J'en avais assez du lapin. Il faisait beau, ce matin-là. Je pris mon arc, mes flèches et mon épée, et partis pour la chasse, laissant mon Seigneur perdu dans un de ses rêves elfiques. Il allait assez bien, maintenant, pour que je puisse le laisser seul. Mais je tenais néanmoins à ce qu'il continue à se reposer. Je crois, rétrospectivement, que s'il l'acceptait sans rechigner, c'était avant tout pour me faire plaisir. Que, s'il n'avait tenu qu'à lui, il aurait déjà repris le chemin de Menegroth. Menegroth où l'appelait son devoir. Devoir, engagement, serments, tous ces mots trottaient dans ma tête depuis notre conversation de la veille. Je n'avais jamais envisagé la vie avec de telles idées dans la tête. Pour moi, tout çà n'était que des mots servant à asservir les êtres, Elfes, Hommes, ou autres, quels qu'ils fussent. Et pourtant, quad il me parlait de devoir, mon Seigneur restait à mes yeux quelqu'un de libre. De plus libre que je l'avais jamais été. Avais-je d'ailleurs jamais été libre ? Ou sauvage ? Déraciné ? Seul ? Seul... Je n'étais plus seul. Je ne serais plus jamais seul. Quoi qu'il puisse m'arriver jamais. Alors que je l'avais toujours été. Même au milieu de mes compagnons. Seul. Alors que je me croyais libre.
J'étais perdu dans mes réflexions lorsque je l'entendis. Trop tard. Elle me faisait face. Trop proche. Une flèche ne l'arrêterait pas. Je dégainai. Sans trop d'espoir. Le sanglier ne se chasse pas à l'épée. Elle chargea. Je l'évitai d'un bond. Roulai sur le côté. Tout en plantant mon épée dans le cou de la laie. Elle me l'arracha des mains. Se retourna pour un nouvel assaut malgré le sang bouillonnant hors de la blessure. L'épée toujours plantée dans le corps. Je sisis une branche. Fis face. Lorsque la bête fut à ma portée, j'asséné un coup de bâton sur la garde de l'épée. Le sang gicla. La laie fut sur moi. Elle voulut me donner un coup de tête. S'effondra. Morte. Exangue. Je me laissai tomber sur le sol. Essoufflé. En sueur. Tremblant. J'avais vu la mort en face. Mais j'avais réussi. Gagné. Je vivais. Et j'avais une belle réserve de viande.
- Tu es fou, Morgil ! se fâcha mon Seigneur. Chasser le sanglier à l'épée, seul. C'est un coup à te faire tuer. Je haussai les épaules. Je n'avais pas eu le choix. Je n'avais pas attaqué la bête. Je m'étais défendu. Je le lui dis. Je ne sais toujours pas s'il me crut. |
|
Voir le
chapitre 27 sur 67
|
|
|