et de Denethor l’Intendant. Et dans une semaine, je devrai partir pour le royaume de Thranduil…
Maître Elrond m’interrompit :
- Nous verrons cela dans quelques instants ; en attendant, Mithrandir, venez vous asseoir à mes côtés et détendez-vous.
Mithrandir s’exécuta et vint se placer en face de moi. Il posa son bâton contre le mur proche et s’assit.
- Alors, maître Elrond, quelles sont les nouvelles à Imladris ?
- Pas grand chose, si ce n’est que nos arbres sont plus feuillus que l’année précédente et que les récoltes vont bon train…
Elrond et Gandalf se mirent à rire, mais le maître de ces lieux reprit rapidement son calme habituel et continua :
- Cependant, certains de nos congénères quittent le rivage pour Valinor. Le déclin de la Terre du Milieu a débuté voilà bien longtemps et tous les Elfes vont se retirer dans les années qui vont suivre…
Elrond se tut pendant un instant. Son visage était serein, mais la ligne de ses sourcils soulignait une certaine sévérité. Ses cheveux étaient lisses et tenus par un bandeau d’argent. Ses yeux étaient brillants et exprimaient très visiblement une grande sagesse. Il reprit :
- Mais vous, Mithrandir, qu’est-ce qui vous amène dans ma maison, si vous n’étiez pas venu pour Aragorn ?
- Comme je le disais tout à l’heure, je viens tout juste d’arriver de la Comté, où a été organisé le festin de l’undécante et unième anniversaire de notre ami Bilbon Sacquet…
Elrond acquiesça légèrement et, – de mon point de vue – tendit une oreille plus attentive. Mithrandir continua :
- Afin de terminer paisiblement sa vie, il avait préparé en quelque sorte une… une « évasion ». Comme j’ai déjà dû vous le signaler, lors de son aventure avec Thorin Ecu-de-Chêne, Bilbon avait trouvé un Anneau magique lui permettant de disparaître à chaque fois qu’il le mettait au doigt. Cet Anneau avait jadis appartenu à Gollum, alias le Hobbit Sméagol. C’est ici que vous intervenez, Maître Elrond, et vous, Aragorn : d’une part, je suis à Imladris à la recherche d’informations sur les Grands Anneaux qui furent autrefois forgés, car je soupçonne celui que détient désormais Frodon, neveu et héritier de Bilbon, d’être l’Anneau Unique, forgé par le Seigneur des Ténèbres, et qui a été perdu lors du désastre des Champs aux Iris.
L’occasion que j’attendais de pouvoir réparer les erreurs de mes aïeux commençait à se dessiner. Mais Mithrandir interrompit mes pensées en se tournant vers moi :
- Et vous, Aragorn, la raison pour laquelle je vous cherchais est très simple. Vous souvenez-vous de la recherche que nous avions entrepris avec les Elfes de la Forêt Noire pour capturer Gollum ?
Je n’y avais pas participé, mais j’en avais entendu quelques rumeurs, de la Forêt Noire à la Lothlorien :
- Oui, aussi loin que remontent mes souvenirs, c’était il y a quelques années de cela.
- En effet. Et après maintes recherches, nous l’avons abandonnée. Il parvenait toujours à nous glisser entre les doigts. La piste s’est depuis très longtemps refroidie. Le service que je vous demande est, si vous en avez l’occasion, de prendre des nouvelles de notre ami Gollum. Essayez de savoir dans quels environs il se trouve, et, lorsque vous l’aurez découvert, faites-le moi savoir. Un témoin aussi important ne doit pas nous glisser entre les doigts et ne doit absolument pas passer aux mains de l’ennemi. N’en faites pas attendre mon ami Thranduil, mais demandez-lui au passage.
- Très bien, je ferai ce que je pourrai.
Je repensai à ce Bilbon, dont je n’avais réellement entendu parler de lui qu’une seule fois : Mithrandir m’avait décrit les Hobbits comme étant un peuple de petites gens bons vivants, amoureux de la bonne chère et de leur jardin.
- Je tâcherai de vous donner des informations sur les Grands Anneaux, annonça Maître Elrond, se levant.
Mithrandir ajouta :
- Je souhaiterais aussi vous informer que le lieu où Monsieur Sacquet a choisi de s’exiler n’est autre qu’ici, à Imladris. Il arrivera dans quelques mois.
- Ah, quelle bonne nouvelle ! Je suis heureux de l’apprendre.
Maître Elrond sourit alors, se tourna vers la porte de la Grande Salle et sortit. Mithrandir prit un peu de Lembas, et me demanda :
- Alors, mon ami. Qu’avez-vous fait depuis notre dernière rencontre ? Avez-vous exploré plus en détail les pays lointains et sauvages de Rhûn et de Harad ?
