Chapitre 32:
Les Chemins du Guide (3)
(par
Stéphanie, ajouté le 18/02/04 19:26)
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- Les Eveillés avaient déjà créé des êtres et des objets de pouvoirs : les drakkes que Morigana avait donnés à Kroden pour l'aider à son travail de la forge brûlaient les métaux dans les entrailles de Dohan ; les Souffleurs de Rork avaient été installés aux bouches de Dohan, afin de mener son fils Gwilden le Marin où il souhaitait aller ; et Elindaël fille de Méline avait créée avec Telyn le Sonneur, fils de Sehré, le premier Ekhelé, et ils chantaient la joie dans le monde. Maintes autres merveilles avaient été inventées... certaines se sont perdus, d'autres ont été détruites, d'autres soustraites aux Mortels – ainsi la Lune, le char de l'Aînée, a-t-elle été détachée du sol pour voguer dans le ciel. Mais leurs nouvelles créations étaient vraiment le fruit d'un travail commun, et ils leur transmirent une grande partie de leurs pouvoirs – même s'ils ne pouvaient le leur offrir en totalité, à cause de l'interdit de la Mère Eternelle. Et s'ils ne pouvaient nous rendre immortels, puisqu'ils avaient décidé de garantir Dohan d'une surpopulation, ils nous accordèrent une longévité de loin supérieure à celle des autres êtres vivants.
Au début les Swerlën n'étaient pas séparés en clans, et les Eveillés nous enseignaient à tous leurs savoirs les plus accessibles, et nous étions heureux d'apprendre d'eux comment changer le monde. Mais les Enfants des Eveillés avaient des préférés parmi nous, et petit à petit les Clans se formèrent. Ils étaient cinq, et à chacun il fut attribué un double animal, son Prinet'hao, qui serait son compagnon et un moyen de le reconnaître, et qui porterait son nom.
Ainsi les Ganelën, les amants de l'Immensité, furent protégés par Rindel l'Etoilé, fils de Dahron et Sehré, et par Tehtesan la Fabre de Mosaïques, fille de Morigana et Kroden. Leurs compagnons étaient comme des renards des sables. C'était le Clan le plus petit, mais peut-être aussi le plus sage, et ils cherchaient à comprendre le dessin des étoiles dans le ciel... Plus tard, ils se réfugièrent dans le Désert-près-de-la-Mer, et y dessinèrent une Mosaïque. Eux seuls en connaissent la signification... Mais un jour, disent-ils, les étoiles reprendront leur place dans le ciel, et les vivants d'alors comprendront enfin le sens de la Mosaïque de Neh'ryat... s'il n'est pas trop tard.
Ainsi les Essilën, les amants de la Mer, furent protégés par Gwilden le Marin, fils de Tela et Rork, et par Daban la Présageuse, fille de Dahron et Sehré. Leurs compagnons étaient comme des chevaux de mer. Ils savaient construire les plus beaux bateaux de Dohan, et connaissaient toutes les côtes et toutes les baies. Toujours ils accompagnaient Gwilden dans ses voyages, et ils savaient entendre la voix de Daban qui demeurait dans les eaux...
Ainsi les Grylën, les amants de la Montagne, furent protégés par Rheldyr l'Arpenteur, fils de Larkhen et Méline, et par Ranner la Joaillière, fille de Morigana et Kroden. Leurs compagnons, vous les connaissez. Ils étaient très habiles pour transformer tout ce qu'ils touchaient, et même le matériau le plus vil entre leurs mains devenait objet d'art... Ils croyaient que toute chose avait une part de bon en elle, même si cachée, et s'ingéniaient à l'aider à se manifester. C'est ce qui plus tard causa leur perte... car le bon peut être aussi utilisé pour faire le mal, et eux ne l'admettaient pas.
Ainsi les Karlën, les amants de la Science, furent protégés par Cunnir le Savant, fils de Rork et Tella, et par Helder fils de Morigana et Kroden. Leurs compagnons étaient comme des rapaces. C'était le Clan le plus grand et ils désiraient connaître l'utilité de toute chose, et cherchaient la maîtrise parfaite du monde... Hélas pour eux, ils excellaient aussi dans leur domaine, et ne tardèrent pas à grandir en orgueil et en fierté... C'est contre eux, nos frères de création, que nous finîmes par lutter durant notre Age Noir, qui précéda ou accompagna notre déclin.
