Chapitre 27:
Un voyage dans la nuit
(par
Laurent Femenias, ajouté le 18/01/04 20:09)
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Dunman chevauchait dans les ténèbres aux côtés de l’homme depuis deux heures déjà. Il ne lui avait pas fallu plus de quelques instants pour se décider à suivre le vieil Ilmari jusqu’au domaine de son Peuple, aux confins de la Forêt, loin vers le nord-est. Au nom de leur ancienne amitié, de tous les dangers qu’ils avaient bravé côte à côte par le passé, il n’avait pu aujourd’hui lui refuser cette faveur, même s’il lui coûtait de devoir quitter Sam quelques temps. Après toutes les années passées, les liens qui l’attachaient aux gens de la Forêt étaient toujours aussi forts et il était hors de question qu’il les abandonne lorsque son aide était demandée. Ils avaient confiance en lui depuis si longtemps. Et le désespoir semblait si grand dans les yeux d’Ilmari.
L’homme de la Forêt s’était présenté aux alentours de minuit, l’air hagard et le souffle court, à la porte de la cabane. Grand et mince, portant la tenue vert sombre caractéristique des Messagers, il semblait avoir largement passé la soixantaine mais était encore vif et alerte. Il était arrivé presque aussitôt que Sam se fût retiré dans sa chambre et avait souhaité que sa présence soit le plus discrète possible. Au nom des serments du passé, Dunman avait choisi de laisser son jeune protégé et de partir immédiatement, sans le réveiller. Tout juste avait-il pris le temps de laisser quelques mots à son jeune ami qui dormait paisiblement à côté. Et il avait suivi Ilmari, avait quitté la maison en pleine nuit, n’emportant rien d’autre que son grand manteau bleu-gris, comme il l’avait déjà fait dans sa jeunesse, il y avait de cela si longtemps. L’homme avait prévu une monture pour Dunman, les deux chevaux du vieil ermite étant bien trop âgés et fatigués pour supporter un tel voyage. La nuit ne serait en effet pas trop longue pour chevaucher le long du chemin difficile et tortueux s’enfonçant à travers Galinda qu’ils avaient à emprunter.
Dunman pensait à Sam tout en galopant sur le magnifique cheval alezan que son ami lui avait donné. Il avait une entière confiance en le jeune homme et savait qu’il ne pouvait rien lui arriver de fâcheux tant qu’il respectait ses consignes. Il n’était pas inquiet pour Sam et espérait être rapidement de retour. Pour l’heure, c’était les nouvelles que lui aportait son ami qui l’inquiétaient. La visite nocturne d’Ilmari ne pouvait signifier qu’une chose : les forces d’Oscura avaient encore gagné du terrain et le Peuple de la Forêt arrivait au bout de ses forces. L’Ombre était sans doute sur le point de remporter une victoire décisive. Bientôt, elle recouvrirait l’ensemble de la Forêt.
Le voyage était éprouvant mais aucun des deux hommes ne se plaignait. Ils firent une courte halte près d’un point d’eau afin de permettre à leurs chevaux de se reposer un peu. Les deux amis parlaient peu et la tension était palpable dans l’air humide de Galinda. Le hululement des hiboux se faisait sinistre dans la nuit sombre. Les hêtres autrefois si beaux étaient à présent tordus et noirs. Les feuilles mortes jonchaient le sol et la Forêt semblait infiniment triste. Les deux cavaliers reprirent leur route tandis que des loups hurlaient plus loin vers l’ouest. Le regard de Dunman s’emplit soudain d’une profonde mélancolie mais son compagnon ne le vit pas, trop absorbé qu’il était par de sombres pensées. Le vent froid qui soufflait et les épais buissons épineux qui parsemaient le chemin de temps à autres ne rendaient le voyage que plus pénible, même avec la grande expérience de la Forêt qui était celle des deux hommes. Le plus souvent, Dunman ne voyait que la longue cape grise d’Ilmari flottant au vent quelques pas devant lui.
Ils traversèrent ainsi les bois, malgré le froid et la fatigue. Au point du jour, la Forêt se fit imperceptiblement moins opressante, plus paisible. Ils continuèrent d’avancer encore quelques temps et rencontrèrent bientôt trois cavaliers vêtus de brun se portant à leur rencontre.
- Dunman, Ilmari, dit le cavalier de tête aux deux hommes fatigués, nous vous attendions et sommes heureux de vous voir arriver si tôt à l’entrée de nos terres. Veuillez nous suivre mes amis.
Les cinq cavaliers se remirent en route au petit trot et bifurquèrent rapidement sur la droite, quittant le chemin principal pour s’enfoncer dans la Forêt. Une lumière douce et diffuse commençait timidement à percer le feuillage d’or des hêtres centenaires et des tilleuls en ce petit matin d’automne. Une légère odeur de mousse emplissait l’air qui se réchauffait peu à peu. L’atmosphère était presque irréelle en cette partie de la Forêt, incroyablement paisible et reposante. On aurait dit que le temps s’était arrêté à tout jamais. Le contraste était si grand par rapport à la nuit qui venait de s’écouler, froide et maussade, qu’il semblait à Dunman avoir franchi la frontière d’un royaume magique, miraculeusement préservé du mal qui ravageait le reste de Galinda. Il connaissait cette sensation agréable pour l’avoir déjà éprouvée, et des souvenirs anciens lui revenaient en mémoire, des souvenirs de sa jeunesse. Après quelques minutes au cours desquelles les deux voyageurs éreintés eurent l’impression de sentir le poids de leur fatigue diminuer considérablement, ils parvinrent à une vaste clairière au fond de laquelle était bâties une dizaine de cabanes en bois. Un très vieil homme se tenait debout devant l’une de ces petites maisons, le visage tendu mais emprunt cependant d’une grande bonté. Le petit groupe s’arrêta à quelques pas de l’homme et les cavaliers mirent pied à terre, le saluant respectueusement.
Ils étaient enfin arrivés. Le vieil homme prit la parole. |
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