Chapitre 3:
Arrivée à la Cité Blanche
(par
Kévin, ajouté le 29/11/04 12:27)
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Valanya, 17 Lótessë T.A. 3005 ou vendredi 19 mai de l’an 3005 du Troisième Âge
Le chemin boueux se révélait beaucoup plus difficile que je l’avais prévu. La pluie constante et la brume matinale n’arrangeaient pas les choses. La nuit que j’avais passée avait été cauchemardesque, essayant de me reposer parmi les moustiques et l’eau omniprésente. Les nuages épais ne permettaient pas au soleil de baigner la forêt étouffante, dans laquelle je me trouvais, de ses rayons. Le seul élément qui réussissait à passer entre les feuilles innombrables de la Forêt Grise était l’eau. J’avais l’impression de recevoir à chaque instant des trombes d’eau sur la tête. Mes vêtements inondés étaient trois fois plus lourds qu’à l’accoutumée et je commençai à ne plus sentir mes pieds. Je résolus de m’asseoir sur un arbre proche et déraciné, repris mon souffle, m’essuyai la figure et les cheveux. Je saisis mon bagage et en sortis un peu de cram. Le cram est un pain de route elfique, moins revitalisant que le lembas mais plus savoureux. Cependant, la pluie incessante lui avait retiré tout son goût. Le pain n’était plus sec et croustillant, mais humide et mou. Il me redonna néanmoins assez de force et de courage pour me relever et continuer mon chemin. La matinée avança très lentement et la pluie diminuait à vue d’œil. Les nuages se dissipèrent peu à peu, et permirent à quelques rayons de soleil de passer au travers des mailles du manteau vert de la forêt. Le chemin se révéla alors peu à peu à moi. Je m’étais déjà aventuré dans cette forêt. Mais par un temps pareil, je ne la reconnaissais plus du tout. Toutefois, après une demi-heure de marche, j’aperçus vers le sud une faible lueur, l’orée du bois. Je pressai le pas, et quelques minutes plus tard, je fus sorti de ce lieu infernal. Alors, devant moi, s’offrit un superbe spectacle que je n’avais pu voir qu’une seule fois dans ma vie. Plein sud, et en contrebas, elle s’élevait telle une montagne dans la brume humide, paraissant être elle-même le pied de la montagne proche, le Mont Mindolluin. Elle était blanche et dominait une vaste étendue plane et herbeuse délimitée au loin par un mur et un fleuve. Le soleil lui donnait une légère teinte argentée qui m’aveugla pendant un court instant. En son enceinte s’élevait une falaise qui la coupait quasiment en deux parties. Plusieurs niveaux la formaient, des cercles de plus en plus petits au fur et à mesure que l’on allait vers le sommet. En haut, étaient érigés la Citadelle, la blanche et resplendissante Tour d’Echtelion, ainsi que l’Arbre Blanc, symbole du Gondor. Minas Tirith, capitale du Gondor, dominait les Champs du Pelennor d’une extrême élégance. Il n’existe à mon avis sur la Terre du Milieu aucun édifice qui égale ou dépasse cette cité en beauté. Pendant quelques instants, je restais debout à contempler cette merveille. Puis, ma tâche me ramena à la réalité. Je choisis alors une grosse pierre afin de me reposer un court moment, pris du cram et un peu d’eau de ma gourde. En levant la tête, je m’aperçus que le ciel était devenu d’un bleu limpide et me résolus alors à prendre des vêtements secs. Je repartis alors, et descendis la colline douce, profitant au maximum de chaque rayon de soleil. Au loin, je vis un groupe de cavaliers pénétrer dans l'enceinte de la forteresse, et qui devait sûrement venir de Harlond, port au sud des Champs du Pelennor. Son allure rapide signifiait clairement qu'il apportait à l'Intendant d'importantes nouvelles. Il franchit les portes de Minas Tirith au galop et disparut de ma vue. Je continuai ma descente, mais cette fois-ci, d'un pas un peu plus franc. Le mur se rapprochait de plus en plus, et se révéla en fait être un rempart de défense, que les Gondoriens appelaient le Rammas Echor. Cependant il avait subi les dégâts que subissent tous les remparts lors de maintes guerres : il était ruiné de part et d'autre de toute sa longueur, et paraissait abandonné. Néanmoins, quelques chantiers pouvaient être aperçus au loin, au niveau de la porte gardée permettant de se rendre à Osgiliath. J'eus quelques difficultés à traverser les décombres et les pierres éparpillées un peu partout autour du rempart, qui ressemblaient à des corps qui jonchaient le sol, les uns sur les autres, après une bataille titanesque. A une distance d'environ trente mètres autour du rempart, le terrain était morne et désolé, et tirait plus des plaines vides, arides et sans vie de Rhûn que d'une banale terre sans végétation. Mais mon regard finit par se porter plus loin : la cité blanche grandissait au fur et à mesure que j'avançais, au point que je fus obligé, à son approche, de lever la tête pour apercevoir le sommet du premier niveau. Je vis alors vers ma gauche la porte d'entrée de la forteresse. C'était une immense porte de fer et d'acier, surmontée de mâchicoulis et de meurtrières, gardée par d'irrédutibles bastions de pierre, et conçue pour ne pas céder sous les féroces attaques d'un bélier ennemi. Sur toute la surface étaient sculptés les divers emblèmes du Gondor : l'Arbre Blanc, des chevaux, ainsi que d'anciens Rois, dont mes ancêtres, Isildur et Elendil. A peine m'étais-je arrêté devant ce portail à la fois magnifique et terrifiant que le son de trompettes d'argent résonna de l'autre côté. Je sentis de l'agitation, et une puissante voix lança : - Le Capitaine Baranor, Garde de la Cité de Minas Tirith, exige que vous vous présentiez sur-le-champ. Capitaine Baranor ? Cet homme avait dû être nouvellement nommé : je n'avais jamais entendu son nom. Qu'était-il arrivé son prédécesseur ? Je ne le saurai pour ainsi dire jamais. Toutefois, il était très agressif envers ses soldats, et ce comportement aura dû le mener à sa perte. Je criai assez distinctement vers la Porte : - Je me nomme Grands-Pas. Je suis Rôdeur, en mission pour Denethor l'Intendant. Cela vous suffit-il ? - Certes, Rôdeur. Vous êtes attendu. Vous pouvez entrer. On déverrouilla la Porte et on désenclencha ses protections. Un bruit sourd se produisit et l'immense masse de fer pivota sur ses puissants gonds. Dans un faible grincement, minime pour la taille de l'engin, le battant gauche s'ouvrit lentement et révéla l'entrée de la Cité Blanche. Je m'avançai vers l'ouverture quand deux gardes en armure en sortirent, puis s'arrêtèrent. L'un d'eux me dévisagea longuement, puis porta la main à la garde de son épée, en guise de prévention. Il ouvrit la bouche et se présenta : - Je suis le Capitaine Baranor, Garde du Portail de la Cité Blanche. Vous entrez ici dans la capitale du Gondor, aussi vous demanderai-je de respecter les lois de Denethor l'Intendant. Je n'accepterai aucun fauteur de troubles. L'Intendant vous attend dans la Citadelle, au septième et dernier niveau de Minas Tirith. Cependant, vous vous y rendrez par vos propres moyens et cela sans l'aide d'aucun garde de cette Cité. Les lois du Gondor n'indiquaient en rien la façon d'accueillir les Rôdeurs. Mais ce mauvais traitement était pratiquement devenu une coutume à la Cité Blanche. Les Rôdeurs étaient rabaissés et humiliés, sans le moindre sentiment de culpabilité de la part des gardes. Denethor ne se souciait guère de ces problèmes secondaires qui ne l'importunaient pas au plus haut point. Mes premières venues à Minas Tirith avaient été difficiles, surpris par le comportement des gardes à mon égard. Mais depuis, je me suis mis à l'ignorer. - Très bien, Capitaine. Je me rends à la Citadelle sans attendre. J'entrepris de passer entre les deux gardes postés devant moi afin d'entrer dans la Cité. Toutefois, le Capitaine Baranor se mit en travers de mon chemin, sa main toujours prête à dégainer. De son ton ferme, il m'annonça : - Si vous portez une arme, je tiens à vous signaler que vous en serez désisté à l'entrée de la Cour de la Fontaine. Il y a assez de soldats dans Minas Tirith