Chapitre 4:
Celeluwhen... amoureuse?
(par
Celeluwhen, ajouté le 29/06/03 23:32)
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Journal de Celeluwhen 22 Nàrië 3017 du 3e Âge Imladris
Pauvre petit Seronist ! Depuis ce matin, il est tout chamboulé ! Je me demande bien pourquoi. Ça doit être ma réaction à propos de l’Ainulindalë qui l’a secoué. Mais, encore là, pourquoi en faire tout un plat ? Mon scepticisme n’est qu’un avis d’étudiante, après une première lecture, pourquoi, pourquoi s’en soucier tant ? De toute façon, après mûre réflexion, c’est probablement lui et ses innombrables savants qui ont raison, puisqu’ils sont si nombreux à avoir cru, appuyé et enseigné cette explication du commencement d’Arda. Je dois bien être la première et la dernière à ne pas croire à l’Ainulindalë, et mon avis sera bientôt oublié au profit de la foi raisonnable d’un quelconque grand historien. Tant pis !
Seronist n’en est pas moins bouleversé... Dame Arwen et moi sommes arrivées au scriptorium, comme à notre habitude, à la troisième heure depuis le lever du soleil, pour sa leçon de Quenya. Nous y avons trouvé Seronist, fouillant avidement l’étagère des livres d’histoire. Je laissai Arwen en sa compagnie, et allai m’asseoir pour étudier un peu la Bataille de la Dernière Alliance près de la fenêtre qui donnait sur l’Est et qui laissait entrer à cette heure-ci de tièdes rayons de soleil. Arwen vint me rejoindre quelques instants plus tard. Elle m’expliqua que Seronist avait annulé sa leçon, et je compris qu’il était trop absorbé par ses recherches pour se concentrer sur la littérature Quenya. Elle me demanda ce qu’il cherchait, alors que j’allais justement lui poser la même question. En haussant les épaules, elle sortit répéter sa harpe, me laissant attendre ma leçon d’histoire, si elle avait lieu, avec mes courageux guerriers et ce peu sympathique Seigneur des Ténèbres. Après quelques minutes, je refermai mon livre, puisque je l’avais déjà relu et que j’en avais saisi l’essentiel.
Je me dirigeai vers l’étagère où Seronist avait déposé, il y a quelques jours, les fameux manuscrits de la bibliothèque du Gondor. Je n’avais pas encore trouvé le temps de les feuilleter, puisque, ces derniers temps, j’avais passé le plus clair de mon temps libre à tenter avec un succès discutable d’interpréter un air de la Lothlòrien pour la flûte. Les sept nouveaux livres avaient été disposés côte à côte et un peu à l’écart des autres. Près d’eux avait été laissé un parchemin sur lequel étaient inscrits six titres, de la main de Seronist ; les tomes I et II de «De l’astronomie stellaire», «Flore curative de l’Ouest des Monts brumeux», «Des oiseaux des forêts septentrionales», «Hommage à Aulë; traité de géologie structurale»,et pour finir, qui me fit sourire,«Vie et moeurs des cousins de marais, ou l’éloge de la démangeaison». Je constatai, évidemment, que ces titres correspondaient à ceux des bouquins sur l’étagère. Par curiosité, j’ouvris le dernier volume, mais le refermai aussitôt avec horreur à la vue d’une illustration d’une facture exceptionnelle démontrant avec une précision inouïe toutes les plaies différentes que peuvent infliger les cousins.
En reposant cette horreur avec un haut-le-coeur, je constatai qu’un des livres n’était pas recensé sur la liste. J’essayai d’en lire le titre, mais il m’apparut écrit de symboles que je n’avais jamais vus auparavant, plus carrés et réguliers que ceux dont j’avais l’habitude. Quels étaient donc cette langue, ces symboles ? J’avais déjà entendu dire que la bibliothèque du Gondor gardait en son sein des ouvrages des rudes hommes du Sud et de l’Ouest, plus encore que celle d’Imladris, pour conserver leur culture, bien qu’elle soit peu développée et leur langue, barbare. Peut-être Seronist en avait-il demandé un exemplaire, pour une raison obscure? Alors, il savait le lire, bien sûr ! Peut-être le texte était-il écrit différemment du titre? Peut-être même lisiblement... Je l’ouvris avec espoir. Oui ! Les pages étaient écrites d’autre façon, zébrées verticalement de gribouillis semblables à des pattes de mouches, si bien que je crus un instant avoir découvert un second ouvrage à propos des cousins. Et non, bien sûr, tout cela était illisible. Je me résolus à aller nourrir ma curiosité quasi insatiable auprès de Seronist.
Je m’approchai de l’étagère derrière laquelle il était encore accroupi, feuilletant, avec une impatience fébrile, plusieurs livres à la fois, ou c’est ce que j’eus l’impression de voir. Il semblait prostré au milieu de nombreux livres placés pêle-mêle par terre. Il ne remarqua pas mon arrivée, et je dus murmurer son nom pour qu’il lève la tête ;
«Quoi ?»
Il s’était exclamé cela sèchement, mais quand il s’aperçut que c’était moi qui l’avais appelé, il se radoucit et me sourit.
«Qu’y a-t-il, mon enfant ? -J’ai trouvé ce livre, et je me demandais si...»
Il prit l’objet de mes questionnements et écarquilla les yeux.
«Où l’avez-vous trouvé ? -Parmi les manuscrits du Gondor. -Merci ! Merci...»
Devant mon incompréhension encore accrue depuis sa réaction pour le moins étrange, il répéta simplement ses remerciements d’un air ravi. Alors que j’ouvrais la bouche pour le questionner longuement sur les symboles du livre, sur l’objet de ses recherches ainsi que sur ses remerciements selon moi immérités, il rit et me serra dans ses bras comme il ne l’avait jamais fait, avec une reconnaissance pour moi inexplicable, et, sentis-je, avec un amour différent de celui qu’il m’avait toujours porté. Avant que je ne puisse l’interroger sur ce comportement vraiment bizarre, cette fois, il partit d’un pas rapide dans la direction de sa chambre, me laissant plus hébétée que jamais, et avec en plus son désordre sur les bras.
Je relevai mes jupes pour m’asseoir par terre, et commençai à ranger distraitement ses livres. Je repassai en pensée ma matinée, qui se résumait en fait à un tas de questions sans réponse. Ce qui me chicotait toutefois le plus était de savoir si Seronist m’aime d’amour. Je terminai mon rangement, et maintenant je me confie à toi, cher journal, qui comprends toujours si bien toutes mes émotions. Et s’il m’aimait vraiment ? Il m'a serrée d'une façon si... Oh, c’est indicible ! S’il m’avouait ses sentiments, que répondrais-je ? Au fait, est-ce que je l’aime, moi ? Je dois dire qu'il est beau, et qu'il serait parfait pour moi. Voyons, Celelu, tu sais bien qu’il est présentement des questions bien plus importantes qui devraient te préoccuper plus que celle-là, mais... En plus, folle que je suis, je fonde des soupçons sur une simple accolade ! Seraient-ce des espoirs ?
Ah, la cloche du repas de midi vient de sonner, je vais manger, et je ne devrais plus repenser à cela. Quelle étrange période dans la vie d’une femme que son adolescence !
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