Chapitre 2:
Catherine.2;
(par
michele huwart, ajouté le 09/05/05 14:58)
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Faire connaissance ? Je n'osai lui dire que j'étais là uniquement pour travailler. Je le pensai pourtant durant quelques secondes. Cet homme me semblait bizarre. A vrai dire, il me semblait, Dieu seul savait pourquoi, inhumain. Pas "inhumain" dans le sens habituel du terme. Non. C'était autre chose. Autre chose, que je ne pouvais m'expliquer. Qui m'emplissait de crainte, cependant. Le son d'une flûte s'éleva soudain comme venu de nulle part. "Debussy", crus-je reconnaître. J'avalai ma salive, lissai distraitement les plis de ma jupe écossaise - dont le tartan était celui de mon clan - et ouvris enfin la bouche. - Vous me semblez un grand amateur d'Art, Sir William, articulai-je difficilement. Il me sourit, mais ses yeux démentaient ce sourire, révélant au contraire une profonde mélancolie. - Tous les miens l'étaient, me répondit-il gravement. Et la beauté permet de se reposer de l'horreur. Sans réellement l'oublier. Aimez-vous l'Art, Catherine. - Beaucoup, avouai-je. Avec une prédilection pour les préraphaélites, les compositeurs russes et les enluminures médiévales. mais je ne suis qu'une béotienne, en ce domaine. - L'essentiel, me dit-il, est d'aimer avant de connaître. La connaissance et l'étude viennent plus tard en ce domaine. Mais parlez-moi un peu de vous. Parler de moi ! Nous y étions. je n'avais pas vraiment envie de parler de moi. Qu'aurais-je pu dire d'intéressant, d'ailleurs ? - Je ne suis qu'une étudiante en lettres. Une étudiante en lettres tout ce qu'il y a de plus banale. Je m'appelle Catherine, j'ai vingt ans, je suis écossaise, et j'ai besoin de travailler pour payer mes études... vu que mes parents sont complètement ruinés. Il me dévisagea longuement, comme s'il cherchait quelque chose dans mes traîts... une ressemblance... Je remarquai le thé fumant, et les petits gâteaux. La domestique nous avait servis sans faire aucun bruit. Et Sir William continuait à scruter mon visage. - Lady Catherine Bard, fit-il enfin, comme s'il reconnaissait qui j'étais. La fille de Lord Brandon, XXIIIème Marquis de Dale. La plus vieille famille d'Ecosse, et sans doute du Royaume-Uni tout entier... - Cà me fait une belle jambe ! répondis-je en essayant de masquer mon agacement. Ce n'est pas le titre de mon père qui remplira mon assiette, ou paiera mon loyer ! Il y avait de l'impassibilité sur son visage, mais pas dans son regard. - Comment se porte-t-il ? s'enquit-il. Par curiosité ou par bienveillance ? Pourquoi s'intéressait-il à mes parents ? Il me fallut répondre. En fait, non. J'aurais pu m'en dispenser, mais je ne pus m'en empêcher. - Comme un homme ruiné, soupirai-je. mes parents unt tout vendu. L'usine, la maison est les terres. Sauf une. Une minuscule propriété, sur laquelle se trouve une chaumière de deux pièces. Qui leur permet de reter Lord et Lady Dale... Mon père est un scientifique de valeur, mais un homme d'affaires déplorable ! Sir William ? Il me fit un signe de tête, affable. - Sir William... pourquoi m'avoir engagée, moi ? Vous me semblez... hésitai-je... vous me semblez très fortuné, et vous êtes un journaliste célèbre. Pourquoi avoir engagé une étudiante ? Et pourquoi moi ? Il me présenta une tasse de thé. J'y trempai les lèvres. Il était exquis. Tout comme les gâteaux secs aux épices qui l'accompagnaient. - J'aime travailler avec des jeunes gens, m'epliqua-til. Parce que j'aime les voir autrement qu'une arme à la main. Parce que j'ai besoin de les voir en vie. Et pourquoi vous ? Parce que vous êtes ce que vous êtes. La descendante de la plus ancienne famille d'Ecosse. D'une famille qui remonte d'ailleurs bien avant l'Ecosse, bien avant l'Histoire telle que les gens la connaissent. J'étais dans un état d'esprit mitigé. Curieuse. Et me demandant également si le journaliste ne divaguait pas. Si les bombardements sur Vukovar n'avaient pas eu raison de sa raison.
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