Chapitre 38:
La chambre
(par
michele huwart, ajouté le 10/07/04 18:54)
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J'étais fatigué. Trop de tension, trop d'émotions, sans doute. Je me sentais prêt à piquer du nez dans ma soupe. Je me forçais pourtant à garder bonne contenance. Ces Elfes auraient été trop heureux d'avoir des raisons de critiquer mes manières. Mais le vin contribuait à m'assommer, lui aussi. Il était bon, pourtant. Le meilleur que j'aie bu jusque là. Mon voisin de table me resservit. J'aurais dû dire non. Je ne le fis pas. Il avait un goût de miel, ce vin. De miel et de framboises mûres. Le garde royal me parlait. Cherchait à me faire parler, aussi. De moi. Que pouvais-je lui dire de moi ? Ce que j'avais dit au roi et à sa Dame ? Celà ne le regardait pas. Je grommelai que j'avais échangé une vie d'esclave contre une vie de coupe-jarret. Mais que je désirais autre chose. Servir, peut-être. Je devais vraiment avoir trop bu pour dire çà ! Mener une existance d'honnête homme, je le voulais vraiment. mais servir ? Moi ? Moi qui n'avais jamais rêvé que de gloire et de liberté... Je sentis une main se poser sur mon épaule. J'entendis une voix me dire "Viens". J'obéis. Je quittai la salle des gardes, suivant mon Seigneur. De nouveaux couloirs... Encore ! Ce palais était un vrai labyrinthe ! Je titubai... sentis qu'on me retenait. Baffouillai des excuses. J'entendis le rire clair de mon Seigneur, se remarque sur la modeste capacité des humains à tenir l'alcool. Je voulus répliquer, mais ne trouvai rien à lui dire. Ce soir-là, peu de verres avaient suffi à m'assommer.
Je me retrouvai bientôt dans une chambre, petite mais claire. Les meubles étaient sobres, mais la jonchée répendait un parfum apaisant. - Tu es chez toi, me dit mon Seigneur. - Chez moi ? fis-je, incrédule. - Ce sera ta chambre durant ton séjour à Menegroth. Devant mon air ébahi, il ajouta : "Elle ne te plaît pas ?" Je restai un moment sans voix. Jamais, de toute ma vie, je n'avais eu de chambre à moi. Rien de plus qu'une paillasse dans un couloir, du vivant de mes premiers maîtres. Dans l'étable, sous les suivants. Je regardai le lit de bois clair tendu de lin immaculé. Le broc et la cuvette de porcelaine blanche liserée de bleu posés sur la table au nappage assorti. Le... pot de chambre assorti de même. J'ouvris le coffre de rangement. J'y trouvai plusieurs tuniques, des chausses. Une veste. Une cape de laine. Une chemise de nuit moelleuse, telle qu'en portait mon premier maître. Je regardai mon seigneur comme un gamin émerveilé. - C'est... bredouillai-je. Je... C'est pour moi ? - Et pour qui d'autre ? sourit-il. Tu avais bien besoin de vêtements neufs. A ta place, je m'empresserai d'enfiler cette chemise de nuit que tu tiens à la main. Et de me mettre au lit. - Je... merci. Pourquoi ? Les craintes qui avaient été miennes quelques heures plus tôt me revinrent à l'esprit. Je voulus en faire part à mon Seigneur. Me ravisai, craignant qu'il me prenne pour un imbécile. - Tu es l'hôte de Leurs Majestés. Et le mien. Repose-toi, Morgil. Ce soir, j'ai à faire. Je perçus un voile de crainte dans sa voix. Nellas... parler à Nellas... voilà ce qu'il avait à faire !
Je drvrais dire que j'ai merveilleusement dormi, cette nuit-là. Ce ne fut pas le cas. Pas que je me tracassai pour mon Seigneur et Nellas. Son coeur lui dicterait les mots qui apaiseraient la peine de la jeune fille, j'en était sûr. Non. Plus prosaïquement, je n'avais pas l'habitude de dormir dans un lit. Pas l'habitude des oreillers moelleux, ni des édredons de plumes. J'étais bien, au chaud. En sécurité comme jamais je ne l'avais été de ma vie. Et c'était ce sentiment même de sécurité qui m'empêchait de dormir. Je somnlais. Me réveillais, me croyant dans un rêve. Me tournais et me retournais. Pour un peu, je me serais couché par terre... mais ç'aurait été manquer de reconnaissance à mes hôtes... Ce ne fut qu'au petit matin que je sombrai dans un sommeil de plomb. |
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