Ainsi les Worlën, les amants de la Forêt, furent protégés par Mahra la Dame des Bois, fille de Larkhen et Méline, et par Telyn le Sonneur, fils de Sehré et Dahron. Nos compagnons étaient comme des loups. Nous cherchions à connaître l'existence de toute chose, et à communiquer avec tous... Quand les Petits arrivèrent, nous fûmes les premiers à les découvrir, et à les protéger... ce qui accéléra notre déclin volontaire, et nous conduits à nous réfugier dans la Forêt des Brumes, protégés de tous.
D'autres des Enfants des Eveillés nous apportaient leur aide et leurs savoirs, n'ayant pas de préférés, telles Elindaël la Dame du Chant, ou Elven la Rêveuse, fille de Dahron et Sehré. D'autres encore agissaient seuls sans se préoccuper de nous, telles Edna la Faucheuse, fille de Rork et Tela, ou Sedjen la Dame des Saisons, fille de Larkhen et Méline. Mais bientôt, les Eveillés comme leurs Enfants se retirèrent, petit à petit, de nos affaires, nous laissant libre de croître et progresser à notre volonté. Bientôt nos contacts avec eux ne furent qu'occasionnels : ils s'étaient réfugiés dans un endroit inconnu de nous, et caché à nos yeux. Nous croyons que les âmes les rejoignent après un séjour à l'île de Dahron.
Le temps passa, nos Clans grandirent, mais sans menacer l'équilibre de Dohan – car nous ne pouvons avoir qu'un nombre limité d'enfants. Mais bientôt, les Ganelën se réfugièrent à Neh'ryat, ayant sans doute lu dans les étoiles que le temps était venu pour eux de protéger leurs connaissances en s'exilant du monde... Nous n'avons pas su comprendre leur départ, car s'était un peuple silencieux, et leur amitié les liait surtout aux Grylën, aussi nombreux qu'eux et aussi peu loquaces. Nous pensons que leur départ fut précipité par la pression des Karlën, pour qui la connaissance – réelle ou supposée – de la trame du monde revêtait un intérêt particulier. Leur fuite les désappointa et les persuada du bien-fondé de leurs suppositions – que les Ganelën connaissaient le passé comme le futur, mais qu'ils désiraient garder cette connaissance pour eux. Mais c'était mal connaître les Ganelën et leur sagesse : eux pensaient que la vie d'un individu comptait peu face à l'intérêt de son Clan, qui comptait moins encore que l'intérêt du monde. S'ils possédaient la connaissance de la trame du temps – et nous pensons que ce n'était pas encore le cas –, ils ne l'auraient conservée par devers eux que si cela permettait de protéger le monde.
Il s'écoula encore un temps avant que Daban n'éveille une inquiétude dans le cœur des Essilën... mais les eaux des fleuves se déversant dans la mer perdaient leur pureté, et certaines charriaient déjà des immondices... Nous ne doutions hélas pas de leurs origines : les Karlën ne savaient respecter que leur intérêt propre, et d'autant mieux s'il était immédiat. Ils souhaitaient connaître le futur mais ne se préoccupaient pas de le faciliter... Et même les Grylën ne savaient comment traiter les déchets qui souillaient les eaux de Dohan. Nous décidâmes de convoquer un Conseil, pour les avertir de leur fait. Les Karlën firent profil bas, et tous nous réparâmes leurs dégâts. Mais notre confiance envers eux fut diminuée. Seuls les Grylën leurs accordèrent un pardon sans limite, et décidèrent de leur enseigner leur savoir – car eux étaient passés maîtres dans l'art de protéger leur lieu de vie, et connaissaient encore maintes autres choses qui intéressaient beaucoup les Karlën. Ainsi leurs enseignèrent-ils l'art d'allier les métaux, de fondre les pierres et d'en créer d'autres... Cela nous inquiéta, le Clan des Essilën et le nôtre. Non pas que nous craignons d'être surpassés par les Karlën, puisque les Grylën nous avaient aussi enseigné leurs talents, mais que nous nous rendions bien compte qu'utilisées à mauvais escient, ces secrets pouvaient être plus dangereux que bénéfiques. Et nous nous désolions aussi de voir le peu d'estime que les Karlën portaient aux Grylën. Cependant, nous fûmes distraits de notre inquiétude par la venue d'une autre donnée : un jeune Worlën, celui qui devint plus tard le Guide, découvrit lors d'une errance des êtres que nous ne connaissions pas... Ils étaient semblables à nous, mais n'avaient pas de Prinet'hao, et étaient plus petits. Ils ne possédaient pas de langage structuré, et connaissaient peu de choses du monde. C'était vous, les Hommes. |
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