pour que vous vous gardiez de commettre quelque "maladresse" avec votre épée. - Ne vous inquiétez pas, Capitaine. J'essaierai de me contenir. Je pense savoir me contrôler, voyez-vous... Le silence tomba. Le Capitaine Baranor n'appréciait pas l'ironie de ma réplique, je le voyais sur son visage, qui avait abandonné son expression de dégoût et de mépris pour laisser place à la colère. Il ne devait pas aimer le fait que je le ridiculise devant ses soldats. Il marcha vers moi, furieux, m'empoigna le bras et me rapprocha de lui à tel point que je sentais son souffle brûlant et saccadé sur ma nuque. - Sachez qu'à la moindre incartade, je me ferai un plaisir de vous enfermer dans les geôles de Minas Tirith. Il avait murmuré ces quelques mots cinglants entre ses dents serrées. Et après un court moment de silence et de tension, il me lâcha violemment le bras et reprit à voix haute : - C'est pourquoi je vous conseille de vous tenir à carreau, Rôdeur. Il s'écarta, me laissant l'accès libre pour entrer dans la Cité Blanche. Je m'avançai alors et passai entre les deux soldats au garde-à-vous, qui rompirent, aussitôt mon passage, et me suivirent jusqu'à la Porte du Mur. Une fois entré, les trompettes sonnèrent de nouveau. Le bruit sourd résonna une seconde fois, suivi du faible grincement, et du son que produisaient les fermetures et autres protections de la Porte. Je découvris alors une fois de plus le spectacle grandiose qu'offrait le premier niveau. Autour de moi s'élevaient différents bâtiments, de même style et de même couleur blanche, allant de la simple habitation à l'écurie et aux armureries. L'ambiance à l'entrée de la ville était très agitée. Un bon nombre de Gondoriens habitaient sur ce premier niveau et je voyais défiler devant moi chevaux, charrettes, cavaliers et personnes assises à discuter. Quelques soldats me croisaient de temps en temps, alors que je me dirigeai vers la Sud afin de franchir le passage entre le premier et le deuxième niveau : la grande place d'entrée de Minas Tirith se divisait en deux bras semi-circulaires moins larges entourant les niveaux supérieurs de la Cité. Le bras se dirigeant vers le Sud menait à la porte d'entrée du deuxième niveau ; niveau que l'on devait contourner dans toute sa longueur pour accéder au troisième. De plus, à partir du deuxième, un long tunnel voûté permettait de traverser l'immense falaise que j'avais observée un peu plus tôt dans la journée. Cela continuait jusqu'au sommet de la Cité Blanche. La journée était déjà bien avancée lorsque j'arrivai au septième et dernier niveau : le crépuscule commençait tout juste et le soleil se préparait à disparaitre derrière les Montagnes Blanches et le Mont Mindolluin. Je n'étais tout du moins pas encore arrivé à mon but. Devant moi, en haut de quelques marches, se dressait un nouveau portail, plus petit et moins imposant que le premier, mais tout de même capable de contenir un flot important d'ennemis. Il était blanc, mais n'était en aucun endroit sculpté, excepté sur la clé de voûte, qui représentait une tête couronnée. De chaque côté de la porte se tenait un garde debout, immobile, qui ressemblait plus à une statue de pierre qu'à un être vivant. Ceux-ci étaient vêtus différemment des gardes du Mur : habillés de noir, ils arboraient fièrement un casque de mithril ainsi qu'un écusson représentant l'Arbre Blanc, une couronne et sept étoiles. Cette insigne était celle des héritiers d'Elendil, et seuls les gardes de la Citadelle la portaient. Le soldat de droite, gardien de la Porte de la Citadelle, un certain Methanor, vint vers moi, et sans me saluer ni m'adresser la parole, ôta l'épée de mon fourreau, prit mon arc et mon carquois, et tendit la main. Tout en soutenant le soldat d'un regard ferme, je sortis ma dague et la lui présentai. Il la prit sèchement, puis se retourna et passa mes armes à un autre garde, qui les amena dans une petite réserve de pierre proche. - Le Seigneur et Intendant Denethor t'attend