- En effet, Mithrandir. J’ai découvert de nouvelles régions toutes aussi peu inhospitalières que leurs régions frontalières. La faune y est dangereuse et la flore très peu abondante. Ces endroits sont maléfiques, et un quelconque mal y règne. J’ai aussi servi des gouvernements comme celui du Gondor avec l’Intendant Denethor et le Rohan avec le Roi Théoden. Ils me chargent de missions de reconnaissance comme de missions d’ambassadeur. Mais revenons à Monsieur Sacquet. Ainsi, vous pensez avoir trouvé l’Unique, le fléau d’Isildur ?
- Oui. Mes hypothèses sont toutes fondées, et il ne me reste plus qu’à prouver leur véracité. Malheureusement, je n’ai pas encore trouvé le moyen de lui faire avouer ses secrets. C’est pourquoi je suis venu voir Maître Elrond.
- Je comprends. J’aimerais que vous me teniez au courant si vous trouvez quoi que ce soit au sujet de l’Anneau de Frodon.
- Ne vous inquiétez pas pour cela, mon ami. Je le ferai.
Nous restâmes encore quelques minutes assis dans la Grande Salle. Puis nous nous levâmes et nous dirigeâmes vers la terrasse de la Salle. Le soleil avait la moitié de sa course jusqu’au zénith et éclairait encore plus le paysage d’Imladris. Une pensée me vint à l’esprit en voyant cet environnement merveilleux :
- Que croyez-vous qu’il arrivera si Sauron retrouve ce qu’il convoite tant ?
- Il se mettra sans aucun doute à reconquérir « sa » Terre du Milieu. Il la désire depuis tant de millénaires… Mais même sans l’Anneau, Sauron est fort, pourra attaquer le pays ennemi le plus proche…
- …Le Gondor. Le Gondor est en danger. La menace du Seigneur des Ténèbres est grandissante, même sans l’objet qui pourra lui faire contrôler la Terre du Milieu entière.
- Barad-Dûr est en reconstruction depuis plusieurs années, et Sauron fortifie de nouveau ses armées. Le nombre d’Orques augment de jour en jour. Il se prépare à attaquer le monde des Hommes, mais il ne le fera pas à moins d’avoir eu des nouvelles de l’Unique et de savoir dans quelle région il se trouve. Il n’a pas les forces nécessaires pour faire face à une nouvelle Alliance des Elfes et des Hommes. C’est pour cela qu’il ne doit pas trouver Gollum. Cet être misérable connaît beaucoup trop de choses qui pourraient tous nous mettre en difficulté. Sachez, Aragorn, que je pourrai faire appel à vous dans quelques années pour que nous le recherchions ensemble.
- Je serai prêt lorsque vous me le demanderez, Mithrandir. Vous pouvez compter sur moi.
La conversation cessa brusquement à mon goût. Je vis Mithrandir fermer les yeux et se laisser bercer par le grondement réconfortant des chutes de la rivière. Un sourire esquissé, je n’avais jamais vu mon ami aussi paisible qu’en cette heure, quand je repense aux difficultés qu’il a endurées par la suite. Une mélodie elfique parvint à nos oreilles, un chant que je connaissais bien pour l’avoir un grand nombre de fois chanté : un annthennath, la chanson de Beren et Lúthien. Alors, à la fin de la chanson, toujours les yeux fermés, Mithrandir m’annonça :
- J’ai récemment conversé avec Arwen Úndomiel, fille de Maître Elrond et de Galadriel. Elle m’a dit que vous l’aviez rencontrée dans la Lothlorien. Est-ce vrai ? dit-il en ouvrant les yeux.
- Arwen, l’Etoile du Soir, n’a pas menti. Je l’ai effectivement rencontrée ; à deux reprises, pour être précis. Lors de notre première rencontre, j’ai cru qu’elle était Lúthien Tinúviel ! En tout cas, elle est pour moi sa réincarnation vivante. Dès lors, je l’ai aimée. Cependant, Maître Elrond m’avait fait part de son désaccord et nous en sommes restés là pendant de longues années. De très longues années où je me suis exilé, loin de la présence et du regard d’Úndomiel. Ces années ont été les plus longues de mon existence. Puis, de retour dans le royaume de Galadriel et de Celeborn, afin de me reposer, je la rencontrai de nouveau. Et cette fois-ci, au sommet du Cerin Amroth, elle me fit serment de son amour.
