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Le Barde du Beleriand : L'erudit d'Oxford

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 39: Luthien.4.
(par michele huwart, ajouté le 06/09/08 11:27)


Or donc, Priscilla Brandybuck resta liée à Ronald et son épouse bien après la fin de la guerre. Jusqu’à sa mort, en fait, durant le blitz de Londres. Quant à moi, je suivais de loin en loin la carrière et les travaux de l’enseignant qu’il était devenu. Plus, je l’avoue, les travaux officieux que les travaux officiels. Je lui fournissais, de temps à autres, quelques fragments de texte retrouvés ça et là. Je voyais, au fil du temps, l’histoire des miens et de leurs descendants reprendre vie sous sa plume. Je voyais mon monde renaître, et cela me rendait heureux, comme me rendaient heureux les rires des enfants jouant à cache-cache entre les statues du jardin. Peut-être est-ce en me voyant sourire lors d’un barbecue estival que Priscilla, ma très, très chère amie Priscilla, comprit enfin ce qu’elle devait faire du vieux « Livre rouge » dont, d’ailleurs, la couverture était bleue, que sa famille tenaient comme plus précieux que la Bible. Elle m’en fit part, avec une timidité qui lui était peu coutumière. Elle vint, un soir, sans s’être faite annoncer. Elle débarqua dans mon bureau et posa sur la table le vénérable ouvrage, qui n’était d’ailleurs que la copie d’une traduction, de la traduction d’une copie de l’original.
- Voilà ! Dit-elle, avec un regard de petite fille prise en faute.
Je pris le livre, le feuilletai, lui demandai ce qu’elle comptait en faire.
- La même chose que vous, répondit-elle. Je veux dire, la même chose que ce que vous faites des archives des vôtres. Le donner à Ronald. Advienne que pourra.
Je sonnai ma gouvernante, la grand-mère de l’actuelle, et lui demandai de nous monter une bouteille de Veuve Cliquot.
- Ainsi donc, vous ne me désapprouvez pas ?
- Au contraire, Priscilla. Au contraire ! L’heure est venue de révéler cette Histoire au monde.
Mû par un désir subit, je l’embrassai, et elle se laissa faire. Et cette nuit-là, pour la première et unique fois, nous fîmes l’amour, sous les étoiles, près de la fontaine au dragon.

- Sir William !
Ma voix sonna comme un reproche. Ses paroles m’avaient choquée. Il n’était pourtant question que de sexe entre adultes consentants. Mais c’était plus fort que moi : je ne pouvais imaginer mon patron en train de faire l’amour. Surtout de faire l’amour avec une vieille fille grisonnante et rondelette comme l’était à l’époque Priscilla Brandybuck, dont j’avais vu le portrait au manoir.
- Ca vous étonne tant que ça, Catherine ?
- C’était votre amie, bafouillai-je, cherchant du regard le soutien de Corwin.
Mais mon époux restait immobile, les yeux clos, et le visage serein.
- C’était mon amie, et elle n’était ni jeune ni belle. Est-ce pour ça que je ne pouvais l’aimer ? L’amour physique, et l’amour tout court, ne sont pas la chasse gardée de la jeunesse. Et, croyez-moi ou non, cette nuit-là, j’ai aimé Priscilla, et elle était plus belle que Luthien en personne. Vous comprendrez, plus tard, lorsque votre Corwin aura des fausses dents et les cheveux gris.
Je me mordis les lèvres au sang, et serrai les paupières pour retenir mes larmes; des fausses dents et les cheveux gris ! Mon Dieu, faites qu’il ait un jour des fausses dents et les cheveux gris. Qu’il vive, mon Dieu, qu’il vive !
Il aurait troujours les plus beaux yeux du monde.
- Il s’est endormi, je crois.
- Alors, laissons-le dormir, mon enfant.










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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.