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Galinda, la Forêt des Ombres

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 21: Fragments
(par Laurent Femenias, ajouté le 07/11/03 19:18)


Le texte était manuscrit et formé de plusieurs écritures différentes. Les premières pages, visiblement très anciennes, étaient quasiment illisibles et sur certaines, l’encre à moitié effacée rendait le déchiffrage de Sam plus que délicat. Il tournait les pages avec précaution en s’arrêtant plus longuement sur les passages dont il parvenait à comprendre l’écriture, ceux qui se trouvaient dans la dernière partie du livre. Ces fragments au style étrange semblaient témoigner de l’expérience d’un peuple de la Forêt – peut-être les familles dont le vieux Dunman avait parlé ? – au cours de son combat avec l’Ombre. Sam avait devant les yeux le récit d’une plongée vers les abîmes, inéluctable sans doute mais ponctuée néanmoins de quelques lueurs d’espoir auxquelles a tenté tant bien que mal de se raccrocher un peuple se sachant condamné :

« … Du fin fond des ténèbres avait surgit la maîtresse des Ombres. Du néant elle était sortie fière et toute puissante pour apporter avec elle la mort et l’oubli. Elle cause la perte de quiconque ose s’en approcher. Malheur à qui croise son regard : il y découvrira une noirceur terrible, un feu sombre et dévorant qui consumera sa vie et son âme. Elle se nourrit de nos peurs, de nos craintes secrètes et inavouables. Ô vous, peuple de la Forêt, mes frères, je vous en conjure, tenez vous à l’écart de cette femme, de ce monstre, de sa beauté froide et irrésistible. Car si vous cédez un jour à l’appel de l’Ombre, alors vous serez à jamais perdus ! … »

*
* *

« … L’Ombre progresse de jour en jour. Nul ne peut désormais l’arrêter. Se mettre sur son chemin est pire même que le suicide car qui la croise perd son âme. Beaucoup de nos frères ont déjà sombré et d’autres les rejoindront bientôt : des hommes et des femmes vaillants et courageux aimant la vie et surtout notre Forêt. Hélas, la défaite n’est plus qu’une question de temps, tandis qu’à l’extérieur, personne ne se doute de rien ! Les villageois sont paisibles et dorment tranquillement pendant que nous souffrons. Jusqu’à quand résisterons nous pour notre salut à tous ? … »

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* *

« … Notre jeune frère est parvenu de façon inespérée à leur tenir tête, à elle et à ses légions venues de l’enfer… Qui aurait pu croire que la victoire nous tendrait un jour les bras à nouveau ? Ainsi, l’espoir demeure-t-il présent aujourd’hui, malgré la souffrance, malgré le déclin de notre peuple. Oui, il faut encore croire en l’avenir ! … »

*
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« … Le désespoir guette à nouveau. Je n’ai plus la force de me battre. J’ai vu hier l’Ombre de mes propres yeux. C’est un miracle que j’ai survécu… Mais mon cœur est à jamais blessé suite à la vision que j’ai eu. Je ne m’en remettrai pas. Quelle tristesse émanait du chant lugubre de ses âmes damnées, et quel orgueil pouvait-on lire dans ses yeux noirs, dans ces pupilles dilatées se réjouissant de la mort des arbres, de la mort de notre peuple … »

*
* *

« … Isoisä, notre vieil ami, lui que nous respections et aimions plus que tout est devenu fou. La bave aux lèvres et les yeux révulsés, il ne cesse de prononcer son nom, celui que nul n’ose pourtant depuis bien longtemps dire tout haut. Sa voix est pleine de terreur lorsqu’il crie : "Oscura ! Ton temps touche à sa fin. Il viendra celui qui te vaincra !" Je ne peux continuer à le voir dépérir ainsi, lui que je considère comme mon père. Mais nul ne peut se remettre de ce qu’il a vécu, d’une rencontre face à face avec la sorcière des Ombres. Je le sais mieux que quiconque moi qui ai pu lui échapper par chance. Moi aussi je l’ai vue, moi aussi je suis maudite ! Des bruits de combat hantent chacun de mes rêves. Des visions m’assaillent sans cesse. Son regard m’obsède ! Combien de temps vais-je tenir avant de perdre moi aussi toute la raison qui me reste ? … »

*
* *

« … Notre Conseil a fini par décider que la mémoire de notre peuple serait remise à notre nouveau frère. Ce ne fut pas une décision facile à prendre et les discussions ont duré jusqu’au petit matin. Jamais un étranger n’avait jusqu’ici eu cet honneur. Mais l’heure est grave et notre ami mérite toute notre confiance. Nous savons qu’il s’en montrera digne.
Puisse notre témoignage être utile à qui le lira. Souhaitons que les erreurs du passé ne se reproduisent pas. Pour nous hélas, il est trop tard … »

Ainsi s’achevait le texte. Les pages suivantes étaient vierges.

Voir le chapitre 21 sur 35



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.