Chapitre 23:
Helmgaud 2
(par
Gurth, ajouté le 05/03/06 00:11)
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« Tenez, baron. »
Helmgaud se retourna. Joseph était là, un gobelet fumant à la main. « Un peu de la tisane préparée par Dame Valentine. » reprit-il. Helmgaud prit le gobelet et remercia Joseph. Pas pour la forme. Il savait ce que le chevalier était venu faire. Lui annoncer la mort de son neveu. « Votre neveu, Lambert, est mort en combattant. » Helmgaud déglutit. « Je l’avais deviné, mais… vous l’entendre me le confirmer, c’est... » Sans savoir pourquoi, Joseph posa sa main sur l’épaule du baron. L’espèce d’antipathie instinctive qu’il ressentait pour Helmgaud n’avait pas disparu ; simplement elle n’avait pas sa place ici, dans cette cour enneigée à l’image des cœurs glacés des deux hommes. La vie en avait fait, et en faisait chaque jour un peu plus, des solitaires. Un peu de réconfort, donné ou reçu, était inestimable. « Racontez-moi. » dit simplement Helmgaud. Joseph acquiesça avec un faible sourire, et commença : « L’armée des Croisés avait deux chefs ; Raymond de Toulouse et Godefroi de Bouillon. Votre neveu, et le frère de Dame Valentine servaient Godefroi ; moi j’étais au service de Tancrède, vassal de Raymond. Aujourd’hui, les serments ne sont plus de mise ; beaucoup de chevaliers s’en retournent au pays, et ceux qui restent sont leurs propres maîtres. Afin de coordonner les efforts des Croisés, des hommes furent charger de porter des messages entre les différents chefs. C’est Lambert qui fut choisi comme messager de Godefroi auprès de mon seigneur Tancrède ; votre neveu était un homme de confiance. Moi-même, je me trouvais souvent auprès de mon seigneur, et ainsi j’eus l’occasion de connaître Lambert. Mais c’est surtout avec mon écuyer, Bernier, qu’il se lia d’amitié. Tout deux étaient jeunes, partageaient le même enthousiasme et les mêmes rêves. Nous arrivâmes finalement au pied des murailles de Jérusalem ; chaque chef installa son camp. Lambert se trouvait au camp de Tancrède quand deux chevaliers présomptueux, Raimond Pilet et Raimond de Turenne, désireux de combattre, formèrent une chevauchée afin de débusquer des ennemis. S’il n’avait été messager, Lambert se serait trouvé fort loin de ces hommes, mais le destin voulut qu’il les voit s’apprêter ; alors il se proposa de partir en leur compagnie, et Bernier voulut également venir. Je m’équipai à mon tour, plus pour veiller sur eux que pour combattre, mais je fus rappelé auprès de Tancrède, et la troupe se mit en route sans moi. Je ne peux donc que vous rapporter le récit que m’a fait Bernier. D’après lui, ils eurent tôt fait de rencontrer un parti de Sarrasins, et les jeunes gens s’élancèrent. Ils avaient pour eux la vaillance, mais dans la mêlée Lambert se trouva isolé, et pour tout dire encerclé. Tandis que Bernier et d’autres chevaliers se frayaient un chemin vers lui à travers les rangs infidèles, il se défendait, seul. Bernier allait le rejoindre quand Lambert fut lâchement frappé alors qu’il était empêtré sous son cheval mort. Mon écuyer se précipita vers Lambert, pendant que les autres taillaient en pièce les Sarrasins. Avant de succomber, Lambert eut le temps de murmurer quelques mots à Bernier. Et ce fut tout. Mais retenez ceci : un ami lui tenait la main à son dernier souffle. »
Il y eut un long silence. Et puis Helmgaud leva les yeux vers les étoiles, et dit simplement : « Je me suis bien mal comporté avec votre écuyer, baron. Je lui dois des excuses, et des remerciements. »
Dans le noir, Joseph eut un sourire. |
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