Chapitre 25:
Lord Brandon.1.
(par
michele huwart, ajouté le 08/08/08 22:28)
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Je n’étais pas fâchée de le voir. Étonnée, plutôt. Le voyage entre Inverness et Oxford n’était pas donné. Et mes parents avaient très peu d’argent. Pourtant, il était là, prenant le thé avec Tante Marge dans la bibliothèque. Il se leva à mon entrée, tout comme ma logeuse qui nous salua avant de se retirer. De nous laisser « entre nous ». Il m’embrasa. Je ne pus m’empêcher d’éprouver une certaine pitié à son égard. Lui, autrefois toujours tiré à quatre épingles et on ne pouvait plus soucieux de son apparence était vêtu d’un costume élimé et d’une chemise au col démodé, le tout agrémenté d’une cravate mal nouée. Spontanément, je serrai et redressai le nœud. Il se laissa faire, ce qui ne lui ressemblait pas non plus. Lui me félicita pour mon élégance. Je ne m’étais offert avec le fruits de mon travail qu’un jean bien coupé et un pull Benetton en solde, agrémentés d’un pendentif en corail orné d’or filigrané, à la façon algéroise. Je l’interrogeai sur les raisons de sa venue. - Je suis à Londres pour affaires, me répondit-il, les yeux subitement brillants derrière les lunettes d’écaille. J’en profite pour venir vous embrasser, ton frère et toi. Londres étant à plus de 50 miles d’Oxford, je me doutai qu’il voulait plus que m’ « embrasser ». Plutôt discuter avec moi, m’exposer ses projets. Il avait parlé d’ « affaires », et s’il y avait une chose pour laquelle il n’avait aucun don, c’était bien pour les affaires, qui avaient habituellement pour synonyme « catastrophes ». Je ne l’écoutai donc que d’une oreille distraite évoquer une association potentielle avec un investisseur égyptien dans le but d’ouvrir une usine d’encres du côté de Louxor. De là, selon lui, ils inonderaient le monde arabe et, pourquoi pas, l’Europe elle-même de produits fabuleux à moindre prix. Il décrivait, argumentait. Et, je dois l’avouer, son projet avait l’air crédible. Mais je connaissais trop mon père pour y croire. J’en avais trop entendu, ces cinq dernières années. Trop vécu. Les huissiers débarquant au petit matin. Notre patrimoine dispersé aux quatre vents. Le déménagement, d’une demeure ancestrale à un cottage minable. Les vêtements rapiécés. Le téléphone coupé. Les jours de neige sans chauffage. La fin de mon enfance. La fin des illusions. De mes illusions. Pas de celles de mon père. Car le pire n’avait pas été la ruine. Le pire avait été de voir mon père, Lord Brandon, XXIIIème Marquis de Dale, Docteur en Chimie, diplômé d’Oxford, Ph.D du M.I.T., s’engoncer dans ses rêves, tandis que ma mère s’enfonçait dans la dépression, la bière bon marché et l’intégrisme catholique. - Cette fois-ci, je te le jures, c’est sérieux. Hocine est un homme honnête. Il a de l’argent et des relations. Il apporteras les fonds, et moi le savoir-faire. Et d’ici cinq ans… D’ici cinq ans, selon lui, nous serions riches à nouveau. Selon moi, il se serait fait avoir une nouvelle fois - la quantième ? je ne comptais plus - par un associé malhonnête. - Il croit en moi. Bien sûr. Comme les autres, il croyait en lui. Et profiterait de lui, de ses indéniables compétences scientifiques, de son entregent naturel, de sa naïveté enfantine. De sa crédulité; Et le renverrait au point de départ, une fois le citron pressé. Mais je n’en dis rien à mon père. Lâcheté de ma part ? Peut-être… sans doute. J’avais renoncé, abandonné. Rien ne servait de lui faire la morale. Ma mère s’y était employée pendant des années; En vain, avant qu’elle ne compte plus, pour le convaincre, que sur Dieu et ses Saints. - Je te souhaite bonne chance, lui dis-je. Et en le lui disant, j’étais sincère. Et lui, parut ennuyé, gêné. Pas par mes souhaits de réussite. Pour autre chose. Il était venu aussi pour autre chose. - C’est le petit McAllistair, qui t’a offert ce que tu portes autour du cou ? Je portai brutalement la main à ma dent de corail, comme pour la protéger, pour protéger celui qui me l’avait envoyée des rivages d’Afrique. - Tu comptes l’épouser ? Il m’avait prise de court. Corwin et moi n’en étions qu’au début de notre histoire, et séparés par 1.500 miles de terres et d’océan. S’il était engagée dans la vie active, dans une carrière de diplomate que l’on disait prometteuse, je n’étais encore qu’une étudiante, qu’une gamine de dix-neuf ans sans réels plans d’avenir. Sauf un : ne pas répéter les erreurs de mes parents. - Pourquoi pas ? Répondis-je malgré moi. S’il veut de moi. - Et toi ? Tu veux de lui ? Mon père semblait de plus en plus mal à l’aise. Quelque chose le dérangeait vraiment Dans ma relation avec Corwin. - Il n’est… Il se tordait les mains. - … il n’est pas de notre milieu. Il n’est pas un aristocrate. J’éclatai de rire. D’un rire agressif, mauvais. |
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