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Le Barde du Beleriand : L'erudit d'Oxford

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 27: Lord Brandon 3
(par michele huwart, ajouté le 17/08/08 21:15)


Le dimanche suivant, j’assistai à la Sainte Messe. Je n’y trouvai ni réponse, ni réconfort. Je m’abstins de communier, ce qui aurait ajouté l’hypocrisie à mon malaise. Je m’apprêtais à rentrer chez moi, ou plutôt chez Tante Marge en compagnie de Stephen, lorsqu’un gamin m’aborda, sautant de son mountain-bike. Robb.
- Sa Seigneurie m’a dit que tu serais sans doute ici. Et de te remettre ça.
Il sortit une enveloppe bleu pâle de son sac banane et me la tendit. Je m’en saisis, me demandant pourquoi « ici » et non pas chez Tante Marge. Enfin, Sir William était un original. Et un original de retour en Angleterre.
- Il repart la semaine prochaine. Toujours à Alger. Enfin, en Algérie. Il a pas mal bourlingué là-bas. Paraît que ça barde, d’après ce que j’ai pu entendre.
Je n’avais pas besoin de lui pour me l’apprendre. Manifestations, attentats et représailles étaient le lot quotidien d’un pays s’enfonçant dans une guerre civile qui ne voulait pas dire son nom. Je n’y aurais attaché aucune importance si là-bas n’avait pas vécu un garçon auquel je tenais plus qu’à tout.
- Dis-lui que je serai là après déjeuner. Aux environs de quatorze heures.
- Bien, ma Dame, répondit-il avec une courbette qui se voulait gracieuse et qui n’était qu’amusante.
Tante Marge grogna lorsque je lui annonçai que je passerai l’après-midi à travailler - un dimanche ! A la limite du sacrilège - et que je ne rentrerais probablement pas dîner - je commençais à bien connaître mon employeur. Habillée pour la Messe, je n’eus pas à me changer. Juste à me maquiller, et à me recoiffer. Je tentai vainement de lire sur le trajet du bus. Mes nerfs à vif refusaient l’amour absolu de la princesse aux cheveux de nuit pour le guerrier en exil. L’odeur de l’herbe printanière, l’éclat ensoleillé des narcisses à peine écloses ne calmèrent pas mon trouble. Pas plus que le piano de Chopin.
- Il vous attend dans le salon, me dit la gouvernante en prenant mon manteau. Il n’a cessé d’écrire depuis hier soir. Je crois que le travail vous attend.
Le travail m’attendait, avec mon employeur. Assis sur le sofa vert sombre, un verre de cognac à la main, il me salua d’un sourire las, me tendit une chemise emplie de feuilles manuscrites. Il semblait plus intéressé par la musique que par ma présence. Alors que j’avais tant besoin de lui.
- Rejoignez-moi pour le Thé.
Je crus que ce seraient ses seules paroles. J’allais franchir la porte, lorsqu’il me rappela.
- Catherine ?
- Oui, Sir William ?
- Vous lui manquez.
Un peu de baume nostalgique sur mon cœur endolori. Je lui manquais, il me manquait. Assise devant le clavier, je le rejoignais à travers les mots de Sir William dans ce pays de soleil écrasé par la haine. J’entendais le bruit des vagues et les cris des manifestants. Je respirais l’odeur de la poudre et des mimosas. Le sirocco caressait ma peau, mon regard explorait le maquis, le muezzin chantait à mes oreilles l’appel à la prière et à la guerre sainte. Mes doigts couraient sur les touches. Sans me rendre compte du temps écoulé, je mis le point final au troisième article de l’après-midi. Et Robb se tenait derrière moi.
- Hum… fit-il sans aucune discrétion.
Je sursautai. Pas facile de quitter l’Algérie sous chape de plomb décrite par la plume d’un prince noldo.
- Tu aurais pu frapper, fis-je sans aménité.
- J’ai frappé, rétorqua-t-il en haussant les épaules. Sa Seigneurie t’attend. Et le thé de ma tante aussi.
Je voulus rassembler les feuillets fraîchement imprimer avant de descendre. L’adolescent m’en empêcha.
- Laisse. C’est à moi de les déposer dans son bureau. A toi d’écouter ses histoires en t’empiffrant de petits gâteaux. Dépêche-toi.
Ce que je fis, avec le plus de dignité possible.
Toujours assis dans le salon aux tentures vertes, son verre à la main, Sir William paraissait n’avoir pas bougé d’un pouce.
- Vous savez où se trouve le téléphone.
Je n’eus pas besoin qu’il m’en dise plus. Je connaissais par cœur le numéro de l’Ambassade, que j’appelais trop peu souvent à mon gré, et visiblement au gré de Corwin également. Je restai longtemps, accrochée à l’appareil, me saoûlant de sa voix, de nouvelles sans importance. Je ne lui parlai pas des remarques désobligeantes de mon père. Je tentai de plaisanter.
- Il paraît que les Algéroises sont très belles.
- Elles le seront plus encore l’été venu.
Je fis semblant d’être jalouse. J’entendis son rire, à l’autre bout du fil, à l’autre bout du monde.
- Attends-moi.
Je l’attendrai. Autant qu’il le faudrait, je l’attendrai.
Le thé fumant de Pétunia, et ses scones aux raisins, m’attendaient, eux, sur la table basse. Sir William tenait toujours son verre. L’alcool ne semblait pas y avoir baissé. Il avait, par contre, baissé dans la carafe posée sur un guéridon, à portée de main.
- Ne vous y trompez pas, Catherine. Il m’arrive souvent de boire un peu trop en rentrant de voyage. Un peu trop pour un Noldo, c’est-à-dire beaucoup. Mais il vaut mieux pour vous ne boire que du thé. Pour l’instant.
Il valait mieux. Il avait raison. Je n’avais pas envie d’un verre, mais de toute la bouteille. Je me contenterais d’Earl Grey, de scones aux raisins, et du récit de Sir William.









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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.