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Lidec et Erellig

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 29: Explications
(par Stéphanie, ajouté le 24/01/04 11:08)


Elle tisonna le feu avec une branche de sorbier, semblant mettre de l'ordre dans ses pensées... Par quoi commencer ? Les Hommes ont tant oublié depuis les Temps de la Séparation ! Seul ce Sonneur – elle l'avait reconnu à sa plume d'oiseau des nuits, celle que, depuis les temps d'Orian, portait les Sonneurs, et seulement eux – seul le Sonneur se souvenait du nom de son peuple, et ce souvenir était celui des légendes anciennes qui s'estompent. Comment leur dire l'histoire des Clans, de leurs guerres et de leur déclin ? Leur retracer la naissance de son peuple, leur rôle dans la protection des Petits, comme ils appellent encore les Hommes, leur effacement progressif devant eux, et... Non, elle ne pouvait leur parler de tout cela. Encore moins du Guide. Encore moins de lui.

- Qu'êtes-vous vraiment ?
La voix de celui qu'ils avaient nommé Gerc n'était pas sans méfiance. Mais autant commencer par répondre à sa question.

- Une Worlën, comme l'a dit votre ami Sonneur. Une Ethérée aussi, et les Grylën se souviennent de nous comme des Furtifs, en effet. En aucun cas une Innommable comme vous le craignez.

Elle fit un geste de la main, coupant l'objection qu'allait faire cet homme difficile à convaincre. Il est vrai qu'il avait de quoi : combien de Grands Cycles s'étaient écoulés depuis le retrait des Worlën dans la Forêt des Brumes ? Combien de temps depuis que les deux peuples ne marchent plus côte à côte ? Mais la méfiance des Hommes la blessait pourtant. Mesuraient-ils seulement l'ampleur des sacrifices que son peuple avait accepté, afin de les protéger, encore, et de les laisser grandir à leur souhait ? Non. Non, ils avaient oublié. Et le Guide le savait, et le Guide les avaient averti. "Les Hommes sont des enfants qui cherchent ce qu'ils ont sous les yeux. Mais ils ne le savent pas, et tout à leur quête, ils oublient toutes les erreurs qu'ils ont commises, tout ce que leur histoire traverse". Les temps de l'amitié entre l'Homme et les Clans était fini. Celui de la peur, de la méfiance, puis de l'oubli avait pris sa place.

Autant se préoccuper de leur problème direct, celui qui l'avait amenée à se montrer à eux :
- J'ai tenté de contacter Erellig tout à l'heure. Ce n'était pas l'endroit propice, certes. Mais nous l'avons formée dans le but d'en faire une Adepte exceptionnelle, capable de supporter ceci. Malheureusement, j'ai un peu présumé de ses forces. Elle n'a plus rien a craindre désormais : au réveil elle sera tout à fait remise. Mais je voulais l'avertir. Il n'y a pas que moi qui vous suivais. Une petite troupe de Cendrés, comme vous les nommez, est à cinq nuitées de vous. Ils sont douze, mais avec un Innommable. Il vous faut traverser au plus vite le Dévers : deux Brise-Ténèbres y seront dans trois jours, ils vous guideront jusqu'au Bois de Cerf. Ils savent traiter ce genre d'individus, et vous serez en sécurité là-bas.

