Chapitre 2:
La Foret & la Dame de Mousse
(par
Saivh, ajouté le 09/01/06 17:37)
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La silhouette de Guy disparu dans la penombre et Gayette repris son chemin, entre les arbres. Le ciel gris annoncait le lever du jour. Autour de la jeune femme, le silence s'etait retabli, empli seulement de l'odeur de l'humus. Ses doigts s'enfoncaient dans la mousse epaisse, froide et humide des arbres auxquels perfois elle se retenait pour eviter de tomber. Petit a petit, ses pas la dirigerent vers une clairiere ou s'etirait encore un peu de brume dans la lumiere grise et humide de l'hiver. Une fois parvenue au centre de la clairiere, Gayette fit glisser de son epaule le petit sac qu'elle avait apporte avec elle. Elle en sorti un morceau de pain, un peu de lard grille et un fromage. Prudemment, elle ajouta un cruchon de biere, bien scelle, qu'elle prit soin de ne pas briser sur les pierres.
Gayette resta la, agenouillee, ne sachant pas trop quoi faire d'elle-meme. En realite, elle ne savait pas trop ce a quoi elle s'etait attendue. Devait-elle attendre? Devait-elle prononcer quelques mots? Prier? Elle parcouru la clairiere des yeux en reflechissant a quelque chose a dire avant de retourner au village. Robert allait s'inquiter et lui poser des questions. Elle se leva, recula de quelques pas, ouvrit les bras et leva les yeux au ciel.
- Mere divine, Petit Peuple, voici mon cadeau...
Un rire amuse l'interrompit. Gayette se retourna, prise soudainement par la peur que quelqu'un ait pu la suivre. Une femme etait etendue sur une grossse pierre longue tout pres d'elle. Allongee, la tete posee sur un poing, elle avait l'air reellement amusee.
Gayette aurait pu passer a cote d'elle sans la remarquer. Bien que singulierement belle, sa tunique verte et ses longs cheveux bruns auraient pu passer pour de la mousse et des racines sur un rocher a qui n'aurait pas prit la peine d'observer. Ses yeux luisait d'amusement comme deux petits charbons ardents. Ses levres rouges, vives comme une coupure, revelaient de parfaites petites dents carnassieres, fines et bien rangees comme des perles. Elle bascula la tete et laissa a nouveau echapper un rire de gorge qu'elle ne pouvait visiblement pas contenir. Gayette pris soin de ne pas bouger, observant seulement la dame, esperant qu'elle pourrait lire sa question dans ses yeux.
La dame de mousse se redressa. Sa tunique verte flottait autour d'elle comme des bans de brume et ses charbons se poserent sur la femme du drapier.
- Tu sais tres bien que ce n'est pas pour ca que tu es venue.
- Je vous demande pardon?
- Tes cadeaux, ta presence... Tu sais tres bien que ce n'est pas pour ca que tu es venue.
Ses levres s'etirerent comme une plaie en un sourire ironique. Gayette, figee, la suivait des yeux. La dame s'approcha d'elle et lui prit le bras. Elle se mit a marcher, comme on se promene, vers l'autre bout de la foret.
Gayette regarda autour d'elle. La foret, bien que similaire a celle qu'elle connaissait, semblait differente, changee. Elle etait plus dense, plus sombre, plus verte. Aucun bruit ne l'atteignait plus. Meme pas le son de l'hiver. A quelques metres, il lui semblait deviner des formes qui se faufilaient rapidement entre les arbres et qu'elle ne parvenait pas a identifier ou a reconnaitre.
La dame, toujours ce sourire ironique aux levres, regardait droit devant elle. Gayette observa du coin de l'oeil son profil fin, les paumettes hautes et aigues, surmontees de ces yeux brulants, en amande et tres etires, tout comme les fins sourcils qui finissaient sur la tempe, pres des oreilles dont les pointes surgissaient dans la tignasse brune de la dame. Gayette aurait aime passer la main dans cette chevelure car, a present, elle lui paraissait plus comme la fourrure d'un animal sauvage que comme les racines du rocher plat.
Indifferent a la curiosite de Gayette, la dame continuait de parler.
- Oh, tu ne le sais peut-etre pas encore et tu crois sans doute fermement a tes pretextes, mais sache que ce que viennent chercher ceux qui viennent ici est rarement ce qu'ils croient. Qui vient ici cherche en realite l'entree de notre monde. Ceux qui penetrent dans cette clairiere sont tout petris de bonnes intentions. Mais ce qui les pousse reellement, c'est le desir d'echapper a leur monde et de penetrer en Faerie.
- Mais, le jeune homme que j'ai croise plus tot dans le bois, Guy...
La dame rit encore.
- Ne t'inquite pas pour lui. Lui, il ne cherche pas a fuire son monde ou a venir chez nous. Il cherche l'amour. Et va le trouver.
La dame tourna un regard amuse vers Gayette.
- Plus tot qu'il ne l'espere d'ailleurs.
Gayette sourit a son tour.
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