dans la Salle de la Citadelle, Rôdeur, finit-il par m'annoncer. Il leva le bras, puis des trompettes se firent entendre, d'une sonorité plus claire et plus mélodieuse que celles de la Porte du Mur, et les deux battants s'ouvrirent devant moi, découvrant la Cour Haute. De l'entrebâillement de la porte jaillit une vive et éblouissante lumière blanche, réfléchie par les rayons du soleil qui entamait le crépuscule. Cet excès soudain de brillance perça l'obscurité que la porte projetait sur moi, et il me fallut un certain temps pour m'y adapter. Puis, après quelques instants, j'aperçus enfin la Place de la Fontaine : recouvrant quasiment toute la Cour, un dallage régulier blanc cédait au milieu sa place à un gazon touffu, puis à un petit lac et une fontaine de pierre sculptée. Le résonnement de l'eau qui se répercutait sur le lac tapissait ce lieu magnifique d'une ambiance agréable, presque solennelle. Puis, placé au bord du lac, se dressait un arbre mort, aux branches dénudées et au tronc desséché. C'était l'Arbre Blanc, issu d'une graine que mon ancêtre Isildur avait planté trois mille ans plus tôt. Cependant, après maints problèmes - guerres et pestes -, il a été remplacé par une autre graine. Mais après sa mort, survenue il y a quelques cent cinquante ans, aucune nouvelle graine n'a pu être trouvée et on l'a laissé là attendant qu'on en découvre une nouvelle. Puis mes yeux se portèrent derrière lui. La base de la Tour d'Echtelion était taillée d'après un style purement gothique : elle était totalement faite de pierre, était large, puissante, et paraissait indestructible. La Tour Blanche était soutenue par de puissants piliers accolés, aux arêtes rectilignes et tranchantes. Elle eût paru tenter atteindre le ciel, circulaire jusqu'au sommet et coiffée d'un haut chapeau lisse et pointu ; sommet que l'on ne pouvait quasiment pas distinguer, le soleil étant en alignement avec la Tour et m'empêchant de le voir sans m'éblouir inutilement. A sa droite, grande et imposante, et pourtant petite par rapport à la Tour voisine, était érigée la Citadelle, dont la Porte blanche en métal surélevée de trois marches creusées par le temps était veillée par deux gardes de la Cour de la Fontaine. Je contournai le lac de la Fontaine afin de rejoindre l'entrée de la Citadelle. Aussi immobiles que ceux du portail d'entrée de la Cour, les gardes mirent toutefois leurs longues lances en travers de mon chemin alors que j'approchai de la Porte. Ils me demandèrent avec froideur mon nom et l'objet de ma visite à Denethor. De plus, malgré le fait que mes armes aient été déposées à l'entrée de la Haute Cour, ils me contraignirent à une fouille longue et minutieuse. Et après maintes vérifications, ils me laissèrent enfin entrer dans la Salle de l'Intendant. Les deux battants de fer s'ouvrirent dans un grincement plaintif, et la lumière pénétra progressivement dans la salle sombre. De quelques pas lents, mais appuyés, j'entrai dans la Citadelle en retenant mon souffle. La porte se referma dans un grand bruit sourd. La Salle de la Citadelle paraissait froide, et son ambiance l'était réellement, paradoxalement à celle de la Cour Extérieure. Elle était toute en longueur, sol de marbre, piliers de marbre noir supportant une charpente sculptée et un plafond mélangeant harmonieusement dorures et arabesques multicolores. Entre les piliers se dressaient différentes statues de pierre à l'effigie des anciens Rois de Gondor, et je jetai un regard tout particulier aux statues d'Elendil et d'Isildur, qui ressemblaient étrangement aux Piliers des Rois, statues de l'Argonath, droites et fières, qui s'élevaient en amont du Nen Hithoel et des chutes de Rauros. Le silence était pesant ; le son de mes pas se répercutait sur tous les murs, et étaient grandement amplifiés. Tout au fond de la Salle, à une cinquantaine de pas devant moi, placé au sommet d'une estrade de marches de pierre, se trouvait le trône, vide. Ce trône était destiné aux Rois du Gondor, et