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La sentinelle du crépuscule: La Dernière Maison Simple

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 3: Départ pour la guerre
(par Blandine Lelièvre, ajouté le 08/06/07 16:48)


Elrond entra dans la pièce éclairée par les premières lueurs du levant. Gil-Galad était assis derrière une table, et compulsait d’anciennes cartes avec un air soucieux.
Le Semi-Elfe se rapprocha en faisant résonner ses pas contre le dallage coloré, mais le roi, absorbé par ses réflexions, gardait la tête penchée.
Elrond s’arrêta devant la table, et, s’inclinant, il dit :
-Tu m’as appelé, mon seigneur ? Que puis-je faire pour ton service ?
Gil-Galad releva brusquement la tête, et son visage tiré par les préoccupations s’éclaira d’un sourire quand il vit son héraut debout devant lui. Il l’appréciait beaucoup, non seulement grâce à ses nobles origines et le destin de ses parents, désormais présents dans chaque chant et chaque légende, mais aussi pour son courage et sa grande habileté à mener des hommes.
-Merci d’être venu aussi vite, Elrond ! J’ai une mission urgente et dangereuse à te confier. Des messagers m’ont appris que Sauron remontait l’Eriador avec de grandes troupes, dans le but de conquérir le pays. Bientôt Celebrimbor sera assiégé en Eregion, dit-il en lui montrant une carte.
-Je me chargerai de lui venir en aide, répondit Elrond.
-Pars le plus tôt possible, avec dix mille soldats parmi ceux que tu souhaiteras. Quant à moi, je vais demander l’aide de Tar-Minastir, roi de Númenor, car je pressens que Sauron ne pourra être arrêté par nos simples forces, et marchera vers ce rivage de la Terre du Milieu.
Il leva la main, et deux éclairs jaillirent à son doigt, l’un rouge flamboyant, l’autre bleu comme la mer qu’on apercevait par la fenêtre.
-Voici Vilya et Varya, forgés par Celebrimbor lui-même, expliqua-t-il devant l’étonnement d’Elrond. Celebrimbor les a envoyés ici pour les soumettre à l’avidité de Sauron. Mais celui-ci l’apprendra tôt ou tard, et il viendra les chercher si personne ne l’en empêche. Les posséder décuplerait ses forces, et il recouvrirait de ténèbres toute la Terre du Milieu…
Il fixa Elrond de son regard perçant et ajouta :
-Si ta venue devenait une débâcle, je veux que tu battes en retraite et que tu te caches dans les montagnes en attendant la défaite de Sauron. Car si tu vois que notre cause est perdue en Eregion, à quoi bon laisser encore périr des soldats ?
-Il sera fait selon ton désir, répondit le Semi-Elfe après un moment, même si aucun de nous n’aime tourner le dos à l’ennemi.
Mais une lueur d’incompréhension persistait dans son regard.
Le Roi posa sa main sur l’épaule de son héraut et l’attira près de la fenêtre. Dehors, malgré l’heure matinale, les rues commençaient à être bruyantes : les commerçants ouvraient leurs boutiques, les paysans menaient leurs bœufs au labour, quelques jeunes guérisseuses, un panier sous le bras, sortaient vers la forêt voisine…
-Regarde-les, Elrond ! Ils sont heureux et libres, chacun accomplit paisiblement sa tâche selon son état. Nous en sommes responsables, nous sommes les garants de leur quiétude ; il est de notre devoir de les protéger de l’Ombre, quelles que soient les réticences dont notre orgueil et notre fierté peuvent nous emplir.
Il avait parlé très doucement, comme pour lui-même. Ces paroles étaient dures à entendre pour le Semi-Elfe, mais Gil-Galad se les répétait depuis son couronnement pour trouver la force de remplir dignement son rôle.
Elrond comprit que le Roi ne le blâmait pas personnellement et inclina respectueusement la tête devant sa sagesse. Sans rien ajouter d’autre, il prononça les habituelles salutations et s’en alla, laissant Gil-Galad contempler Eglarest depuis sa fenêtre.

