Chapitre 2:
Impact
(par
Gurth, ajouté le 10/01/07 23:27)
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Hem, Idaho, 21 février 1998, 07 : 50 AM
L’image de Kathrin Stockdale se reflétait dans le miroir comme une injure. La balance pouvait bien prétendre qu’elle avait perdu trois kilos, Kathrin se trouvait toujours aussi grosse. Elle soupira et enfila un soutien-gorge, un t-shirt et enfin la chemise bleue foncée, orné sur l’épaule gauche d’un drapeau américain et sur la droite de l’écusson de la police de Hem, Idaho. Kathrin sourit faiblement. L’uniforme lui donnait une certaine prestance, et attirait même certains hommes. Mais jamais les bons, semblait-il. Les pires étaient les jeunes chauffards trop conscients d’être des beaux gosses qui la draguaient en espérant une illusoire indulgence. Ils n’avaient aucune chance : Kathrin s’était fait avoir, une fois. Une seule. Elle boucla son ceinturon. Et j’ai seulement trente et un, pensa t-elle. Déjà, aurait dit sa mère. A son âge elle en était à son second divorce. « Mais c’est cela qu’on appelle vivre, chérie ! » Kathrin passa la veste bleue, sortit de la maison et alluma une cigarette. « Un vice, c’est toujours ça. Mais tu devrais t’en autoriser d’autre, chérie ! » Dire qu’elle était morte depuis deux ans déjà. Au moins ce n’était pas d’un cancer du poumon ou d’une maladie sexuellement transmissible. De malnutrition, songea sournoisement Kathrin. Sa mère avait toujours gardé une ligne parfaite.
Campus de Berkeley, Californie, 21 février, 04 : 17 PM
Dan Huxley avait pleinement conscience d’être un linguiste chiant, et pourtant il ne pouvait s’empêcher de l’être. C’était pour ça qu’Amy l’avait plaqué, comme d’ailleurs Anna, Laurie et toutes celles qui avaient précédé. Bien sûr, il aurait pu essayer de sortir avec une linguiste, par exemple une de ses étudiantes, voire, mais alors uniquement pour l’expérience, une de ses collègues féminines, mais il se refusait à cette extrémité. Seuls les riches, les membres de minorités et les désespérés finissaient leur vie avec quelqu’un du même groupe qu’eux. Dan Huxley refusait d’être un désespéré, et il doutait que le grand renversement de l’équilibre racial américain se produise assez tôt pour qu’il puisse faire partie d’une minorité avant d’être définitivement impuissant. Quant à être riche…
Quelque part dans la forêt Daniel Boone, Kentucky, 21 février, 11 : 54 PM
En s’écrasant, la météorite avait broyé un bosquet et un chêne centenaire. Projeté à quelques mètres, un morceau du tronc avait massacré un élan particulièrement malchanceux. Elle reposait maintenant au fond d’un petit cratère. Large de trois mètres, elle avait bien survécu à la rentrée dans l’atmosphère. Cela s’expliquait par le fait qu’elle était uniquement composée d’un métal très résistant qu’on ne trouvait pas sur Terre. Et pourtant, ce métal n’était pas inconnu aux Hommes. Mais son souvenir s’était perdu depuis bien longtemps. Réveillé par le vacarme de l’impact et attiré par la carcasse de l’élan, un renard s’approcha du cratère. Il regarda la pierre, glapit soudainement, et s’enfuit sans demander son reste. A peine une demi-heure plus tard, un de ses congénères huma à son tour l’odeur du sang. Il ne jeta même pas un regard à la météorite, et dévora tranquillement le cœur encore chaud de l’élan.
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