Chapitre 22:
Rêves (2)
(par
Stéphanie, ajouté le 25/10/03 11:45)
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- Viens, je t'attends.
Pas de doute à avoir quant à l'origine de l'ordre. Elle court. Elle fixe le sol de ses yeux, ne voyant du chemin que ses pieds, la poussière et les cailloux, puis peu à peu les herbes et les ronces, comme elle s'enfonçait dans la forêt. Encore une fois, l'Appel avait eu lieu la nuit ; encore une fois, elle était passée sans bruit par la fenêtre de sa chambre, descendant des branches de l'arbre comme un écureuil. Personne ne savait qu'elle avait commencé les Entraînements ; il ne faut rien en dire, jusqu'à ce que les Ethérés le jugent bon. A ce moment-là, les Adeptes de niveau supérieur lui dispenseront l'enseignement théorique, et lui accorderont une tenue d'Entraînement.
Mais pour l'instant, elle n'en avait pas besoin : elle apprenait l'Entraînement de base, l'Entraînement Fougère, et comme cette herbe, elle devait apprendre à dérouler son corps et ses perceptions. Elle progressait vite, et l'Ethéré la soutenait dans ses mouvements, la corrigeant, l'encourageant quand elle échouait à exécuter les mouvements en souplesse.
Mais cette fois-ci, il avait l'air sombre – même s'il se dressait, lumineux, au centre de la Clairière. Alors qu'essoufflée elle s'inclinait devant lui, il lui dit d'une voix grave :
– J'ai une mauvaise nouvelle pour toi ; regarde.
Et il tendit vers elle un curieux miroir. Elle ne le détailla pas ; tout ce qu'elle vit, c'était l'image du centre du miroir. Ce n'était pas son reflet. C'était son père, allongé sur une route, dans une mare de sang, une flèche fichée en travers de la gorge, les yeux figés vers un ailleurs qu'elle ne pouvait voir – mort.
– Papa !
Elle voulu s'emparer du miroir, mais il était aussi insaisissable que les Ethérés, aussi insaisissable que son père, maintenant, qui gisait dans son sang, de la même couleur que les bains de garance qu'il préparait pour les étoffes, cette couleur qui avait fait une partie de sa fortune, cette couleur dont plus personne ne connaîtrait le secret, puisqu'il était mort, mort, mort…
Elle éclata en sanglot, gémissant, appelant son père, cherchant à l'atteindre au-delà de la distance qui maintenant les séparait, irrémédiablement.
– Dis-moi que tu n'es pas mort, Papa, que c'est un mauvais rêve, que tu vas revenir, tu n'es pas mort, je serais sage, Papa, je te jure que je serai sage, dis-moi que je vais me réveiller, que tu seras là et qu'on ira se promener tous les deux, reviens, Papa, reviens… Reviens…
– Erellig…
La voix venait de loin. C'était la première fois que l'Ethéré l'appelait par son prénom.
– Erellig.
Il s'approchait sans doute ; elle sentit une main sur son épaule.
Les Ethérés sont intangibles. – Erellig…
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