Je fus le premier à me lever. Je préparai mon paquetage. Y rassemblai mes maigres biens. Je ceignis mon épée. Et me rendis auprès du feu. Intérieurement, j'étais nerveux. Mais je n'en laissais rien paraitre. Je mis de l'eau à chauffer. je préparai de la tisane de menthe. Et j'attendis. Peu de temps. Neithan vint bientôt me rejoindre. Accompagné de mon Seigneur. Je me levai. Leur proposai de boire un peu. Ils acceptèrent. - Je suis content, me dit-il. De pouvoir vous faire mes adieux. J'avais la gorge nouée. Mais il fallait que je lui parle. Quitte à essuyer un refus. - Pardonnez-moi, Monseigneur, fis-je d'une voix rauque. Mais j'ai une faveur à vous demander. - Une faveur ? me dit-il, tout en buvant sà tisane à petites gorgées. Certes, non. Juste le remboursement d'une dette. Je respirai profondément, pui me lançai. - Permettez moi de vous accompagner. Je baissai la tête, et j'attendis. Qu'il me dise "non", tout simplement. Qu'aurait-il pu dire d'autre ? - En Doriath ? Vous n'y serez pas bienvenu. - Je sais, répondis-je. Peu m'importe. J'y aurai été reçu comme ce que je suis. Un hors-la-loi. Mais je m'attendais à votre refus. Veuillez excuser mon audace, Monseigneur. Il eut un petit rire, puis m'empoigna les épaules. - Vous ai-je dis que je ne voulais pas de vous ? Comme compagnon de voyage ? - Alors, vous... - La route sera longue. Et difficile. Et le pire vous attend peut-être à l'arrivée. Mais vous pourrez toujours me laisser en chemin. Allez chercher vos affaires, mon ami. Nous partirons sans attendre. Je mis un genou en terre. Je me demande encore ce qui m'a pris. Mais j'éyais heureux. Le coeur serré, en même temps. Et incrédule. Trop d'émotions, soudain. Puis je m'éloignai pour prendre mon paquetage. Neithan me suivit. - Alors, tu nous quitte ? Il semblait calme. Triste, aussi. Mais ma décision ne parut pas le surprendre outre mesure. Je fis "oui" de la tête, sans mot dire. - Tu as changé. Ces derniers jours, tu as changé. Mais es-tu vraiment sûr de ta décision ? - Oui, Capitaine. - Je te souhaite bonne route. Et longue vie, si le destin ne nous met plus face à face. Tu me manqueras. J'aimais beaucoup Neithan. Mais jamais je n'aurais cru entendre ces mots de sa bouche. - Qu'allez-vous dire aux autres ? lui demandai-je, par pure curiosité. Que j'ai fui comme un lâche ? - Que tu es parti accomplir la mission que je t'ai confiée. Sa réponse me laissa coi. - Veille sur lui, Morgil. Veille sur Beleg. Je sais, çà peut sembler stupide. Il est un des plus redoutables combattants qu'ait connu Arda. Mais il ne va pas aussi bien qu'il le prétend. - Je sais, murmurai-je. Et entre autres, par ma faute. - Plus encore par la mienne. Mais si nous avons quelque différents, il reste malgré tout que je l'aime comme un frère. - J'accepte donc la mission, Capitaine. Merci. Que le destin vous soit clément. Et j'ajoutai, croyant peu au destin. - Prenez garde à vous.
Je n'eus pas l'occasion de saluer grand nombre de mes compagnons. J'échangeai une poignée de mains avec les hommes de garde. Puis je suivis mon Seigneur. Je partis sans regrets, mêlé de peur et d'allégresse. Disant adieu à ce qui fut ma vie. |
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