Chapitre 22:
Helmgaud
(par
Gurth, ajouté le 23/02/06 23:13)
|
Helmgaud jeta un regard exaspéré à Gozlin et Berhar qui dévoraient un pain et un jambon. Lui avait perdu tout son appétit. Valentine s’était retirée dans sa chambre, et personne ne songeait à faire préparer un dîner. Helmgaud n’était pas idiot ; même si on ne lui avait encore rien dit, il devinait que les nouvelles apportées par Joseph n’étaient pas bonnes. Son regard s’assombrit. Puis Joseph revint, seul, et alla s’occuper de son écuyer, sans jeter un seul regard à Helmgaud. Celui-ci se retint de l’interroger. Visiblement, l’autre ne l’appréciait guère. Malgré la discourtoisie de Joseph, Helmgaud ne tenait pas à déclencher un incident, par égard pour Valentine. Il resta à ressasser ses pensées en compagnie de ses deux sbires qui s’empiffraient bruyamment. Il allait leur dire de faire moins de bruit, quand ils cessèrent leur vacarme d’eux-même : Valentine venait de paraître. Alors, Helmgaud sut. Il n’y eut pas besoin de mots pour cela ; le visage de la jeune femme suffisait. Comme une automate, elle s’absorba dans la préparation de tisanes. Helmgaud se leva, pensa à s’approcher d’elle, et se dit que ce serait bien maladroit. Il serra le poing et sortit dans le froid en baissant la tête. Valentine lui en sût gré, car elle aurait été bien incapable de parler.
Helmgaud leva les yeux vers les étoiles et Dieu. Ainsi, son neveu était mort. Et cela lui faisait mal. Il aimait sincèrement Lambert, même si le jeune homme et lui ne se ressemblaient guère. C’est qu’au fond Helmgaud ne croyait plus beaucoup en la chevalerie. Encore moins à la croisade. Cela faisait longtemps qu’il n’était plus un jeune chevalier fougueux. Avant tout, il était seigneur, et c’était une lourde charge. L’on devait être brutal, et s’entourer d’hommes comme Gozlin et Berhar. Helmgaud était fier de sa naissance et de son titre de baron, et il faisait ce qu’il avait à faire. Il se demanda comment Lambert était mort. Il l’imagina, agonisant, ayant perdu ses illusions, sans plus rien à quoi se raccrocher, et frissonna. Il avait compris en regardant le baron de Froidmont ce que la croisade faisait des chevaliers. Des hommes blessés à l’âme, comme Joseph, ou durs, comme lui, Helmgaud.
Il donna un coup de pied rageur dans la neige. Demain, ou après-demain, arriveraient d’autres hommes à lui, et même des moines. Helmgaud avait demandé qu’ils le rejoignent ; il avait pensé qu’une grande messe ferait plaisir à Valentine, perdue dans sa solitude. Et à présent, Lambert était mort, et tout ça n’avait plus beaucoup de sens. Il fallait un signe. Quelque chose qui montre que Dieu n’avait pas abandonné Sombreval. La grande louve… |
|
Voir le
chapitre 22 sur 41
|
|
|