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Le Barde du Beleriand : L'erudit d'Oxford

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 3: Catherine.3.
(par michele huwart, ajouté le 01/06/05 14:23)


Je toussotai. Il ne me semblait pas être moi-même un sujet de conversation intéresant, et je n'avais aucun désir de ressasser la situation financière de ma famille. Ni, particulièrement, ses origines, d'ailleurs. Nous étions écossais avant d'être britanniques, et avions au fil de l'Histoire laissé des morts sur les champs de batailles, au sein des partisans de William Wallace ou de Bonnie Prince Charlie. J'avais dans les yeux les lochs sauvages perdus au milieu de nulle part, les moutons barrant le passage aux automobilistes sur des routes à une seule voie, les nuages changeauns par dessus les Highlands, et l'océan se fracassant sur les rochers sauvages des Orcades. Mon enfance sentait le whisky et la tourbe, l'herbe mouiléée et le Haggish. Le vent soufflait sur les landes arides de ma mémoire, emportant avec lui le son des cornemuses et les rires des supporters de rugby. C'est de celà dont je m'ouvris à mon nouvel employeur. Qui m'écouta avec attention pendant un bon moment.
- Et vous ? osai-je finalement lui demander. Qui êtes-vous, sir William ?
Il soupira. je revis dans son regard une mélancolie si profonde qu'elle en était déchirante.
- Qui je suis ?
Ses yeux s'abîmèrent dans la toile de Constable qui lui faisait face.
- Qui je suis ? reprit-il tristement. Un être à qui l'Unique a cru bon de faire don de l'art de manier les mots. Un être condamné à errer au fil de l'Histoire, de guerre en guerre, de champ de bataille en champ de bataille. Un être chargé par une force invisible de relater l'horreur et la haine. Maudit, en quelque sorte...
A nouveau, je me sentis mal à l'aise. Bien qu'attirée vers les arts et les lettres, j'avais été éduquée par des parents scientifiques. Que le terme même de malidiction auraient fait hurler de rire.
Mais Sir William ne me donnait pas envie de rire.
Il me tendit trois feuilles de papier.
- Mes brouillons, Catherine, m'expliqua-t-il. Le texte que vous aurez à mettre en page, aujourd'hui.
Je commençai à lire. L'écriture de Sir William était claire et déliée. Aristocratique. Et quelque chose me troublait dans ce qu'il avait appelé "ses brouillons".
- Vous rédigez toujours ainsi ? questionnai-je, curieuse malgré moi. je veux dire... la plupart des gens n'utilisent pas du papier vergé et filigranné pour écrire leurs "brouillons".
- Je ne suis pas, fit-il fermement mais sans brutalité, "la plupart des gens". J'ai mes habitudes, Catherine. Des habitudes immémoriales. Je rédige à la plume d'oie, sur du papier de haute qualité. Est-ce lisible ?
Je déchiffrai quelques lignes supplémentaires.
- Très lisible, Monsieur, répondis-je.

Je suivis la sevante aux boucles grises à travers la maison, jusqu'à une pièce d'apparence très sobre, aux murs blancs. Un ordinateur dernier cri trônait sur un bureau ergonomique. Je bénis le ciel - et mon frère aîné - d'avois été initiée à l'utilisation de MS-DOS et du traîtement de texte. Je ne pouvais cependant m'empêcher de trouver incongru la présence presque anachronique de cette machine, dans cette demeure sortie toit droit d'on ne savait quel passé.
Et je me mis au travail.
Mes doigts glissaient sur le clavier avec une étonnante facilité, comme si le texte même me dictait leurs mouvements. Il m'était arrivé, comme à tout un chacun, de lire des reportages de guerre. Celui-ci, pourtant, était différent. Il portait en lui-même les souffrances de la ville assiégées, les voisins se dressant contre les voisins, les amis devenant ennemis. Les snipers et les bombardements. L'héroïsme désespéré des volontaires. Les enfants baignant dans le sang, dans les maisons en ruine. Et l'agonie de la ville elle-même. La guerre. Dant toute son horreur et sa bestialité. Dans toute sa bêtise. La guerre au coeur d'une ville dont le symbole même était celui de la Paix...
Je tapai le texte, et ce fut comme si les morts renaissaient l'espace d'un instant. Comme si les disparus revenaient à la surface de la vie. Comme si le fantôme d'une ville se superposait aux ruines.
"Un être à qui l'Unique a cru bon de faire don de l'art de manier les mots" avait dit Sir William.
C'était bien plus que çà.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.