Chapitre 3:
Le premier crime
(par
michele huwart, ajouté le 04/02/03 13:35)
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Je continuais ma route vers nulle part. Les montagnes étaient de moins en moins hospitalières. Il faisait de plus en plus froid. Je rencontrais de moins en moins de traces d'hommes, de plus en plus de traces de bêtes féroces.Pas question pourtant de faire demi-tour. Continuer. Continuer malgré tout à marcher vers demain.
J'aurais donné n'importe quoi pour un peu de pain, de viande. Ou pour un bel arc solide qui me permettrait de chasser. Enfin, d'apprendre à chasser. N'importe quoi, même mon âme. Et ce fut ce qui se passa. On peut faire la volonté de Melkor en ne pensant pas travailler pour lui. En semant la discorde. Ou en semant la mort.
Et je le vis, abrité dans un creux de rocher. Enveloppé dans un manteau gris. Occupé à allumer un feu. Avec des gestes précis d'homme des bois. Etait-ce un homme, d'ailleurs ? Ou un Elfe ? Je ne le savais pas. Je ne le saurai jamais. Je l'observais, silencieux. Car ma nouvelle vie de voleur m'avait déjà appris le silence. Je l'observais. Il avait du pain. Il avait embroché un lièvre qu'il faisait lentement tourner au dessus du feu. Il possédait un grand arc noir et un carquois bien fourni, en plus de son épée. Tout ce que je voulais.
Je ne pouvais voir son visage. Il faisait froid, et l'inconnu avait rabattu sur sa tête le capuchon de son manteau. Ce serait plus simple. Beaucoup plus simple.
Je m'approchai de lui, ouvertement. L'homme se leva. Il semblait vouloir m'inviter à partager son repas. Mais je ne voulais pas seulement d'un repas. Ma décision était prise. Funeste. Monstrueuse. Je m'en rends compte à présent. Je me rends compte avoir commis ce jour-là, lorsque je passai mon épée au travers du corps de cet homme confiant, la pire chose que qui que ce soit puisse commettre. Je n'étais plus un voleur. J'étais un assassin.
Et je vis son regard. Et ce regard, jamais je ne pourrai l'oublier. Je ne l'oublierais même pas si je pouvais vivre l'éternité des Elfes. Non pas un regard de haine. Un regard qui, avant de s'éteindre, me demandait : "Pourquoi ?" . |
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