Le Semi-Elfe alla d’abord dans les quatre casernes qui entouraient le palais royal et choisit les meilleurs soldats qu’il put trouver. Il en connaissait beaucoup pour avoir souvent guerroyé avec eux contre les Orques. Malgré son haut poste auprès du Roi, il aimait leur joyeuse et rude compagnie, et les traitait plus en frères d’armes qu’en subordonnés. Ceux-ci le surnommaient Thindolt, le Chef Gris, à cause de la couleur de ses yeux.
Dans l’heure de midi, il s’arrêta à une taverne de la ville pour se reposer un peu ; mais il avait à peine eu le temps de s’asseoir qu’une voix l’interpella :
-‘dolt !
Il se retourna et vit une cinquantaine d’Elfes s’avancer vers lui, menés par Erestor, un gai luron et courageux soldat qu’Elrond appréciait beaucoup. Erestor s’assit en face de lui :
-Le bruit court dans la ville que tu recrutes des hommes ? Nous n’étions pas en faction aujourd’hui et nous venons de l’apprendre. Nous réquisitionnons une place parmi ton armée !
-Ce n’est pas la mienne, mais celle du Roi, rectifia Elrond en souriant. Et la rumeur dit-elle que cette mission est dangereuse, et qu’aucun de nous peut-être ne reviendra ?
-Elle le dit, mais nous voulions l’entendre par ta bouche. Nous n’avons pas peur de te suivre, même si la mort est probable !
Un murmure d’approbation parcourut les Elfes massés devant eux.
-Dit-elle aussi que ce n’est pas tant nos vies que nous pourrons perdre, mais aussi notre fierté en reculant devant l’Ennemi ?
Le visage d’Erestor se fit soudain plus sérieux.
-Si telle doit être notre tâche, nous le ferons pour sauvegarder la paix en Terre du Milieu, répondit-il.
Elrond sourit et hocha la tête avec satisfaction: derrière leurs visages ardents à l’idée du combat, ils avaient compris l’importance de leur rôle et étaient prêts à faire tout ce qui était en leur pouvoir pour servir leur peuple.

Tout l’après-midi, il y eut une affluence exceptionnelle chez les forgerons et les maréchaux-ferrants, heureusement très nombreux à Eglarest. Elrond imita les soldats; mais sa fonction lui permettait de jouir du savoir-faire du forgeron du Roi, ce qui lui épargnait les longues attentes auprès des fours surchauffés. Ayant fini tous ses préparatifs, il partit flâner dans la ville inondée de soleil. Ses pas le menèrent sur la place du marché. Il avait toujours aimé cet en- droit : le poissonnier vantait à grands cris le produit de son étal, un scintillement d’écailles et de nageoires semblant venir tout droit du palais d’Ulmo ; une marchande de fleurs trônait au milieu des pétales colorés dont la fragrance parfumait quasiment toute la place ; plus loin , le vendeur d’oiseaux exposait ses bêtes, aussi agréables à regarder qu’à écouter. Tout se faisait en un désordre indescriptible de bruits, d’odeurs et de couleurs qui étourdissaient.
Elrond marchait lentement à travers la place. Les souvenirs affluaient à chaque pas : cette boucherie, d’où venait ce succulent sanglier du Nouvel An, ce marchand de tissus, où il avait acheté une belle étoffe pour sa mère…Une bouffée de tristesse le saisit soudain, et il prit conscience qu’il pourrait ne jamais revenir à Eglarest. Le souvenir des paroles d’Erestor ne parvenait pas à l’apaiser.
-Après tout, pourquoi avoir peur ? se dit-il enfin. Je suis un soldat, et j’obéis aux ordres du Roi, quelles que soit leurs conséquences. Mon destin et celui de tous reposent entre les mains d’Elbereth !
Ayant ainsi repris un peu courage, il s’éloigna du brouhaha, traversa deux rues et franchit le seuil d’un édifice tout construit de marbre. Dans une vaste pièce claire se trouvaient quatorze statues sur piédestal, sept de chaque côté, représentant les Valar. A l’extrémité de l’allée qu’elles formaient, il y avait un espace vide, symbolisant Eru, que nul art ne saurait représenter. Des chandeliers suspendus éclairaient le haut plafond de mosaïque, et dans l’air flottait la fraîche odeur des fleurs apportées en offrande devant le piédestal inoccupé. Le Semi-Elfe s’arrêta dans l’ombre d’une colonne, rabattit son capuchon sur sa tête et pria.

Enfin, alors que le soleil déclinait vers la mer, la faisant scintiller de mille feux, Elrond franchit les portes de la cité d’Eglarest après avoir fait ses adieux à Gil-Galad. Et avec lui partit un grand nombre d’Elfes à cheval et puissamment armés ; et tous, de leur chef au plus humbles des soldats, ils se demandaient qui de l’Ombre ou de la Lumière allait remporter le duel, et s’ils reverraient jamais la belle terre du Lindon.

Voir le chapitre 3 sur 14



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.