Je déboutonnai alors le col de la chemise, sortis le collier d’argent d’Arwen et le montrai à Mithrandir. Ce collier représente beaucoup pour moi ; depuis que ma bien-aimée me l’a offert, je ne l’ai jamais quitté.
- Voici Eärendil, l’Etoile du Soir. Arwen Úndomiel me l’a offert le soir où nous nous sommes promis l’un à l’autre. Lorsque je le porte, je sens la grâce d’Arwen et je sais qu’elle veille sur moi.
Mithrandir regarda longuement le pendentif, puis me fixa en souriant :
- L’Etoile du Soir vous a offert l’Etoile du Soir. Arwen vous a offert son amour et par-là même son Eternité. Elle a abandonné sa vie dans le Crépuscule pour vous vous, Estel. Son destin et le Vôtre commencent à s’accomplir…
- Mais mon destin évoque aussi que je revendique le trône du Gondor, et cela, je ne le souhaite pas.
- Cependant, Maître Elrond avait annoncé que sa fille ne serait l’épouse d’aucun Homme moindre que le Roi de Gondor et de l’Arnor réunis. Et je pense qu’il se tiendra à cette parole. Vous commencez à remarquer que les griffes du Destin se resserrent.
Je me tus alors, ne sachant quoi répondre à la remarque pertinente de Mithrandir. Il était évident que l’on ne pouvait échapper à son Destin, mais je voulais à tout prix éviter sa rencontre, ou du moins, la ralentir. Et à présent, je souhaitais changer de conversation. Mais Mithrandir ne m’en laissa pas le temps. Il leva ses mains et les posa sur mes épaules en me fixant d’un regard pénétrant :
- Vous devez vous rendre à l’évidence. Un jour, vous réclamerez le trône vacant du Gondor. Que vous le vouliez ou non, vous serez irrésistiblement amené à revendiquer le trône, Elessar.
Mithrandir venait de prononcer pour la première fois devant moi mon nom véritable. Je tressaillis ; il ôta ses mains de mes épaules. Puis il se tourna et se dirigea vers la porte de sortie. Juste avant de quitter la Salle, il me lança :
- Nous en reparlerons plus tard, Aragorn. En ce qui me concerne, je m’en vais trouver Maître Elrond et me renseigner sur ce que je cherche. A tout à l’heure…
Il sortit alors, et je restai seul à la terrasse, perdu dans mes pensées. Trois Elfes étaient encore installés à la table de la Grande Salle et discutaient dans leur langue natale. Le grondement des eaux s’était soudain fait plus silencieux, comme si mes oreilles s’étaient peu à peu bouchées. Je repensai à ce dont nous avions discuté. Mon amour pour Arwen n’était-il qu’un prétexte pour accomplir ma destinée, ou n’existait-il absolument aucun lien entre les deux ?
Je restai debout, me tenant à la rambarde de la terrasse. Sans m’en rendre compte, je fixai des yeux l’unique pont traversant la rivière. Mais dans mon esprit, je réfléchissais à toutes les causes et les conséquences de mes actes. Ma tête s’engourdit alors, et mes sens me trahirent : mon ouïe disparut, je ne vis plus rien, et perdis le sens de l’équilibre. Je vacillai, prêt à tomber, mais une main soudaine me rattrapa.
- Oh, Dúnadan ! Coivallë !
Tout s’évanouit alors et je repris conscience de mes actes. Je me retournai et vit Elrohir, l’un des fils d’Elrond qui m’avait salué le matin même. Il me demanda :
- Vous allez bien ? Vous avez une mine affreuse !
Je tournai alors mon regard vers la voûte bleu clair du firmament et constatai que le soleil avait bien avancé dans son ascension. J’avais dû rester seul à réfléchir environ une heure, et je ne m’en étais même pas aperçu.
- Oui, je vais très bien, répondis-je à Elrohir. Je me suis juste assoupi quelques instants. Pourriez-vous me rendre un service, mon ami ?
- Bien sûr, Dúnadan. Que puis-je faire pour vous ?
- Savez-vous où se trouve Maître Elrond ? J’aimerais lui parler.
- Mon père se trouve dans la Salle des Archives, en compagnie de Mithrandir. Je peux vous y conduire, si vous le souhaitez.
- Bien que je sache où se trouve la Salle des Archives, j’apprécie votre compagnie, et si cela ne vous dérange pas, j’accepte votre proposition.
