Grande de taille et plutôt mince, presque frêle même, elle paraissait plus jeune encore qu’il ne l’avait pensé tout d’abord en l’apercevant de loin au crépuscule, filant telle une ombre parmi les arbres. Il pouvait à présent la voir de près et dans le jour, sans qu’une capuche vienne lui masquer en partie le visage. Malgré son apparence fragile, de la force et une grande confiance en soi pouvaient se lire dans ses yeux. Ses cheveux longs et bruns tombaient détachés sur ses épaules et encadraient un visage assez pâle. La jeune fille était vêtue d’une robe grise et simple, conçue visiblement avant tout dans un but pratique, semblable à celle qu’elle portait lors de leur folle course poursuite à travers la Forêt. Combien de temps s’était-il écoulé depuis lors ? Un jour ? Plusieurs ? Sam n’en avait pas la moindre idée.
Pendant qu’il réfléchissait, elle ne cessait de le fixer, de le regarder droit dans les yeux, et il se sentait de plus en plus mal à l’aise, ne sachant comment interpréter son sourire énigmatique, mi sévère, mi moqueur : était-ce une expression de satisfaction en le voyant revenir à la vie ? ou au contraire le signe du plaisir carnassier du prédateur sûr de lui, sachant sa proie à sa merci et retardant le moment de l’assaut final pour mieux le savourer ? Quelque peu angoissé, il n’osait rompre le silence pesant qui enveloppait la pièce. Il soutint néanmoins son regard gris incroyablement clair et pénétrant, déterminé à ne pas lui laisser l’occasion de se rendre compte de ses doutes et de ses interrogations. Cela eu l’effet surprenant de la faire sourire plus franchement encore :
- Je vois que tes capacités de récupérations sont excellentes, bien meilleures que je ne le pensais au départ. Ta petite escapade sylvestre laissait présager une nature bien plus faible. Mais je dois dire que je préfère te voir vif que mort.
Sa voix était claire et assez mélodieuse, mais possédait également un côté dur et froid. La jeune fille ne semblait guère dépasser dix-sept ou dix-huit ans mais sa façon de parler, son intonation, correspondaient à celles d’une personne bien plus âgée. Un léger accent, inconnu à Sam, ajoutait un peu plus encore à son aspect étrange. Elle s’approcha tout à coup de lui et il tenta instinctivement de reculer. Mais ses forces étaient trop faibles et la douleur un instant oubliée redoubla d’intensité. Il voulut ouvrir la bouche mais la fille ne lui en laissa pas le temps :
- Notre invité est bien suspicieux ! Croit-il que nous l’ayons tiré des crocs des Loups pour le laisser à présent se vider de son sang ? Sache que tu es ici de par ma volonté et qu’entre ces murs, je suis la seule et unique maîtresse. Laisse-toi faire maintenant, je dois changer ton pansement.
Sans se départir de son léger sourire au coin des lèvres qui semblait désormais chargé d’un soupçon d’ironie, elle avait parlé d’une voix forte et sèche qui n’admettait pas de refus. Sam détestait cet air arrogant qu’elle arborait et qui donnait un aspect cruel et presque effrayant à son visage. Et se savoir sans défense en ces lieux n’était pas pour le rassurer. Mais il fut bien contraint de la laisser faire, se demandant ce qu’elle voulait de lui. Pourquoi et comment l’avait-elle sauvé des loups ? De longues minutes durant, elle s’occupa de lui et soigna ses blessures, nettoyant les plaies et lui appliquant divers onguents. Une fois qu’elle eut terminé sa tâche, elle se pencha vers lui et lui dit d’une voix qui se fit soudain douce et presque ensorcelante :
- Il te faut à présent te reposer, ami Visiteur de la Forêt. Tu es faible et je veux que tu récuppères quelques forces d’ici à demain. Tu auras, j’en suis persuadée, de nombreuses choses à me dire... Ce n’est pas tous les jours que l’on croise un jeune homme dans les parages. Mais bois donc un peu, tu te sentiras mieux.
Tout en parlant, elle avait sorti d’une poche de sa robe une petite fiole qu’elle déboucha et approcha des lèvres de Sam. Sa voix l’hypnotisait littéralement et il n’eut d’autre choix que d’avaler deux gorgées du liquide amer et à l’odeur forte qu’elle lui tendait.
- Bien. Et à présent, dors ! Bientôt, nous aurons de la visite. Et je te veux plus présentable pour l’occasion. - Mais qui êtes vous ? Et où sommes nous ? Et que me voulez-vous ? commença-t-il faiblement et d’une voix éteinte.
Mais si elle répondit à ses questions, il n’eut pas le temps de l’entendre. La potion faisait déjà son effet sur son corps affaibli et la tête se mit à tourner tandis qu’il voyait la mystérieuse jeune fille esquisser un sourire satisfait qui lui sembla étrangement déformé et inquiétant sous l’effet de la drogue. Puis il se sentit entraîné dans un gouffre sans fond et, ne pouvant résister davantage, sombra dans la nuit et les ténèbres. |
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