il est resté vacant depuis environ mille ans, comme le dernier descendant d'Isildur, Eärnur, mourait sous la puissante et ténébreuse main du Seigneur de Morgul. Depuis, ce fut la lignée des Intendants qui régna sur le Gondor, et ces Intendants n'avaient pas autorité de s'asseoir sur le trône ; un siège de pierre banal et sans ornements leur était réservé, au pied de l'estrade. Ce fut donc sans surprise que je trouvais l'Intendant Denethor assis là, entouré de quelques serviteurs silencieux et de deux Capitaines plutôt calmes - vu les nouvelles qu'ils apportaient, et que j'allais découvrir. L'Intendant était en pleine conversation avec l'un d'eux, mais m'apercevant, il se tut et leva les yeux au ciel. Je ne saurai jamais s'il honorait ma venue ou s'il haïssait le hasard qui m'eût amené à lui en ce moment. Il chassa ses serviteurs d'un revers indifférent de sa main ; ils sortirent de la Citadelle par une petite porte de bois à ma droite, cachée discrètement par deux poteaux de marbre noir. Je me présentai alors respectueusement à Denethor : - Grands-Pas, Rôdeur à votre service, vous adresse ses plus sincères salutations, Intendant Denethor. - Mmhh.... Oui, oui, bonjour, me fit-il d'un air distrait. Il s'entretenait toujours avec ses capitaines, qui parlaient maintenant à voix basse, afin que je ne découvre pas l'objet de leur discussion. Il se passa ainsi une bonne dizaine de minutes durant lesquelles je me remémorai les raisons de mon arrivée à Minas Tirith.
Le Château d'Or de Meduseld, placé sur la butte d'Edoras, capitale du Rohan, était et demeure toujours la Salle du Trône, où siège Théoden, Roi du Rohan. Théoden, fils de Thengel, est un homme âgé mais brave, qui sait conduire et redonner du courage à ses soldats, même dans les moments les plus amers de la bataille. Il a du respect pour tout homme, qu'il soit Capitaine, villageois ou bien Rôdeur, et je l'apprécie tout particulièrement. Je m'y étais rendu afin de donner mon rapport sur la mission de reconnaissance que Théoden m'avait confié. Il m'avait demandé d'explorer le Plateau du Nord-Est du Rohan, de lui rapporter tous les récents évènements importants, et d'amener des nouvelles d'Edoras aux villageois de cette région. J'arrivai à la Porte de Meduseld, totalement faite d'or, et gardée par deux soldats de la Marche, qui me laissèrent entrer après avoir vérifié l'objet de ma venue. La grande et lourde porte s'ouvrit dans un grincement strident, et j'entrai dans une longue salle sombre uniquement éclairée par quelques rayons de soleil fugitifs ou réfléchis. La décoration intérieure du Château était riche, mais assez pesante et étouffante : la charpente en bois était soutenue par d'imposants piliers sculptés et dorés, et sur les murs étaient accrochées différentes tapisseries représentant les heures de gloire des Rohirrim. A l'extrémité se trouvait le trône, un grand fauteuil doré, dans lequel était assis Théoden. Les salutations passées, je lui présentai mon rapport : il n'y avait aucun problème majeur à signaler, si ce n'est qu'un étrange individu avait été aperçu dans les plaines de l'Est Emnet, aux abords de l'Anduin et des rapides de Sarn Gebir. Théoden m'annonça qu'une patrouille l'avait remarqué et pisté quelques jours plus tard, se dirigeant vers le Sud, apparemment vers le delta de l'Entalluve, au sud des chutes de Rauros. Il m'en donna une description succincte : c'était un petit être misérable, se déplaçant à quatre pattes et marmonnant des paroles inintelligibles. Il était apparemment très agile, et à la vue de ses soldats, disparut sans qu'on ne puisse en retrouver aucune trace. Cette personne, au premier abord et tel que les villageois me l'avaient annoncé sur le Plateau, ne me disait pas grand chose. Mais les informations que m'avaient fournies Théoden m'éclairèrent subitement et me rappelèrent alors quelques mots lointains : "Gollum est en cavale depuis trop longtemps. Cet être misérable connaît beaucoup trop de choses. Un