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La naufragée d'Orient

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 4: première alerte
(par Cécile C., ajouté le 23/06/03 23:17)


Comme ils l’avaient prévu, les affaires extérieures ne s’améliorèrent pas dans les jours qui suivirent, et la garde de la reine les reçut plutôt froidement. Cela faisait déjà quelques siècles qu’on faisait en sorte que les étrangers contournent les frontières au lieu de troubler la paix qui régnait en Lórien, et pour cette raison, les deux frères avaient tout d’abord caché qui était le but véritable de leur requête. Il advint qu’un jour où le regard mélancolique et lointain d’Anh Ni avait particulièrement ému Carangil, celui-ci se risqua à mentionner devant les gardes l’existence de l’inconnue qu’il avait recueilli. Comme il l’avait escompté, ils changèrent d’attitude aussitôt. Quant à lui, il comprit tout aussi vite qu’il aurait mieux valu attendre.
Avant qu’il ait eu le temps d'expliquer quoi que ce soit, les portes s’ouvraient devant lui et on le traînait le long d’une interminable échelle. Il termina dans une salle annexe où on le fit attendre debout, sous le regard des deux gardes silencieux.
Cela dura très longtemps et il ne fut pas autorisé à parler, jusqu’au moment où on l’amena enfin dans une salle vaste et lumineuse, où l’ombre des branches de l’arbre formait sur le sol une dentelle sombre et ondulante. Il s’aperçut que la reine Galadriel était là en personne et qu’elle n’avait pas l’air si occupée qu’on l’en avait assuré. Il salua et attendit qu’elle parle.
— Ainsi vous attendiez une audience, dit-elle.
— Je suis confus d’abuser de votre temps, ma Dame, répondit Carangil.
— Le temps ne fera plus défaut, dit Galadriel. Les affaires s’aggravent et il m’importe de préserver la tranquillité de Lórien. Puisque d’autres veillent sur l’ombre qui grandit dans le Sud, j’ai le loisir de protéger mon royaume. Dorénavant je veillerai à ce qu’aucun n’y pénètre qui pourrait troubler la tranquillité des bois. A présent dites-moi, Carangil, quelle nécessité vous amène ?
Carangil commençait à chercher ses mots, lorsqu’il lut dans le regard de la reine qu’elle ne tenait qu’à lui faire dire quelque chose qu’elle savait déjà. Il se retrouva d’un coup démuni de toutes les excuses qu’il avait pu trouver.
— Pourquoi avez-vous caché la présence de cette étrangère, Carangil ?
— Nous l’avons seulement accueillie chez nous, répondit-il en se demandant comment, accoutrée comme elle l’était, Anh Ni avait pu continuer à passer inaperçue tout ce temps.
— Vous avez accueilli une créature dont je lis dans votre âme qu’elle vous est étrange à vous-même, dit la reine. Je vois que son langage vous reste un mystère quand elle a déjà appris le vôtre. Elle a parcouru la Lórien et connaît nos usages, et sans doute nos places fortes. Ignorez-vous que certains des Premiers-Nés se sont par la force des choses convertis en espions de l’Ennemi ?
— Ce n’est pas une ennemie, dit Carangil. Elle n’a pas cherché à me cacher qui elle était. Je n’ai pas vu d’ombre en elle.
— Si elle n’a pas tenté de se dissimuler à vous, vous pouvez certainement me dire d’où elle est venue ?
— Elle ne s’en souvient pas, dit Carangil.
Il sentit que cela n’allait pas faciliter la situation. Il essaya de soutenir le regard de la reine, qui plongeait bien plus loin que ses yeux et s’enfonçait directement dans son âme.
— Quand même vous pourriez m’assurer qu’elle n’a rien à cacher de sombre, dit-elle, il n’y a rien qui vous assure qu’elle ne tombera pas sous la coupe des ténèbres, puisqu’à ce que je vois ce n’est pas une Eldar. Alors elle aura à leur apprendre bien assez pour nous perdre. L’hospitalité n’est plus un bienfait pour tous.
Carangil baissa résolument les yeux, de plus en plus perplexe devant la logique de Galadriel. En fin de compte, il lui demanda quel serait son bon vouloir.
— Nous allons reconduire cette étrangère hors du pays, dit-elle. Le royaume de Mirkwood a des prisons très sûres, et dans le cas où elle n’aurait pas envisagé de mal contre nous, les geôliers y sont des plus bienveillants. Nul doute qu’elle n’aura aucune difficulté à converser avec eux. Allez avec elle et votre frère attendre qu’on lui envoie une escorte. Et puisque nous sommes entre nous, j’imagine que vous ne souhaitez pas quitter tout de suite le printemps des mellyrn ?
Il secoua la tête. Comme on lui avait permis de s’en retourner seul, il descendit beaucoup plus vite qu’il n’était monté.