Je me laissai alors guider par Elrohir, qui sortit de la Grande Salle et longea le couloir. Nous le parcourûmes entièrement, puis tournèrent dans un autre couloir à droite. Je vis alors à ma droite les jardins d’Imladris. Jardins magnifiques qui baignaient dans la lumière vive du soleil, et très fleuris malgré la saison hivernale qui se préparait. Les jardins laissèrent place aux fresques des murs, qui étaient une représentation de la Guerre de l’Anneau, et plus précisément la scène où mon ancêtre Isildur ôta l’Anneau du doigt de Sauron. Tout à coup, Elrohir tourna à gauche et passa par une porte dérobée dans le coin du couloir. Le passage était beaucoup plus sombre et j’écarquillai mes yeux afin de voir où je me déplaçai. Nous descendîmes quelques longs escaliers. La clarté diminua encore plus et je me dirigeai grâce au son quoique faible des pas d’Elrohir. Puis des voix montèrent devant moi. Des voix sourdes, mais familières. Je vis une faible lumière vaciller au loin, une flamme de bougie. Les escaliers s’arrêtèrent et nous arrivâmes sur un sol pierreux. Les voix se rapprochèrent et je distinguai celles de Maître Elrond et de Mithrandir. Je vis une porte se dessiner par la lueur des bougies de la Salle des Archives, et, au fond, quelques livres. Enfin, j’arrivai à l’intérieur.
La Salle des Archives ressemblait à une immense bibliothèque. Des centaines de livres étaient empilés sur des tables autour de moi, et quelques parchemins traînaient çà et là. J’entendais Mithrandir et Maître Elrond, mais ne les voyais pas. La poussière me fit éternuer. Les voix cessèrent brusquement de parler, et deux têtes se penchèrent de derrière un amas de gros livres.
- Aragorn ! Elrohir ! dit Elrond. Venez par ici !
Nous nous dirigeâmes vers Maître Elrond. Elrohir annonça :
- Atar, Aragorn merë cenyë. Sië tulyavienyes en.
- Tu as bien fait, mon fils. Nous étions justement en train de parler de choses importantes, Mithrandir et moi. Tu peux te retirer, Elrohir.
- Bien, père.
Elrohir se tourna et disparut dans le passage obscur. Ses pas résonnèrent au loin, puis s’évanouirent. Le silence retomba, ne laissant entendre que le crépitement des torches enflammées. Puis Mithrandir m’annonça :
- Nos recherches sur l’Unique ont été vaines, ou du moins, nous n’avons pas trouvé d’informations importantes que je ne connaisse déjà. Je n’ai pas confirmé mes hypothèses mais je n’en doute toujours pas.
- Mais tant que nous n’avons pas trouvé de preuves, nous ne devons pas agir, annonça Elrond.
- Nous avons une preuve, reprit Mithrandir, encore nous reste-t-il à la chercher et à la trouver…
Mithrandir se tut et se tourna vers moi ; un air grave se dessinait visiblement sur son visage.
- Gollum est en cavale depuis trop longtemps. S’il se risque dans le territoire de l’ennemi, notre seule preuve s’envolera.
- Mais en quoi Gollum peut-il prouver que l’Anneau que possède Frodon est bien l’Unique ? demandai-je, dubitatif.
- J’allais y venir. Bilbon, comme je l’ai dit il y a quelques heures, a trouvé son Anneau dans les cavernes de Gollum. Si cet Anneau est l’Unique, la logique nous dicte que Gollum a dû le trouver quelque part. Si nous arrivons à l’attraper et à le faire parler, nous pourrons vérifier mes hypothèses. S’il annonce qu’il a trouvé son Anneau dans les Champs aux Iris, nous saurons qu’il s’agit de l’Unique. Sinon, il nous faudra continuer à chercher.
Mithrandir continua sans me laisser le temps de prendre la parole :
- C’est pour cela que je vous réitère ma proposition. Un jour prochain, j’aurais sûrement besoin de vous afin de chercher Gollum. Mais entre-temps et afin de vous faciliter la tâche, je vous demande de quérir de ses nouvelles.
- Je m’en chargerai dès que possible.
- En ce qui me concerne, reprit Mithrandir, je vais m’absenter de nouveau. Je dois absolument trouver un autre moyen de prouver mes suppositions. A notre prochaine rencontre !
Mithrandir se détourna vivement, faisant virevolter sa longue cape grise dans l’atmosphère poussiéreuse qui régnait aux alentours. Il se dirigea vers la porte et s’enfonça dans l’obscurité.
- Namarië, Mithrandir !
- Au revoir, Mithrandir !
Les claquements réguliers de son bâton se firent de plus en plus lointains, puis s’estompèrent. Et il disparut alors, me laissant seul avec Elrond, dans l’obscure Salle des Archives d’Imladris...

Voir le chapitre 2 sur 15



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.