Chapitre 33:
La guérisseuse
(par
Gurth, ajouté le 02/05/06 00:29)
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Valentine marchait en tête du petit cortège partit du manoir qui se rendait à la messe en ce dernier dimanche de l’Avent. Derrière elle venait Joseph, devisant avec Helmgaud. Après l’office, alors que l’assemblée se dispersait et que les occupants du manoir s’apprêtaient à s’en retourner, le curé s’approcha des trois nobles. Après avoir échangé quelques paroles avec Valentine, il se tourna vers Helmgaud. « Grand merci, seigneur, d’avoir demandé à nos frères bénédictins de célébrer avec nous la Noël cette année. Voudriez-vous partager notre repas ce midi ? Nous pourrions parler plus concrètement de votre ajout personnel à la célébration… » Pendant que Joseph et Valentine s’éloignaient, le père Erard ajouta à voix basse : « J’aimerais aussi évoquer avec vous quelques faits qui je crois sont maintenant d’importance… »
Becky donnait ses dernières instructions à Guy. Bernier, malgré quelques périodes agitées durant la nuit, dormait maintenant calmement. Elle avait refait son pansement. Il n’était plus nécessaire qu’ils soient deux pour le veiller, il se réveillerait probablement bientôt. La guérisseuse, frottant ses membres ankylosés par la veille, vérifiait s’il ne manquait rien aux herbes et vinaigres qu’elle laissait à Guy pour la suite des soins. « Je pense que le pire est passé… maintenant c’est à lui de vouloir encore vivre. Mais il est paisible depuis de nombreuses heures. Je vais retourner chez moi, j’ai besoin de repos, et hâte aussi de revoir Léo. Je passerai le prendre chez Berthe dès que j’aurai dormi un peu. Je lui expliquerai que ta présence est encore nécessaire ici. Pour Bernier… et Valentine » Guy sourit à ces dernières paroles. « Je repasserai demain matin, j’ai trop à faire cette après-midi, et tu en sais assez pour t’occuper de Bernier »
En sortant dans l’air froid, le poids de la fatigue s’estompa durant quelques instants. Elle avait assuré la seconde moitié de veille seule, pendant que Guy et Joseph dormaient. Joseph avait voulu rester avec elle, mais il pouvait encore moins aider Bernier que Guy ou elle-même. Et elle aimait la solitude de ces heures avant l’aube. Ils n’avaient plus passé de moments seuls depuis la veille, après le départ de Léo. Mais ce n’était pas important pour l’instant. Au manoir comme au village, Becky était « la guérisseuse », et c’était la seule face d’elle-même qu’elle était prête à dévoiler. Et Joseph avait pour le moment d’autres devoirs qui l’appelaient. Ils savaient tous les deux, c’est tout ce qui comptait. La seule personne qui la connaissait vraiment dans le village était Gayette. Elles étaient un peu comme des sœurs, et étaient devenues amies rapidement après l’arrivée de Becky au village. Parfois, alors que les dernières étoiles brillaient encore, Gayette frappait à sa fenêtre. Elles partageaient le même amour pour le lever du soleil, et les deux jeunes femmes s’asseyaient alors sur le pas de la porte du jardin, emmitouflées dans des couvertures, buvant leur tisane dans la brume matinale. L’hiver rendait ces moments plus rares, et Becky se réjouissait d’autant plus de leur après-midi ensemble. Si un jour Gayette devait ne plus être là, Becky ne resterait sans doute pas longtemps au village. Elle se remit en route, songeant qu’elle s’était rarement attardée aussi longtemps à un même endroit.
Au moment où elle soulevait son panier, elle vit arriver Mariette, la vieille nourrice de Valentine et son fils Colin. Elle leur expliqua brièvement les derniers évènements, et les envoya vers Guy, pour de plus amples explications. En quittant le manoir, elle entendit Mariette dire à son fils « Hé bé, m’est-avis que nous arrivons à point nommé ! » |
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