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Lidec et Erellig

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 28: Le Chant de la Worlën
(par Stéphanie, ajouté le 18/01/04 12:20)


Tadocan l'avait vu venir... Enfin, Drü, surtout, avait attiré son attention sur l'ombre grise qui s'avançait vers le campement. "Furtif". C'est le mot. Tadocan avait franchement du mal à fixer son regard sur la silhouette. Il porta néanmoins sa main à son épée.

- Non.
- Pourquoi non ? Cette chose nous poursuit depuis ce matin sans qu'on sache pourquoi, j'ai le droit de me méfier quand même.
- Non. Pas mauvais. Bon pour la Danseuse. Aide.
- Il va aider Erellig ?
- Aide à la Danseuse.

C'est tout ce que Drü pu lui dire, et Tadocan lui fit confiance. Comme d'habitude, d'ailleurs. Il observa, fasciné, les mouvements du Furtif, et s'aperçut qu'il les voyait mieux du coin de l'oeil. Mais il lui était encore impossible de définir ce qu'était cet être. Homme ? Animal ? Il avançait vite, en mouvements coulés. Tout à son observation, Tadocan en oubliait la magie du Dit de la Mère Eternelle, et le Furtif s'approchait. Tout d'un coup, il put enfin le voir sans forcer son regard, au moment où il se dressait et dit :

- Et c'est pour ça que le Monde grandit toujours, et pourtant n'est jamais loin de la Mère Éternelle : car les éclaboussures de son rire résonnent toujours entre ses terres.

Les autres s'étaient retournés d'un coup, et Lidec en quelques secondes avait bondit sur son arc et encoché une flèche.
- Non ! cria Tadocan. Il vient aider Erellig !
- Pardon ?
- Je n'ai pas d'intention mauvaise.

La voix du Furtif était profonde et chaude, indéniablement féminine. Impossible de définir son âge, par contre. A la fois pleine d'expérience et pourtant pleine de force, c'est tout ce qu'ils auraient pu dire. Elle portait une peau ressemblant à celle d'un loup, mais bien plus grande et d'un gris pur, bleuté, et qui l'emmitouflait toute ; son visage, très fin, était tatoué sur la joue droite, en arabesques bleu clair se mêlant sans se croiser.

- Une Worlën, souffla Areg.
Le Furtif se retourna et sourit :
- C'est exact ; une Worlën.
- Ça nous avance beaucoup, railla Gerc, pas plus mis en confiance. Et pour être plus précis ?
- Les explications attendront. Je dois m'occuper de l'Adepte d'abord.
- Comment savez-vous ? s'exclama Lidec, qui entre temps avait lâché son arc...
La femme se contenta de le regarder... Lidec frémit. Il y avait dans ses yeux une lueur que seuls quelques êtres, à sa connaissance, possèdent. Les Mémoires, ou...

La compréhension soudaine qu'il avait eu le laissait pantois. Il savait qu'il avait vu juste. Une Ethérée. Une Ethérée tangible, hors d'une Clairière, sans vêture de lumière, mais une Ethérée quand même.

Elle hocha la tête, et s'avança vers Erellig, qui n'avait pas quitté son sommeil fiévreux. Mais Gerc se dressait sur son chemin, la lame ouvertement dégagée, et sur la défensive :
- Donc, si je récapitule, vous êtes à la fois un Furtif, une... Worlën, et une Ethérée... N'allez-vous pas ajouter Innommable à la liste ?
- Gerc ! Laisse-la s'occuper d'Erellig, on discutera après.
- Et si c'est une feinte pour s'approcher d'elle et la tuer ? Erellig est la seule à pouvoir maîtriser...
Il jeta un bref coup d'oeil à Lidec. Tadocan secoua la tête :
- Drü ne se trompe jamais. S'il lui fait confiance, c'est qu'elle en est digne. D'ailleurs, regardez !
Drü s'était approché de la Worlën et s'était perché sur son épaule.
- Il n'y a qu'avec moi qu'il ai fait ça. Même mon épouse ne peut qu'à peine le caresser.

Gerc maugréa, et regarda Erellig qui tremblait sous ses couvertures. La Worlën, sans quitter sa fourrure, s'avança sans prendre garde à l'épée de Gerc, s'agenouilla près d'elle et appliqua ses mains – tatouées elles aussi du même motif que sa joue – sur le front de la jeune femme. Elle esquissa un geste qu'Areg reconnu comme celui des Guérisseurs. Les autres la regardait faire, silencieux.

Bientôt la Worlën se mit à chanter – dans une langue étrange, un peu rauque, mais belle et claire, et d'une voix poignante. Et les autres entrèrent sans s'en défendre dans un état de veille qui s'approchait de la transe. Le feu repartait, les étoiles se faisaient plus proches encore, avant de disparaître, comme disparaissait le monde autour... Bientôt plus rien ne fut visible : ils étaient dans le Vide Premier, quand la Mère Eternelle dormait encore, quand rien n'était qu'Elle, et qu'elle rêvait aux mondes. La Worlën chantait le Chant Premier, celui de la Naissance du Monde et de la Première Danse entre les Etoiles ; et s'ils ne comprenaient pas les paroles, ils étaient transportés dans le sens, et voyaient d'eux-mêmes les premières Terres, ils les voyaient comme par les yeux de la Déesse même.

Mais ils n'allèrent pas plus loin. Bientôt le feu et les étoiles et la vallée des milles sources réapparurent devant eux : la Worlën ne chantait plus que pour Erellig, les laissant revenir au monde qu'ils connaissaient. La magie du Chant Premier n'agissait plus sur eux, mais ils se sentaient reposés, rafraîchis par la source chantante des Enchantements.

Erellig cessa petit à petit de trembler, et quitta son délire de fièvre pour plonger dans le sommeil de fatigue. La Worlën refit le signe des Guérisseurs devant son front, avant de reposer ses mains sur ses cuisses. Elle leva alors la tête vers les autres. Drü redescendit de son épaule et retourna vers Tadocan.

- Je vous dois quelques explications, je
crois...

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.