Chapitre 35:
Les Chemins du Guide (6)
(par
Stéphanie, ajouté le 19/03/04 16:55)
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- Et bien... Sa situation est anormale, bien sûr : que l'âme de son père soit enfermée dans son corps, ce n'est plus chose courante ; à vrai dire, cela ne l'a jamais été. Mais il y a eu des antécédents. Durant la Guerre des Clans. C'était une des manipulations que les Karlën étaient parvenus à faire ; ils infligeaient ce traitement aux enfants de leurs meilleurs hommes de guerre, afin de ne pas perdre leur expérience. Avec plus ou moins de succès... - Plus ou moins... vous voulez dire qu'il risque de devenir fou ?
Areg ne connaissait pas bien Lidec, mais il l'appréciait quand même – même s'il ne pouvait se départir d'une certaine méfiance... Son père n'était pas un enfant de la Mère, et il menaçait de se réveiller... Et puis... il y avait autre chose sur laquelle il n'arrivait à mettre le doigt.
- On le serait à moins... Vous imaginez votre âme cohabiter avec celle de votre père dans un même corps ? Celle du père cherchant à dévorer celle du fils pour retrouver sa liberté ? Au temps de la Guerre, les Hommes qui subissaient ce sort, et que nous avions réussi à capturer, se tuaient eux-même, et c'était terrible à voir : ils se parlaient à eux-même de deux voix différentes, vociféraient, s'insultaient, puis s'écroulaient de fatigue, hagards, bavants, blêmes et suants... Ils gémissaient, émettaient des grognements, et reprenaient leur dialogue, avant de saisir la première chance qu'ils avaient pour se tuer. Nous ne pouvions rien faire, malgré nos efforts, pour soigner leurs âmes, ni pour en faire partir une, celle qui aurait dû mourir, car alors les deux alors s'unissaient pour nous rejeter de leur esprit commun. Même le Guide, qui pourtant avait exploré le premier les Chemins, était impuissant face à ce drame. Nous avons fini par implorer la Faucheuse pour qu'elle les accueille dans son bateau et les mène au repos... - Et Lidec... Devant son air effaré, elle secoua la tête : - Pas encore ; la principale différence, c'est qu'il a été élevé ailleurs, et autrement. Les Karlën inculquaient la même éducation au père et au fils, et c'est pourquoi ils refusaient de se séparer. L'âme de Lidec, par contre, est complètement différente de celle de Dunimac. Sa mère l'a sauvé, au prix de sa vie, et cela donne de la force à l'âme de son fils ; mais les Cendrés se rapprochent de lui, et un Innommable est avec eux... - Savez-vous qui sont ces Innommables ? Elle grimaça. - Je le crains. Les Karlën n'ont pas tous disparus, il ne faut pas se voiler la face. Affaiblis, moribonds, effrayés par la colère des Eveillés, les survivants ont dû se cacher. C'est ce qu'une partie de mon peuple, dont je suis, croit. Et ce que l'autre...
Elle leva soudainement la tête, muscles raidis, en attente. Areg fut saisi par cette étrange animalité qui se révélait en elle, tout autant que par une inquiétude sourde dont il ne pouvait déterminer la cause. Peut-être le vacillement de la clairière. Ou le reflet du doute de la Worlën. Elle s'était levée, et elle lui apparut comme il l'avait vue pour la première fois : la fourrure argentée la couvrait toute, et seul le bas de son visage pouvait se deviner dans l'ombre. Animale et au-dessus de toute humanité. Mystérieuse fascinante et effrayante.
- Partez, lui dit-elle d'une voix rauque. Je ne sais pas qui s'approche, mais partez.
Areg ne se posa même pas la question de savoir comment. Il refit le chemin en sens inverse, comme si cela était naturel, et réintégra ses souvenirs. Quand, à la lisière les séparant de ceux de la Worlën, il voulu se retourner, ce ne fut que la Clairière de Tähetär qui se trouvait devant ses yeux. Le Chantcours coulait tranquillement, et la petite maison de son maître avait ses fenêtres grandes ouvertes, où les dernières églantines des jardins souriaient au rebord.
Tähetär l'attendait en jouant de la harpe... Clair de lune... |
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