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Le Barde du Beleriand : L'erudit d'Oxford

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 36: Luthien.1.
(par michele huwart, ajouté le 01/09/08 19:41)


Je me réveillais doucement dans la chambre encore obscure, la main valide de mon époux toujours entre la mienne. Sa main valide, car l’autre était morte, sans doute à jamais selon le chirurgien. « La balle qui l’a touché à l’épaule a fait de gros dégâts. Les nerfs ont été sectionnés. Nous avions d’autres priorités que de sauver son bras. Il restera probablement paralysé. A vie. S’il vit. »
Il vivait. Sa respiration restait laborieuse, douloureuse, mais son cœur battait plus régulièrement. Ou plutôt, moins irrégulièrement. Il tenait bon, malgré la faiblesse, malgré la souffrance, malgré son poumon blessé. Il tenait bon depuis moins de deux jours, mais chaque seconde gagnée nous semblait un miracle. Etait un miracle. « Il y a très peu d’espoir » avaient dit les médecins par l’intermédiaire d’Amel qui traduisait. « Il a pour lui sa jeunesse, son bon état général, et sa volonté de vivre. Pour le reste… » Le reste, c’était la perte du quart de sa capacité pulmonaire, un risque constant d’hémorragie, d’infection, un cœur qui pouvait s’arrêter de battre à chaque instant. Qui s’était à plusieurs reprise arrêté de battre. La première nuit. La nuit où il m’attendait.
Il gémit faiblement. J’effleurai tendrement sa joue. Cela ne calmait pas ses douleurs, hélas. Cela lui permettait juste, peut-être, de comprendre dans son sommeil que j’étais là. Que je tenais à lui. Qu’il fallait qu’il se batte. Contre vents et marées. A tout prix.
La main de Sir William serra mon épaule. Il était resté, pour une deuxième nuit de veille. Pour me permettre de dormir un peu. Et à l’encontre du règlement. « Les relations peuvent parfois être utiles » avait été sa seule explication.
- Il passe une bonne nuit. Bien meilleure que la première.
Bien meilleure ? Pire aurait été impossible, de toute façon.
- Les médecins sont très pessimistes, dis-je d’une toute petite voix.
- Pas moi.
Il approcha sa chaise de la mienne, en prenant garde de ne pas faire de bruit. Avec des gestes tendres et précis, il épongea le front en sueur de mon aimé, humecta ses lèvres crevassées. Je crus qu’il allait l’éveiller, mais Corwin se contenta de gémir à nouveau, dans son sommeil.
- Je traverse les guerres depuis des millénaires. Des blessés, par le fer et par le feu, j’en ai vu beaucoup. Je m’en voudrais de vous donner de faux espoirs, et je puis me tromper, mais mon expérience me dit qu’il vivra.
Son expérience, ou son espérance ? Il ne voulait pas le voir mettre en terre.
- Il lui manque la moitié d’un poumon. Il a le cœur atteint. Il a une épaule en miettes, et le bras paralysé.
- Son cerveau est intact. Tout comme son âme.
Il se mit à fredonner telle une berceuse un chant étrange , dans une langue plus étrange encore. Un chant dont je ne comprenais pas les paroles. Un chant d’amour, et de mort, et de vie. Je me laissai aller à pleurer en silence dans la semi-obscurité de la chambre, éclairée par les néons du couloir tamisés par des rideaux blancs, et pat la lueur verte et intermittente du moniteur cardiaque.
- Que va-t-il devenir, Sir William ? S’il ne meurt pas, si vous avez raison, que va-t-il devenir ?
Il m’attira contre son épaule. Chaleureux. Affectueux. Paternel.
- Ambassadeur de Grande-Bretagne. Et le père de vos enfants.
Le père de mes enfants, d’enfants qui lui ressembleraient, qui comme lui…
- Il adorait grimper. Sur tout et n’importe quoi. Sur les montagnes, surtout. Il a escaladé le Cervin, vous savez. Il rêvait d’aller dans l’Himalaya…
Il était allongé, inerte, sur un lit d’hôpital algérois.
- Tous les rêves ne se réalisent pas, Catherine. Celui-là est perdu pour lui. Mais il en aura d’autres, qu’il réalisera. Il représentera la Reine auprès de grandes nations, empêchera peut-être des conflits, fera sauter vos enfants sur ses genoux et leur chantera des chansons.
Des chansons… la voix de Corwin reprenant Jim Morrison dans le vent des Highlands.
- Des chansons… des chansons sans guitare…
Il se remit doucement à chanter son air d’autrefois, sa chanson du Beleriand. La chanson de Luthien. Luthien dont l’amant avait reçu une flèche en plein cœur, et avait survécu, par ses soins et par son amour.
- Mes frères étaient des imbéciles. Vous êtes Luthien, mon enfant. Ce sera de nouveau le printemps. Et vos enfants, peut-être, me feront oublier ceux dont le sang a souillé nos mains.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.