Chapitre 23:
La fièvre des tranchées. 4.
(par
michele huwart, ajouté le 05/08/08 19:20)
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- C’était la vôtre ? Pétunia avait remplacé devant nous les toasts aux champignons, qu’à mon grand étonnement j’avais entièrement terminé, par des assiettes garnies de lapin aux pruneaux. « A la flamande », avait précisé Sir William, sans que j’y prête la moindre attention. - Vous voulez rire, Catherine ? Pourquoi réagissait-il ainsi ? Il était barde, ménestrel, écrivain… - Je suis journaliste. J’ai le don des mots et des lettres. Mais je n’ai aucune, strictement aucune, imagination. Je peux, au gré de mon talent ou de ma volonté, plonger les lecteurs au cœur des batailles et faire pour un instant revivre les morts aux yeux des vivants, mais je suis incapable, totalement incapable, d’inventer, d’exagérer, d’enjoliver, si ce mot peut signifier quelque chose lorsqu il est question de récits de batailles. « La Chute de Gondolin » est un beau texte, bien écrit, mais jamais il n’aurait pu sortir de ma plume, et encore moins de mon imagination. Des armées de balrogs ? J’ai déjà bien du mal à me représenter un seul d’entre eux.
- Des armées de balrogs assiégeant la cité cachée dans les montagnes… C’est impossible. Je ne pus le démentir. - Je devrais vous dire que les balrogs n’existent pas. Pas plus d’ailleurs que les Elfes. Ou les cités cachées dans les montagnes. Je me remis à lire lentement le texte, à voix basse, pour ne pas déranger les autres patients. En anglais, d’abord. Dans ma langue, ensuite. - Mais Gondolin a existé. Cachée au milieu des montagnes, sur une terre qui n’existe plus, depuis longtemps, engloutie par les flots. Le Déluge n’est pas plus une légende que la fin de l’Atlantide, et le Dieux parfois, quels que soient les noms qu’on leur donne, ont de curieuses façons de combattre le Mal, et de faire la morale aux Hommes… et aux Elfes. Évidemment, il ne me crut pas. Pas encore. C’était bien trop tôt, et allait à l’encontre de l’enseignement qu’il avait reçu. A l’encontre de ce que l’on croit logique. - Pourquoi dites-vous que ce ne sont pas des légendes ? Je puis imaginer la submersion de l’Atlantide. J’en rêve même, parfois. Mais elle n’a pas eu lieu. Pas dans le monde réel. - Les mythes ne viennent pas de nulle part, Ronald. Ils ne sont que la transformation au fil des siècle d’événements du passé. Les noms se mélangent, les faits sont déformés, enjolivés, exagérés. Le temps s’étire, ou rétrécit. Athènes n’aurait pas pu être menacée par ceux que Platon appelait Atlantes, parce que leur patrie avait disparu sous les flots bien avant la fondation de la ville. Et il n’y avait pas d’armée de balrogs à Gondolin. Seulement quelques uns. Il me fixait, tiraillé entre l’intérêt et l’incrédulité, se demandant sans doute si ce n‘était pas moi qui souffrais de fièvre, et qui délirais. - .Comment savez-vous cela ? Me demanda-t-il, poli, mais méfiant. Comment pouvez-vous savoir cela ? - Et comment ai-je appris à lire les Tengwar ? J’ai vécu longtemps, Ronald, trop longtemps. Et j’ai lu. Beaucoup. Quatre, cinq versions du texte que vous avez traduit. Au moins. Je tenterai de les retrouver, et de vous les faire parvenir. Dès que je le pourrai.
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