Chapitre 36:
Leurs Majestés
(par
michele huwart, ajouté le 14/06/04 15:43)
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Et c'est ce que je fis. Je le suivis. je n'avais pas le choix, de toutes façons. Je le suivis, gorge nouée, au long de couloirs sonbres d'abord, puis éclairés d'une lumière douce. Couloirs décorés de multiples miroirs multipliant mon image à l'infini. Ainsi que de pots de fleurs multicolores et variées, roses, azalées, amarillys, d'autres encore dont je ne connais toujours pas le nom. Toutes ces fleurs, ainsi que la jonchée fraîche constellée d'herbes arômatiques répendaient dans l'air un parfum suave, à la fois tendre et entêtant. Tout, jusqu'à mon compagnon, dont je ne savais s'il était mon guide ou mon geolier, respirait le calme, la beauté...
Et j'entrai dans la salle du trône... Salle du trône sans jonchée ni fraîcheur... Salle du trône dominée par deux personnages vêtus d'argent, aux cheveux sombres retenus par des couronnes aux motifs entrelacés. Deux personnages aupieds desquels se trouvait, seul, mon Seigneur. Mais un Seigneur méconnaissable, vêtu d'une robe de Cour gris pâle, qu'il portait avec autant de naturel que ses frusques élimées de chasseur. D'un sourire, il me fit signe d'approcher. Il me présenta alors aux souverains, tandis que mon guide s'ecclipsait sans bruit. Je baissai les yeux, et mis genoux en terre. - Relève-toi, Morgil, fils de Personne. La voix était franche. Sonore et impérieuse. Impossible d'y désobéir. La voix d'un Roi. - Relève-toi, et redresse la tête. Que nous puissions voir ton visage. Je m'exécutai. Que faire d'autre, encore une fois. Je me redressai, et levai les yeux vers les souverains de Doriath. Espérant contre tout espoir qu'ils ne me demandent pas de parler. Du moins, pas tout de suite. J'étais tétanisé. Non plus par la peur, mais par la majesté qui se dégageait de ce couple peu ordinaire. Du Roi. Grand, magnifique et sans âge. Et surtout de la Reine. Car si le Roi dégageait une incroyable puissance, celle-ci restait matérielle, charnelle. Concevable. Tandis que son épouse... Sa Majesté était belle. D'une beauté intemporelle, à couper le souffle. Inhumaine. Inhumaine, tout comme le pouvoir que dégageait sa personne. Qu'au demeurant, je ne ressentais pas hostile. Non. Seulement inconcevable pour un être de chair. Il me semblait que la distance qui la séparait du Roi équivalait à celle me séparant de mon Seigneur. Elle était... Elle était divine, mais pas au sens que l'on donne habituellement à ce mot lorsq'on parle d'une femme. Divine au sens premier du terme. Quoi que pourraient penser de mes mots certains, qui me taxeraient pour celà de blasphémateur. Une Maïa, me diraient-ils, n'est pas un dieu, car Eru est unique. je leur répondrai qu'ils n'ont jamais senti posé sur eux le regard de la Reine de Doriath... Ni entendu le son de sa voix. car ce fut elle qui parla. - Vous avez eu un bon avocat, Morgil, fils de Personne, dit-elle, penchant la tête vers mon Seigneur. Encore une fois était fait mention de ma bâtardise.... - Un très bon avocat, continua-t-elle de sa voix grave et pure. Il me semble que nous vous devrions des remerciements. Le Roi et moi sommes très attachés nos sujets. A certains, particulièrement. Cependant... Voilà... nous y étions... "Cependant je ne suis qu'un humain qui n'a rien à faire en Doriath. de plus, un moins que rien, un homme-loup, un... " - Cependant, reprit-elle, il me semble que Beleg, dont je ne mets pas la parole en doute, ait omis certains passages de votre aventure. N'est-ce pas, Capitaine ? Mon Seigneur rougit, mais ne se laissa pas démonter par les paroles de la souveraine. - Il est impossible, répondit-il, respectueux, de cacher quoi que ce soit à la sagacité de Votre Majesté. La Reine sourit, se retourna à nouveau vers moi. - J'aimerais donc, ainsi que le Roi mon époux, entendre votre version de l'histoire, Morgil. Je lui fus reconnaissant de ne pas avoir ajouté, cette fois "fils de Personne". La bâtardise est un fardeau bien plus lourd à porter si on vous la rappelle sans cesse. - Votre version complète, renchérit le roi, en insistant sur le dernier mot. Ne tentez pas de nous cacher quoique ce soit, mon garçon. La Reine le devinerait immédiatement. Et je risquerais de très mal le prendre. Je me tournai vers mon Seigneur, cherchant de l'aide. Il me fit comprendre d'un geste d'impuissance que je devait m'exécuter. Il n'y avait rien à faire d'autre. Rien.
Je me doutais bien de ce qu'avait omis mon Seigneur dans son récit. J'espérais aussi qu'il me soutiendrait, lorsque j'avouerais aux souverains de Doriath mon rôle dans les tortures qu'avait subi leur capitaine, ou que je leur ferait part de l'attitude de leur fils adoptif. Je lui jetai un nouveau coup d'oeil, désespéré. Il m'encouragea d'un sourire, et d'un "Je te demande pardon, Morgil. mais tout ira bien". Je pris une profonde respiration, et commençai mon récit. - |
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