Tadocan se frotta le visage avec sa main. C'était beaucoup de choses à avaler depuis tout à l'heure.
- Je vais peut-être vous paraître obtus, mais je suis un peu perturbé. Pas plus Furtif qu'Ethéré ou Worlën n'éveille un souvenir dans mon esprit. Je ne suis qu'un soldat, bon soldat peut-être pour avoir survécu à tant de batailles, mais un soldat traite une question à la fois. Je vous fait confiance, donc la question de votre origine sera traitée plus tard. Mais j'aimerai avoir plus de renseignements sur ces Cendrés. Vous avez dit douze, dont un Innommable. Sont-ils à cheval ?
- Oui. Aussi frais que les vôtres. Mais ils connaissent des drogues qui les font aller plus vite, même si elles finissent par les tuer.
- Savent-ils où nous sommes ?
- Oui. Mais ils restent discrets. Vous êtes trop loin d'eux et ils veulent vous attaquer par surprise. Ils ne savent rien de mon existence. Mais ils ont failli la découvrir : si je n'avais pas fait... chuter Erellig, elle les aurait menés à moi, sans le vouloir.
Donc nous avons un faible avantage sur eux : ils croient que nous les ignorons. Ils ont cinq nuitées de retard sur nous, dans trois des Brise-Ténèbres nous attendront au Dévers. Combien nous faut-il de temps pour l'atteindre, Gerc ?
- Environ quatre nuitées, si nous conservons notre allure. Trois en forçant les chevaux.
- Nous les forcerons. Ne nous empêchons pas de faire du feu : si nous effacions toutes traces, ils se douteraient de quelque chose. Mais armes prêtes à servir, et sur nos gardes. Maintenant, deuxième problème : vous.

Tadocan fixa la Worlën dans les yeux. Elle lui rendit son regard, insondable, imperturbable. Et ne dit rien, attendant qu'il parle à nouveau.
- Vous êtes à pied. Nos chevaux ne peuvent porter de charge supplémentaire, et nous ne pouvons ralentir. Qu'allez-vous faire ?
- Ne vous inquiétez pas pour moi. Je ne suis venu à votre rencontre que pour soigner Erellig. J'irai de mon côté.
- Vous nous suivrez toujours ?
- Je veillerai. Vous aurez peut-être besoin de moi plus tard, encore que je ne l'espère pas, car alors la situation serait plus grave que ce que j'escompte. Mais je veillerai, à tout hasard.

Un court silence s'ensuivit. Un cheval broncha, le feu crépitait. Chacun sentait ses yeux picoter, et la fatigue enrobait leur muscle. Les Mémoires étaient restées silencieuses.

- Je veillerai cette nuit. Dormez, le plus possible. Les jours qui suivent risquent de ne plus vous offrir ce loisir.

Elle se retourna vers Areg :
- Puis-je vous emprunter votre lyre ?
- Oh ! Heu... oui, bien sûr.

Il retourna à ses bagages et la sortit délicatement de sa housse. Cette lyre était son ekhelé. L'instrument que son Maître lui avait offert à la fin de son Apprentissage, en fonction des prédilections de son élève, de son caractère, de sa personnalité, qu'il avait fabriqué des cordes aux clés par ses mains, dans toutes les règles de l'art, en y insufflant tout son savoir et son pouvoir de Sonneur et de Maître. Et qu'Areg avait alimenté de son âme pendant ses années d'Errance – comme on appelle le temps qui suit la fin de l'Apprentissage et va jusqu'à ce que le Sonneur prenne un apprenti. Qu'un Sonneur prête son ekhelé était une grande marque de confiance. Très grande marque de confiance, et la Worlën ne semblait pas l'ignorer. Un Sonneur se ferait tuer pour sauver son ekhelé, et ne concevrait pas de vivre sans. Areg le mit entre les mains de la Worlën, et celle-ci perçu son mouvement d'hésitation. Mais ses gestes le rassurèrent : elle le maniait avec grande précaution, comme l'objet sacré qu'il était, avec respect et admiration. Elle lui sourit. Et il y avait une telle expression de tact dans ce sourire que toute trace d'inquiétude disparu du visage d'Areg.

Elle effleura délicatement les cordes de la lyre pendant que les autres se préparaient pour dormir. Gerc, qui avait pourtant fermement décider de ne sommeiller que d'un oeil, fini par sombrer dans un sommeil sans rêves, transporté entre les vagues caressantes de la mélodie de la Worlën.

Voir le chapitre 29 sur 60



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.