Chapitre 25:
La tempête.2.
(par
michele huwart, ajouté le 06/03/06 05:46)
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L’homme ne pouvait s’empêcher de ronchonner. Contre son Seigneur qui l’obligeait à quitter le cocon douillet de la cuisine pour affronter les intempéries hivernales, contre cette satanée gamine qui avait eu l’idée idiote de descendre au village par ce sale temps, contre le temps lui-même, et ce foutu pays d’Ardenne où il faisait toujours plus froid qu’ailleurs, contre le fait, aussi, de ne pas avoir de femme à se mettre sous la dent… Le sauvageon ne quittait pas le chevet du gamin revenu d’Orient… sa soeurette devait être seule, chez eux, avec peut-être ce gosse bizarre… pas très gênant, un gosse, même si le regard de celui-là arrivait à vous glacer les sangs… Mais le Baron avait dit « pas avant la Louve », et Gozlin n’avait pas envie de contrarier un Seigneur visiblement peu enclin à ce genre de compréhension. Valentine ne l’écoutait pas, ne l’entendait pas, même. Et ce n’était pas le vent mugissant qui en était la cause. Elle restait murée en elle-même, dans une tristesse muette, doublée d’un poignant sentiment d’injustice. Qu’avait fait Lambert de mal, pour mourir à la fleur de l’âge, alors qu’il était parti servir Dieu et son peuple ? Qu’avait fait de mal le jeune Bernier qui se mourait de fièvre au château ? Qu’avait-elle fait de mal, elle, pour se retrouver seule et sans espoir parmi tous ceux qui occupaient à présent sa demeure ? Pourquoi avait-elle l’impression que Dieu l’avait, les avait, abandonnés ? Elle restait comme enfermée dans une bulle, insensible au froid, au vent qui fouettait son visage malgré le capuchon relevé, à la neige qui faisait comme une croûte autour l’elle, l’isolant encore plus. Elle ne vit même pas Gayette, la drapière, se diriger vers la forêt… Elle ne redevint elle-même, la Dame de Sombreval, qu’une fois entrée dans la taverne. Par ce temps, et en cette heure encore matinale, les clients étaient rares. La plantureuse tavernière était assise en compagnie de la flamboyante épouse du forgeron, tandis qu’un petit garçon blond jouait à leurs pieds. Devant l’âtre, un jeune homme robuste actionnait une broche, arrosant de temps à autre la viande grésillante d’un jus aux herbes odorantes. - Installez-vous, commanda Valentine à son « garde du corps ». Vous n’avez rien à faire chez Monsieur le Curé, et vous serez mieux devant une chope de bière que dehors dans la tempête. - Monseigneur m’a… tenta de riposter Gozlin, sans beaucoup de conviction, il est vrai. - Messire Helmgaud vous a demandé de m’accompagner au village. Nous sommes au village. Dans le village où je suis née et dont je connais chaque maison. Asseyez-vous, prenez une bière sur mon compte, et laissez moi vaquer à mes affaires, voulez-vous. Elle n’avait pas parlé comme une fragile jeune fille en deuil, mais comme une noble Dame en son domaine. Gozlin ne put qu’obéir, et en fut plutôt content. Et à défaut d’une pucelle dans la fleur de la fraîcheur, la femme aux cheveux de feu n’était pas désagréable à regarder. Il passa commande à un adolescent qui avait l’ait d’avoir poussé trop vite, et se dit que la gamine devait savoir ce qu’elle faisait. La gamine en question vint s’asseoir auprès de Lamberte et de son amie Lilotte. La tavernière n’avait jamais été portée sur le protocole. Elle ne salua pas Valentine comme une suzeraine, mais la gratifia d’un chaleureux « Bonjour, mon chou » en l’embrassant sur les deux joues. Puis, voyant le visage livide et les yeux cernés de la jeune fille, constata « Ca ne va pas ». Comme tout le village, la Lamberte était au courant de l’arrivée de deux étrangers au château. Comme tout le village, elle savait qu’ils revenaient d’Orient, et que l’un d’entre eux était très malade. Et comme tout le village, elle se doutait que s’ils étaient là, c’était pour apporter des nouvelles, et que ces nouvelles ne pouvaient être bonnes. - J’aurai besoin d’un tonneau de bière, répondit Valentine d’une voix aussi neutre que possible. Brune et forte. J’ai du monde à la maison. Pierre pourrait-il la livrer, après le déjeuner ? Lambert est mort, Lamberte. Elle refoula ses larmes et se redressa. La tavernière ne dit rien. Elle posa une main maternelle sur l’épaule de Valentine. Lilotte prit une des petites mains glacées dans les siennes, muette, elle aussi. - Gauthinet ! finit par réagir Lamberte. Prépare un bol de vin chaud pour Valentine ! - Je dois aller voir Monsieur le Curé… voulut résister la jeune fille. Et Berthe… je… - Ils ne vont pas s’envoler, allez, la gourmanda gentiment Lilotte. Valentine prit sa tête dans ses mains, les coudes sur la table de bois. Et fut reconnaissante lorsque l’adolescent déposa devant elle un bol fumant et parfumé. |
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