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Lidec et Erellig

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 27: Le Dit de la Mère Eternelle
(par Stéphanie, ajouté le 31/12/03 10:35)


Areg et Gerc avaient trouvé un endroit abrité du vent par un amoncellement de pierre. L'herbe était encore verte, malgré l'été passé et l'hiver arrivant, et une source glougloutait tout près... Ce n'était pas par hasard qu'on nommait cet endroit "les milles sources". Le feu que Gerc avait laborieusement fini par allumer – le temps était humide, et le bois aussi par la même occasion – suffisait tout juste à réchauffer Erellig. Mais elle avait pu prendre le remède chaud, et Lidec avait fait fondre un pain de miel pour faire passer l'amertume.

Tadocan s'était placé un peu plus en haut de la colline, pour veiller aux alentours : son inquiétude au sujet du Furtif n'était pas apaisée. Il n'avait pas bien compris ce que signifiait cet Entraînement. Chez lui, cela ne se pratiquait pas ; ils n'avaient pas de Pierre-Mémoire non plus, même s'il en connaissait l'existence – de part son éducation de Tiern et de ses voyages qu'il avait effectué dans sa jeunesse, avant que les combats frontaliers avec les Cendrés ne finissent par ne plus lui permettre une trop longue absence. Mais le souci qu'affichaient les autres était suffisant pour augmenter le sien. Il aimait bien la petite : elle avait l'âge de sa bru, même si elle ne lui ressemblait pas. Elle était de celles qui sont tôt forgées par les épreuves, et qui en deviennent parfois trop endurcies, trop refroidies par un destin bien lourd ; et ce qu'il avait compris de l'attribution des Pierres renforçait son opinion : on ne connaissait pas de Mémoire qui n'ai pas vécu de ces moments tragiques que l'on ne souhaite à personne. Baran et lui avaient discutés il y avait quelques jours : il avait perdu très tôt sa femme, et s'était dès lors investi sans relâche dans son métier d'espion, à veiller sur les frontières. Il avait vu, sans pouvoir rien faire, des villages incendiés, des femmes mises à mort devant leurs enfants, puis données en pâture à des chiens." L'espion regarde mais n'agit pas "... Ce à quoi Baran avait ajouté : " L'espion n'agit pas mais se souvient ". Même en tant que Mémoire il trouvait difficile de réveiller ces cauchemars, d'autant plus horribles qu'ils ne sont que pâle reflet de la réalité. Tadocan n'aurait pas aimé être espion.

La soirée avançait et la nuit allait être froide : aucun nuage ne venait cacher les étoiles, qui paraissaient moins éloignées et plus brillantes. Le filet de fumée ne les rendait que plus vivantes. Areg sortit sa lyre sylvestre. Avec le feu, ils étaient déjà repérés si le Furtif était encore là ; en chantant, il ne pouvait que montrer qu'ils ne dormaient pas. Il accorda son instrument et s'y délia les doigts. Il chantera le Dit de la Mère Éternelle. Les paroles du chant sacré, entonné jadis par les Guérisseurs pour soigner leurs malades de tous les maux, s'étaient perdues ; mais le Dit en avait gardé les actes. Peut-être que quelque pouvoir est resté dans les mots, capable de soulager les souffrances d'Erellig... Si pâle, si fragile à voir ainsi, recroquevillée par le vertige et par la fièvre, secouée parfois de tremblements qui la faisait gémir...

Sa voix s'éleva bientôt au milieu du silence des autres, et il commença par fredonner. Le Dit commence toujours ainsi. Les Sonneurs affirment que le fredonnement apaise à la fois le chanteur et ceux qui l'écoute, les rendant plus sensibles aux paroles du dit. Il pinça encore trois cordes, puis cessa. Quand il parla de nouveau, sa voix sonna comme un écho lointain d'un Sonneur des Temps Anciens... calme, sage et profonde, plus grave que la sienne propre.

Il n'y avait d'abord que le silence, et la Mère Éternelle y flottait. Elle dormait, la Jeune Mère, sommeil profond dans le silence, et rêvait, tissait des songes, marchait immobile dans ses fantaisies.

Ses rêves étaient si beaux, à la Mère Immense, qu'elle s'éveilla en souriant, et se mit à chanter. Et à la première note, apparut une étoile, et le temps apparut, et l'espace apparut... Car il n'y avait, ni espace, ni temps, ni étoile dans le silence, seule la Mère. Chanta une autre note, une autre étoile, chanta encore et encore une autre.

Et les étoiles étaient si belles que la mère applaudit. Elle frappa dans ses mains, et une terre apparut, frappa encore, une autre terre...

Et cette vision était si belle que la Mère Jeune éclata de rire, et son rire éclaboussa les étoiles et les terres, et les étoiles et les terres se mirent à tourner, et le mouvement éternel apparut.

Lors la Mère du Monde, la Toujours-Jeune, dansa en même temps que sa création, touchant de la pointe de ses pieds les terres et les étoiles, passant des unes aux autres en tournoyant, riant encore et chantant toujours. Et elle dit ces mots :

- Je veux que ses terres soient remplies d'êtres qui chantent, qui rient et qui dansent, et que chacun d'eux puissent se réjouir du monde !

Et elle choisit les terres les mieux situées, et souffla sur chacune d'elle un de ses cheveux. De ses cheveux naquirent d'autres êtres, semblables à elle et pourtant différent, car de moindre stature et de moindre pouvoir. A chacun de ces êtres elle confia la terre qui l'avait vu naître, et le soin de créer d'autres créatures qui puissent croître et grandir dans ce monde. Et elle ajouta à chacun d'eux :

Je t'accorde le don de création. Puisse-tu faire de ta terre un monde à la mesure des talents que je t'accorde ! Mais prend garde de ne pas le gaspiller : tu pourras te créer des auxiliaires, mais eux auront moins de pouvoir que toi, et ne pourront en donner à ce qu'ils créeront plus que tu ne leur en aura offert... Ainsi ira le don de création s'amenuisant, pour ne pas que ta terre ne soit envahie.

Et elle leur laissait la garde de leur monde, pendant qu'elle irait plus loin encore, créer d'autres terres et d'autres étoiles...

Et c'est pour ça que le Monde grandit toujours, et pourtant n'est jamais loin de la Mère Éternelle : car les éclaboussures de son rire résonnent toujours entre ses terres.


Ce n'était pas Areg qui dit ses derniers mots, ni aucun des membres du groupe.

C'était une silhouette étrange, à peine visible à la lumière du feu qui faiblissait...

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.