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Conte de Noël : Valentine

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 37: Colère
(par michele huwart, ajouté le 10/06/06 10:32)


Valentine s'affairait dans la cuisine, Mariette à ses côtés. Mariette... sa nourrice était le dernier vestige de son enfance, de son insouciance à jamais disparue. Elle l'avait élevée, bien plus que sa mère, morte trop tôt... seulement, si Mariette pouvait être un soutien, une épaule accueillante, elle n'en était pas moins à son service à elle, Valentine. C'était elle, maintenant, et jusqu'à la mort, la responsable du domaine, la Dame du village. A partir de maintenant, et jusqu'à la mort...
Et toute seule...
Elle bénissait les oignons. Ils étaient providentiels, lorsque l'on voulait pleurer sans perdre la face. Comme à présent. Pleurer non seulement de chagrin, mais de rage. Elle en voulait à Bertrand. Elle lui en voulait de toutes les fibres de son corps. Il l'avait laissée, abandonnée, seule, quasi veuve et encore enfant, pour poursuivre des chimères. Construire un royaume à Jérusalem... Et gagner là-bas ce qu'il n'avait pas, ici...
Alors qu'il avait tant ici...
Il avait les forêts et les champs. Les ruisseaux se faufilant à travers les roches. La traite des vaches au petit matin. Il y avait le goût du jambon fumé, celui des truites fraîchement pêchées et de la bière de la Lamberte. Il y avait Lamberte, justement, et Robert le Drapier, et le Père Erard. Et Guy, Baptiste et Pierre, qui avaient partagé ses bêtises de gamin.
Il y avait son serment d’allégeance au Seigneur de Léglise.
Tout cela, tout le reste, comptait-il pour si peu ?
Comptait-elle pour si peu ?
- Je peux aider ? fit une petite voix à côté d’elle.
Elle rabroua l’enfant, qui se tourna vers la nourrice.
- J’ai fait quelque chose, Mariette ?
- Rien du tout. Va jouer, Louis. Valentine a des ennuis, c’est tout.
« Des ennuis » ! Mariette osait qualifier la situation d’ « ennuis » !
La jeune fille trancha violemment un oignon en deux.
- Non ! fulmina la jeune fille. Je n’ai pas d’ « ennuis ».. Pas plus que toi quand ton Bastien est mort. Mais toi, ta sœur ne t’a pas laissé tomber comme une vieille chaussette pour courir après le vent, quand tu étais en deuil !
Elle se leva brutalement, et sortit dans la cour, sans même prendre la peine de se couvrir.

- Valentine ?
- Quoi encore ?
Joseph lui drapa son manteau sur les épaules.
- Vous allez prendre froid.
Elle eut un geste de dépit.
- Et alors ? Je n’intéresse plus personne, de toutes façons.
- Vous dites des bêtises.
Elle tapa du pied comme une petite fille en colère. Qu’était-elle d’autre, d’ailleurs, qu’une petite fille en colère ?
- Pourquoi, Joseph ? Ou devrais-je dire « Messire Baron » ? Pourquoi ne m’avez-vous pas dit que Bertrand, s’il était bien en vie, ne reviendrait… jamais ?
- Parce que je n’en savais rien.
Il la prit par les épaules, la secoua.
- Valentine ! Faites moi confiance ! Je ne savais pas… mon pauvre garçon savait, et ça le rongeait, comme le reste ! Mais il ne m’a rien dit. J’ai toujours cru que Bertrand restait là-bas… provisoirement. Qu’il rentrerait chez lui. Qu’il voulait seulement …
- Reconstruire ?
Joseph baissa les yeux. Et Valentine laissa lentement retomber les bras le long de son corps.
- Bernier aurait aimé rester là-bas, pour « reconstruire »… après ce qui s’est passé. mais il avait à faire… ici.
- Il est .. il est revenu… pour moi ? demanda-t-elle, incrédule. Pour moi, qu’il ne connaissait pas ? Pour me dire…
Le chevalier attira la jeune fille contre lui.
- Pour vous transmettre un dernier message, de la part d’un garçon qui vous aimait. Plus que sa vie. Et que Bernier avait appris à aimer comme un frère.
- Il est ici, murmura Valentine, alors que Bertrand devrait y être à sa place. Ils n’ont pas grandi ensemble, Lambert et lui… je veux dire… Lambert venait seulement ici de temps à autre… mais ils étaient amis depuis le berceau… Oh… pardonnez moi, Joseph…
Les larmes débordaient de ses paupières, qu’elles s’efforçait désespérément de maintenir closes pour les contenir.
Et lorsque, n’en pouvant plus, elle ouvrit les yeux…
… la bête était là. A dix pas d’eux.
- Ne bougez pas, chuchota Joseph, la main sur la garde de son épée.
Valentine ne l’écouta pas. Elle tendit la main vers le loup. Et l’anomal s’approcha, rampa un instant dans la neige, se remit sur ses pattes, et repartit vers la forêt d’Anlier.

Joseph songea que le loup devait avoir le don de seconde vue, pour s’être précisément rendu à l’endroit même ou demeuraient les chasseurs qui voulaient sa peau, lorsqu’eux-même envahissaient son territoire.

Voir le chapitre 37 sur 41



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.