jour, j’aurai besoin de vous afin de le chercher. Mais en attendant, je vous demande d'aller quérir de ses nouvelles...". Après deux années sans aucune nouvelle de Gollum - qui avait disparu à l'ouest des Monts Brumeux comme des traces de pas dans le sable balayées par le vent sec de Harad -, il réapparaissait au beau milieu du Rohan et se dirigeait apparemment vers le Sud. C'était une occasion sans précédent de rendre service à mon vieil ami Mithrandir, que je n'avais pas vu depuis environ cinquante lunes. Et, par chance, Théoden me donna une nouvelle mission : je devais me rendre à Minas Tirith afin d'entretenir quelques liens entre le Rohan et le Gondor, et demander quelques informations au sujet de la frontière dans les environs de la montagne hantée du Dwimorberg. J'avais donc l'opportunité de me rapprocher de Gollum à son insu et - si la chance me souriait - de lui mettre la main dessus. Théoden me remercia et je m'esquivai de la salle du trône de Meduseld, réjoui de la nouvelle que je venais d'apprendre. Après m'être correctement rassasié et avoir fait le plein de vivres, je partis sans plus attendre en direction de l'est, sur la route menant à la Cité Blanche. Cependant, après plusieurs jours de voyage, la quantité de vivres et l'espoir que j'avais de retrouver Gollum diminuaient à vue d'oeil. Et ce fut par un matin pluvieux - que dis-je, orageux -, que j'arrivasse éreinté dans la Forêt Grise, à proximité des Champs du Pelennor. J'avais pensé trouver Gollum, mais j'avais été trop confiant ; c'eût été comme chercher une aiguille dans une botte de foin...
Les Capitaines saluèrent leur Seigneur, puis sortirent de la Salle. Toujours plongé dans mes pensées, le claquement sourd et bruyant de la Porte de fer me ramena soudain à la réalité. J'étais seul, avec face à moi l'Intendant, assis tranquillement, l'air évasif. Je réitérai mes salutations : - Grands-Pas, Rôdeur à votre service, vous adresse ses pl... - Oui, merci, Grands-Pas, m'interrompit-il. Venons-en au fait : êtes-vous ici pour m'offrir vos services, ou venez-vous m'annoncer quelconque nouvelle qui serait plus agréable que celle que je viens de recevoir ? - Tout d'abord, je suis devant vous en ce jour pour vous apporter un message du Roi Théoden de Rohan. Il souhaiterait s'entretenir avec vous à propos d'un problème de frontière aux environs d'Erech et du Dwimorberg. Il vous demande d'envoyer un de vos coursiers à Edoras afin de régler ces petits désagréments. - Je m'en charge dès aujourd'hui. Je vous remercie, Grands-Pas. Vouliez-vous autre chose ? - Oui, Seigneur Denethor. Je tiens tout simplement à vous signaler qu'à partir de maintenant, je suis libéré de mes fonctions auprès de Théoden, et je suis tout à fait enclin à vous proposer mes services. Je suis désormais à vos ordres, Seigneur et Intendant Denethor. Denethor se tut, détourna le regard à sa droite et fixa le pied de l'estrade. Puis il se frotta le menton tout en réfléchissant. L'Intendant du Gondor était un homme âgé, mais sage, et qui pouvait deviner beaucoup plus de choses que ce que l'on voulait bien lui divulguer. Il était - après Mithrandir, bien sûr -, l'homme le plus perspicace que j'aie jamais connu. Ses yeux pénétrants d'un gris profond, et le trait épais de ses sourcils indiquaient une nette sévérité. Il se passa quelques instants où je n'entendis plus rien, ni même le souffle de l'Intendant. Puis, il reprit brusquement la parole : - J'ai une mission pour vous, Grands-Pas. D'après les rumeurs, vous aimez les grands voyages, n'est-ce pas ? - En effet... - Très bien, continua-t-il sans me laisser le temps de prendre la parole. Vous avez remarqué tout à l'heure que des Capitaines me rendaient leur rapport. J'aquiescai en silence. - Eh bien, ils m'annonçaient des nouvelles importantes. Leurs soldats ont chevauché des centaines de lieues pour m'informer que le pays suderon de Harad était sur le pied de guerre et s'armait rapidement et puissamment. Les Capitaines étaient