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Lidec et Erellig

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 34: Les Chemins du Guide (5)
(par Stéphanie, ajouté le 13/03/04 10:42)


- Nos relations en effet empiraient de nuits en nuits avec nos frères Karlën... Ce fut un âge terrible, duquel nous n'aimons pas parler... Ils avaient... ils savaient... ils manipulaient les êtres vivants. Ils les déformaient, mentalement et physiquement, par des voies que nous n'osons imaginer, pour les utiliser à leurs fins ; et en cela nous n'étions pas d'accord, car pour nous le respect des êtres nous inclinait à les laisser grandir à leur volonté, en les aidant peut-être, et les guidant parfois, mais sans imposer nos choix. Ainsi avions-nous agit avec vous, et voilà pourquoi plus tard, nous nous sommes retirés. Durant la Guerre des Clans, les Karlën utilisèrent les Hommes qu'ils avaient découvert pour les lancer contre nous, pensant nous prendre par surprise. Mais leur plan échoua à moitié – à moitié seulement, car nous ignorions leur découverte. Et tuer des Petits, dont nous avions élevés les frères, nous faisait horreur. Ah, si nous avions pu les sauver des Karlën ! Peut-être aurions-nous été plus efficaces, oui. Peut-être. Sans doute aurions nous moins hésité à ravager leurs rangs. Mais même alors... Les Karlën étaient nombreux, forts, et surtout ne reculaient devant rien. Et même les Trois Clans amis des Hommes réunis ne suffisait pas à endiguer leur flot. Les Grylën furent décimés. Décimés, eux les premiers, sans doute en raison de ce mépris que les Karlën avaient pour ces " faibles ", préoccupés par la beauté et la contemplation plus que par la valeur matérielle des choses. De cette perte nous ne nous sommes jamais consolés. Jamais. Nous avions été impuissant à sauver nos amis, même malgré eux – car ils refusaient de se battre, de blesser et de tuer pour sauver leur vie, et ils mouraient en pardonnant leur assassin... Seuls ont survécus quelques uns de leurs Prinet'hao, mais leurs descendants ont déclinés, pour finir comme celui de votre ami... Mais les Karlën avaient été trop loin. Notre rage avait décuplée, et alors que tout semblait perdu, la situation fut retournée... Peut-être faut-il y voir aussi une intervention de Rheldyr et Ranner, sans doute douloureusement atteints par cette attaque... En tout cas des Drakkes intervinrent. C'était la première fois que nous en voyions, car même au temps où nous apprenions des Eveillés, nous n'avions pu en approcher, et nous étions terrorisés. Les Drakkes de Morigana étaient énormes, terrifiants, et deux ont suffit à brûler toute la Plaine aux Cent Forteresses – et depuis, jamais rien n'a pu pousser sur ce que vous appelez Plaine des Cendres. Puis ils partirent, rejoindre les profondeurs de Dohan, mais la situation était maintenant retournée. Les Karlën furent vaincus... Mais notre victoire fut amère, car beaucoup parmi nos rangs étaient morts. Les Petits étaient maintenant plus nombreux que nous... Et notre déclin se précipita. Les Essilën se retirèrent rapidement panser leurs blessures dans les Îles au Ponant du Monde. Nous restâmes plus longtemps avec vous, car nous nous sentions responsables de votre devenir. Pourtant le Guide, qui était devenu notre chef, ne souhaitait pas s'éterniser ; il envoya donc certains des nôtres qui le désiraient préparer notre retraite dans la Forêt des Brumes, dont il avait choisit l'emplacement, et leur laissa le soin d'en préparer défenses et interdits. Pour ceux qui restèrent avec lui encore quelques vies d'hommes, leur volonté était de vous apprendre à... rester en contact avec nous... Nous nous occupions surtout de ceux qui désiraient rester dans les plaines et les bois : nul des vôtres ne s'étaient installés en montagne, et ceux qui vivaient près des côtes recevaient encore l'aide des Essilën. Nous avons préparé les Clairières, entraîné les premiers Adeptes, les premiers Sonneurs, déposés quelques Veilleurs là où leur présence était souhaitable, puis nous sommes partis... Nous vous avons alors observés de loin, emplis de fierté d'abord, puis de douleur et de doute ensuite en voyant que vous répétiez les mêmes erreurs que nous... Mais peut-être avions-nous trop perdu pied avec la raison humaine... Etions-nous coupables d'un trop plein d'espérance ? Votre chute était-elle écrite depuis le départ en vous, comme il en avait été pour nous ? Avions-nous cherché à la contrer alors que rien ne pouvait l'empêcher ? Je l'ignore... La réponse est peut-être dans la Mosaïque de Neh'ryat. Ou dans le Chant de la Mère. Nous avons tout fait pour chercher à l'enrayer ; mais de moins en moins des vôtres étaient aptes à devenir Adeptes, et sans doute les avons accablé de bien trop de charges qu'il n'était souhaitable... Et il en est de même aujourd'hui. Nous n'avons pas le choix. Le mal qui se profile concerne les Hommes, pas nous. Nous sommes trop peu pour nous impliquer physiquement à vos côtés. Et nos doutes ne sont pas assez étayés pour que nous sachions comment réagir. Certains d'entre nous, de plus en plus nombreux, souhaitent vous abandonner définitivement... D'autres, dont je fais partie, estiment qu'il nous reste encore des choses à accomplir avant de partir définitivement. Ce qui est arrivé à Lidec nous inquiète profondément...

Elle s'arrêta un moment de parler. Sa fourrure avait glissée sur ses épaules, et elle la resserra sans y prendre garde, songeuse, les yeux fixés au sol. Un merle sifflait, insoucieux de troubler sa réflexion, et un vent enjôleur insinuait l'odeur fraîche des mousses d'eau et du chèvrefeuille blanc... Areg aurait pu rester là une éternité, à simplement respirer, simplement voir, à répéter son intronisation – et que la Worlën tienne le rôle d'Elindaël ne l'aurait pas dérangé. Cela ne pouvait être qu'un rêve... depuis hier, tout ne devait être qu'un rêve... Une Worlën ; si Tähetär était là ! Et pourtant... il frissonnait, il respirait, il l'écoutait ; toutes ses sensations étaient réelles, ne pouvait qu'être réelles... Où est le rêve ? Où le réel ? Autant profiter du moment, pensa-t-il, et il résolu de poser le maximum de questions à cet être de légende qui se tenait devant lui.

- Pourquoi ?
La Worlën lui jeta un regard interrogateur. Ses pensées semblaient l'avoir menées loin de sa dernière phrase. Il reprit :

- Pourquoi Lidec vous inquiète ?

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.