Chapitre 26:
La Tempête.3.
(par
michele huwart, ajouté le 08/03/06 22:08)
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Elle était restée longtemps dans la petite église glacée, contemplant la modeste statue de la Vierge Marie. Marie qui avait perdu son enfant. Et, avant lui, son époux. Marie qui avait vécu là où était mort Lambert. Là où était encore Bertrand. « Protégez mon frère », avait-elle prié. « Protégez Bertrand. Qu’il vive, même s’il devait ne jamais revenir. Que mon frère vive. Et que Dieu accueille Lambert en son Paradis… » Elle avait esquissé un rapide signe de croix en entendant du bruit derrière elle… Monsieur le Curé, sans doute… puis, un peu honteuse de l’avoir oublié, avait ajouté très vite, à l’attention de la Mère des Cieux « … et aidez Bernier à guérir, je vous en supplie… ». Elle avait ouvert son cœur au prêtre, et avait longuement discuté avec lui, mais tout brave homme qu’il fût, le Père Erard n’était pas un théologien. Tout au plus avait-il pu lui apporter la consolation d’un vieux parent qui la connaissait depuis toujours, et l’assurer de ses prières. C’était déjà ça… c’était mieux que rien… Elle se dirigeait à présent vers la cabane de Berthe… la cabane de Guy. Tenant à la main un sac de grosse toile. Elle avait cuisiné des biscuits aux épices, deux jours plus tôt. Deux jours… une éternité. Un autre temps… Ses hôtes actuels n’étaient pas du genre à apprécier les biscuits. Plutôt la bière et le jambon fumé… Mais Louis apprécierait, lui. Et le petit Leo aussi, sans doute. Elle trouva l’adolescente assise au coin du feu, travaillant à sa vannerie, les petits garçons jouant à ses pieds. Elle leur fit signe de ne pas se lever, mais ne put empêcher Louis de se jeter dans ses bras, ni de ramasser un des chevaliers de bois sculpté avec lesquels il s’amusait. - Tiens, lui dit-il en la fixant de ses grands yeux graves. C’est un de ceux de Lambert. C’est pour toi. Lambert, lors de l’un de ses séjours à Sombreval, avait taillé quelques soldats, qu’il avait offerts au petit bâtard. Valentine tendit la main, se saisit du jouet. Un flot de souvenirs remontèrent à sa mémoire. De souvenirs heureux… de cris et de rires d’enfants… Elle se revit, petite fille, poursuivant les garçons, tentant d’être à leur hauteur, que ce soit pour grimper aux arbres, ou pour battre le blé… Un autre temps… - Je ne me souviens pas bien de lui, reprit l’enfant. Juste… il était gentil avec moi. - Tu … sais ? s’étonna Valentine Elle aurait été incapable de prononcer les mots une fois de plus. - Il m’en a parlé ce matin, confirma Berthe. Je suis désolée, ma Dame… Valentine ne dit rien. Elle serra fougueusement le petit bâtard contre elle, l’embrassa. Puis se souvint de la raison de sa présence. - Guy… expliqua-t-elle d’une voix brisée… Guy devra rester un peu au castel. Je … je suis navrée. Bernier… l’ami de Lambert, se raccroche à lui… Je… j’ai apporté çà… Elle posa le sac sur la table et l’ouvrit, montrant les biscuits à Berthe. Ainsi qu’un superbe saucisson. - Wurst ! s’écria Leo. J’aime bien le wurst ! - Tu en auras ce soir, lui répondit l’adolescente. Merci, ma Dame ! Je suppose que Becky restera chez vous, elle aussi ? Valentine acquiesça. - Je vais emmener le petit, qu’il puisse voir sa mère. Pierre le ramènera, après m’avoir livré la bière. - Je veux du wurst ! insista l’enfant. J’aime. Et Mutti n’aime pas le wurst ! - Ce soir, le raisonna fermement Berthe. Tiens, prends plutôt un des biscuits de Dame Valentine.
La jeune châtelaine et son petit compagnon ne rejoignirent la taverne de Lamberte que bien plus tard. Elles y trouvèrent un Gozlin déjà passablement éméché, tentant de tourner des compliments à Lilotte, sous le regard on ne pouvait plus dubitatif du jeune Pierre. La tavernière, devant l’air interrogateur de Valentine, lui fit un clin d’œil. - Elle est en train de le tourner en bourrique, cet imbécile ! lui dit-elle à voix très basse. Lilotte n’est pas du genre à rentrer dans le jeu de ce genre de bonshommes… Malgré son chagrin, la jeune fille ne put réprimer un sourire. |
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