donc les commandants du groupe de cavaliers qui étaient arrivé le matin même du port de Harlond. Denethor continua : - J'ignore la raison de leur comportement, et j'aimerais que vous vous renseigniez au plus vite à ce sujet. Il en va peut-être de la survie du Gondor. Peut-être le Harad se prépare à fortifier les armées du Mordor en vue d'une prochaine attaque. Je veux que vous alliez sur le terrain afin de recueillir toutes les informations qui pourraient nous servir et revenir me les communiquer le plus rapidement possible. - Je suis à vos ordres, Seigneur Denethor. Toutefois, si vous souhaitez avoir ces informations au plus vite, vous devrez me fournir un cheval, car le voyage à pied serait d'une extrême lenteur. - Bien sûr. Je vous fais préparer une monture. Vous n'aurez qu'à descendre aux écuries du premier niveau. - Je en vous remercie, Intendant Denethor. Je me retournai afin de prendre congé du seigneur de Minas Tirith, mais il me rappela : - Grands-Pas ! Il serait préférable que vous partiez dès ce soir, avant la fermeture de la Porte du Mur. Il se fait tard, et le soleil a pratiquement disparu. Je regardai par une des hautes fenêtres creusées dans le profond mur de la Citadelle. La lumière ne parvenait même plus à l'intérieur de la Salle, qui était petit à petit devenue obscure. Je saluai Denethor et sortis par la Porte de fer. On me laissa sortir sans aucune formalité. Je parvins alors dans la Cour de la Fontaine, désormais déserte et sombre, excepté les quelques soldats de garde la nuit et les torches enflammées aux entrées du septième niveau, de la Citadelle et de la Tour d'Echtelion. Le silence régnait sur la place vide, et seule la fontaine continuait de jaillir, à présent invisible mais repérable grâce au son qu'elle produisait. Je contournai l'Arbre et le lac, pour me diriger vers la sortie de la Cour Haute. Le seul point commun entre les gardes qui m'avaient admis dans la Cour et ceux qui me permirent d'en sortir était leur comportement à mon égard : la nuit n'atténuait pas leur humeur, au contraire, elle l'attisait. Ils me rendirent sans un mot mes armes, puis retournèrent à leur poste, me laissant seul devant la porte d'entrée de la Cour, désormais fermée. Je me rendis alors vers le premier niveau, où m'attendait mon cheval. La descente fut longue et pénible : seules les quelques torches me permettaient de me diriger à travers les dédales de la Cité Blanche. J'arrivai alors au premier niveau de la Cité, juste devant la Porte du Mur, et me tournai vers les écuries, gardées par deux soldats. Ils me laissèrent entrer après des vérifications maintenant lassantes, et un écuyer m'amena à mon cheval. Il avait un pelage lisse, gris, la crinière proprement taillée et peignée. A ma vue, il hennit joyeusement et frappa le sol de son sabot droit. Je m'approchai de lui et me mis à le caresser, tout en lui murmurant quelques paroles elfiques rassurantes. L'écuyer me laissa le "privilège" de seller le cheval, chose qu'ils auraient accomplie pour n'importe quelle autre personne que moi. On me fournit à contrecoeur quelques sacs de vivres, puis on me laissa sortir de l'écurie. Je me dirigeai vers la Porte du Mur, le cheval à mes côtés. Le bruit de ses sabots brisa le silence qui régnait sur la place d'entrée de Minas Tirith, et le cheval se laissa facilement guider à travers la place. L'unique moyen de reconnaître la Porte dans cette obscurité profonde était de repérer les torches et le nombre important de gardes postés à cet endroit, et je n'eus aucun mal à la trouver. On me fit sortir plutôt rapidement. La Porte du Mur se referma derrière nous, nous laissant seul, dans la légère brise et l'obscurité environnantes des Champs du Pelennor. Je grimpai alors sur cet élégant destrier, et nous nous mîmes en route, à travers les plaines de Pelennor, dans la jeune et douce nuit de Lótessë, en direction du sud et de la Porte du port de Harlond... |
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