Le temps passait. Trop vite, à mon gré. Nous approchions de la Doriath, le grand royaume Elfique. Le grand royaume protégé, que nul Ennemi, et même nul homme, ne pouvait approcher sans l'accord de la Reine. Protégé pas sa magie, ou que sais-je ? Dois-je appeler celà ainsi ? J'avais décidé de suivre mon Seigneur dans sa patrie. Je l'avais décidé malgré ses mises en gardes. Je ne pouvais m'empêcher, malgré tout, de craindre paour moi-même. Pour ma vie. Pour ma liberté. Je pouvais toujours renoncer. Prendre le chemin du Brethil. M'installer là-bas. Recommencer une nouvelle vie. Mais je continuais à suivre mon Seigneur, Eru seul sait pourquoi...
Lui aussi, semblait tendu à l'approche de son pays. Je n'avais pas besoin de lui demancer pourquoi. Je le savais. Il ne m'était jamais arrivé, à cette époque, de devoir annoncer à quelqu'un des nouvelles désagréables, mais je me doutais que celà ne devait pas être chose facile. Surtout d'annoncer ce genre de choses à un roi aussi puissant qu'Elu Thigol... Mais, curieusement, lorsque j'en parlai à mon Seigneur, il me regarda étrangement. - Sa Majesté, me dit-il ? Je redoute en effet la réaction de Sa Majesté. Je sais que je lui ferai de la peine. Et que je le mettrai en colère. Il se met souvent en colère quand il a de la peine. Question d'orgueil, sans doute. Et pourtant, Morgil, ce n'est pas, et de loin, ce que je redoute le plus. - Ah bon ? fis-je, tout en installant les pierres du foyer. J'attendis ensuite qu'il recommence à parler. - Nellas, soupira-t-il. Je ne sais pas, mais vraiment pas comment lui dire... Que Turin ne reviendra pas... Que Turin ne l'aime plus... l'a oubliée... ne l'a sans doute jamais aimée... Elle tenait à lui, Morgil. Pis encore, je crois qu'elle l'aimait ! J'eus un petit sourire moqueur. - Elle m'a l'air bien extraordinaire, à vos yeux, cette demoiselle ! Je ne m'y attendais pas, mais il réagit comme si je l'avais agressé. Il faillit même se mettre en colère. - Allons, Monseigneur, dis-je, ne vous emportez pas comme çà ! Je n'ai rien dit de mal. J'ai constaté, c'est tout. - Constaté ? il battit son briquet avec brutalité. Constaté quoi, Morgil. Sois plus explicite, et cesse de te moquer de moi. - Jamais je n'oserais, Monseigneur, mentis-je - mal ! Il s'assit à mes côtés tandis que je continuais : - Lorsque vous avez parlé à Neithan, au campement, et lorsqu'il vous a dit qu'il ne reviendrait pas... je n'aurais pas dû écouter, je sais... - Tu n'aurais pas dû, effectivement, répliqua-t-il froidement. Quel rapport avec Nellas ? - Vous avez toujours gardé votre calme, Monseigneur. Quand vous lui parliez du Roi, de la guerre, du de son devoir... quand il persistait à vouloir rester là-bas. Si j'avais été l'émissaire de son père adoptif, je me serais drôlement énervé, moi ! - Oui, mais toi, tu as mauvais caractère ! me rétorqua-t-il. Et d'ailleurs, je me suis énervé ! - Quand il a été question de la demoiselle ! Pas avant. J'avoue avoir trouvé çà bizarre? C'est comme ce soir. Vous vous inquiétez plus pour elle que pour votre souverain, et, à la moidre remarque de ma part, vous perdez votre calme. Il resta songeur un insatant, et secoua la tête - Tu as sans doute raison, mon ami. Tu commences à me connaître mieux que je me connais moi-même. Nellas... Ce n'est qu'une petite fille, à mes yeux. Une fille des bois, sans prétention, sans apprêts... - En celà, elle vous ressemble, Monseigneur, répondis-je. Vous saurez quoi lui dire...
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