Chapitre 33:
Les Chemins du Guide (4)
(par
Stéphanie, ajouté le 28/02/04 11:11)
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Nous ignorons qui vous a créé. Nul n'a pu le savoir, car vous ne saviez pas parler à cette époque, et vous étiez comme de petits enfants, désireux d'apprendre mais à la mémoire courte. Peut-être sont-ce les Enfants des Eveillés, qui voulaient avoir leur peuple à eux. Peut-être sont-ce les Eveillés eux-même. Ou peut-être êtes-vous l'évolution naturelle d'animaux que nous ne connaissons pas. Car Dohan est immense, et même nous, les Swerlën, n'en connaissons pas tous les habitants. Votre découverte fut importante pour nous, car nous savons reconnaître la trace des pensées chez les êtres vivants, et les vôtres étaient les plus complexes que l'on ai vu chez d'autres êtres que les Swerlën.
Les premiers des vôtres que le Guide découvrit étaient une petite tribu de chasseurs – une vingtaine d'individus, tout au plus, avec des armes rudimentaires, communiquant par grognements et par signes. Le soir tombait, et ils s'étaient installés aux abords d'un bois pour la nuit – trois enfants, huit femmes et neufs hommes. Je gage que la vision d'un " Homme-Sage ", comme vous nous avez nommés par la suite, bien plus grand que vous – surtout à cette époque, car vous avez grandi depuis –, armé d'un " bâton brillant " et accompagné d'un Worlën de taille impressionnante fut une source de terreur immense. Les vingts Hommes hurlèrent de terreur à les voir surgir du bosquet, et empoignèrent comme ils purent de gros bâtons. Mais le Guide su les amadouer – car c'était un sage, même s'il était très jeune à l'époque, et il excellait dans bien des domaines ; alors il chanta, doucement, paumes offertes, un chant que l'on utilise avec les animaux effrayés, d'abord comme pour lui-même, puis comme pour les englober dans sa musique... Et bientôt il fut entouré par les membres de la tribu, qui essayaient de chanter eux aussi. Il passa la nuit avec eux, toujours en chantant pour ne pas réveiller leur peur, et son Prinet'hao veillait sur les enfants. Le lendemain, il chercha à savoir s'ils connaissait d'autres de leurs semblables ; mais ils furent incapables de comprendre la question.
Il les mena alors à la Cité Verte, la capitale de notre Royaume, et cela ne fut pas sans difficulté, car même s'il avait apprivoisé les Petits, ils restaient effrayés par nous. Lors d'autres voyages qui nous fîmes dans les environs peu après, nous trouvâmes d'autres Petits, et nous dûmes parfois gérer vos différents. Nous nous chargeâmes de vous comprendre, et de vous enseigner les rudiments du langage. Vous évoluiez très vite, du moins à nos yeux qui ne voient pas le temps de la même façon que vous. Et nous vous aimions et nous émerveillions de vos capacités. Vous n'étiez pas sans surprise non plus ; car nous qui vivons longtemps laissons les choses mûrir, et savons attendre, alors que vous vous pressez pour accomplir vos souhaits, et quand le temps ne va pas assez vite, vous vous ingéniez à le précipiter pour atteindre vos fins. Cela nous amusa un temps ; mais l'inquiétude poindrait en nous, car cette caractéristique, les Karlën ne la possédaient que trop aussi. Cela, ajouté au fait que vous cherchiez à nous ressembler en tout, fit que nous étions divisés à votre propos. Devions-nous vous apprendre tout ce que nous savions, et faire de vous des répliques de nous ? Et cela en sachant que en votre chair, vous ne pourriez jamais devenir Worlën, ni posséder notre longévité ? Ç'aurait été vous vouer à une insatisfaction incessante, voire même à la quête d'une longévité à laquelle vous ne sembliez pas avoir droit – et qui peut prévoir le mal issu d'une quête insensée... Ou devions-nous vous laisser vous débrouiller seuls, maintenant, et forger vous-même vos vies ? Quitte à ce que votre évolution ne suivent pas une voie qui nous paraisse bonne ? Ç'aurait été prendre le risque de vous voir devenir comme les Karlën – que malgré notre parenté nous ne portions pas dans notre cœur. Les partisans des deux options s'affrontaient, parfois violemment, car le sujet nous tenait à cœur. Et quand devions-nous dévoiler votre existence ? Car nul autre que les Worlën ne savait que d'autres être capables de changer le monde évoluaient sur Dohan. Nous voulions vous apprendre à vous protéger d'abord, à connaître un peu le monde, à savoir le comprendre et y évoluer. Nous voulions que vous fussiez capables de connaître ce qui était bon et ce qui ne l'était pas, de savoir reconnaître les amis des ennemis. En cela, il nous semblait que vous n'étiez pas encore près. Mais quel risque prenions-nous à vous présenter aux Essilën et aux Grylën ? Eux auraient été ravis de faire votre connaissance, et ils étaient nos amis. Quant aux Karlën, plus tard ils apprendraient votre existence, mieux cela serait pour vous comme pour nous... Car nous craignions qu'ils n'aient dans l'idée de vous utiliser à leurs propres fins. En quoi nous n'avions pas tort... Car nous n'avions pas trouvé tous les Hommes. D'autres l'avaient été par les Prinet'hao des Karlën, qui ont la vue perçante. Et ils avaient fait comme nous : vous avait caché le temps de leur apprendre ce qu'ils souhaitaient, et surtout de trouver à quoi vous pouviez être utile – puisque pour eux tout ce qui existe doit nécessairement avoir une utilité, et si possible jouant en leur faveur. Et ils surent exploiter votre hâte et votre rapidité de réaction, la cultivant plutôt que cherchant à la tempérer, faisant naître en leurs nouveaux jouets une insatisfaction permanente... Oui, ils surent vous utiliser, et n'avaient pas autant de scrupules que nous. Mais ils ignoraient encore que nous avions formé des Hommes nous aussi... L'effet de surprise pour chacun de nous fut donc grandement diminué lorsque la guerre éclata, quelques vies d'Hommes après... |
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