Norgil constata assez rapidement qu’entretient il y avait eu, et que les choses se seraient mieux passées s’ils avaient laissé Anh Ni chercher le miroir toute seule.
— Si seulement la Dame oubliait cette habitude de lire dans les esprits, dit Carangil, qui bien qu’il n’eût pas mentionné ce détail était déjà en proie à une abominable migraine. Où est Anh Ni ?
— Bien clairvoyant qui pourra le dire, répondit Norgil. J’espère que ce n’est pas si grave ?
— Pas si les geôliers de Mirkwood sont aussi aimables qu’on le dit.
Après un court vertige, il sentit ses esprits se remettre en ordre. La Dame allait au bout de ses intentions. Non seulement elle lisait les pensées, mais en outre elle faisait en sorte que leur auteur n’ait plus du tout envie de les concevoir de nouveau.
— Une seule question demeure, dit-il. Devons-nous la chercher nous-mêmes, ou courageusement nous résoudre à partir d’ici à sa place ?
— J’attendrai ici avec vous, entendit-il. Ne vous inquiétez pas.
Anh Ni émergea d’entre les branches.
— J’ai entendu tout ce que vous a dit votre reine, dit-elle. J’attendrai vos guerriers. S’il le faut, je leur expliquerai.
— Ne t’attends pas à émouvoir quelqu’un, dit Carangil.
— Alors j’irai dans ces prisons où on est si tendre avec vous, dit-elle. Ca n’a pas l’air bien terrible.
Carangil se retourna.
— Une seconde. Tu nous as écoutés ?
— J’ai entendu par hasard qu’on parlait de moi. La Dame ne prend guère de soin à cacher ce qu’elle pense.
Puis elle se tourna vers le bord du talan, où elle ne remarqua pas le regard stupéfait des deux frères. Elle observa tout de même :
— Je ne vois rien de moins honorable que de lire de force les pensées des gens, surtout si ce ne sont pas des ennemis. Mais si vos ennemis arrivent, je ne veux pas qu’on vous traite comme si vous en étiez.
Elle demeura donc perchée à leurs côtés, brillante dans le soleil ; au bout d’un moment elle commençait à fredonner un air qui avait eu un certain succès depuis quelques décennies. Les archers eurent bientôt gagné le pied de l’arbre.
Anh Ni descendit promptement. Elle salua les archers qui voulurent malgré tout lui lier les mains ; lorsqu’elle les enjoignit de prendre à leur aise toutes les précautions qui leur sembleraient bonnes, ils prirent un air réellement soupçonneux, mais force leur fut d’admettre qu’ils n’auraient aucune résistance à vaincre. De leur talan les deux frères virent la jeune fille leur adresser une dernière courbette, puis se mettre en marche au milieu du chemin.
Ils disparurent au premier tournant, mais Carangil ne détourna pas les yeux.
— Quelle puissante sorcière elle devait être, dit-il. Je ne sais pas si l’inquiétude de la Dame m’étonne vraiment, tous comptes faits.
— Les sorcières n’existent pas, répéta son frère par habitude.
Carangil réalisa d’un coup que ce n’était pas le problème.
— Norgil, je me suis conduit comme un misérable, dit-il. J’ai offert l’hospitalité à cette jeune fille et j’ai laissé les archers l’emmener sans bouger de mon arbre. Cette conduite est ignoble.
— Tu ne l’as pas livrée aux archers. C’est elle qui s’est rendue pour ne pas te mettre en péril.
— Le péril n’est pas trop grand et depuis qu’il s’est installé à Mirkwood les prisons du roi Thranduil sont connues pour leur bon vin et leurs évasions spectaculaires. Ce n’est pas une question de péril, il s’agit de mon honneur.
— Dans ce cas il ne me reste plus qu’à tenter de le récupérer avec toi, dit Norgil.
Et il le suivit jusqu’à la voie au pied de l’arbre. Ils prirent le chemin du Nord, en courant par instants.
— Je ne te ferai seulement pas l’injure de te recommander d’intercéder en la faveur d’Anh Ni par des moyens à la mesure de ton honneur, dit Norgil.
— Je l’espère. Je trouverai un moyen de parler au roi de Mirkwood. Ensuite, ce sera à Anh Ni de me dire ce qu’elle attend de moi.
— Si on veut bien te laisser lui parler.
— Je crois qu’elle n’en a pas besoin, dit-il en repensant malgré tout avec quelque déplaisir au mal de tête que lui avaient causé les méthodes de la reine.
— Que ne ferait-on pas par hospitalité, remarqua Norgil.
Et puis sa remarque suivante lui fondit hors des lèvres.
Ils n’avaient pas encore rejoint les archers que des cris abominables arrivaient jusqu’à eux. Puis il y eut le fracas des armes et des armures. Les hurlements étaient trop horribles pour être venus des Elfes, mais malgré tout les deux frères se ruèrent devant eux, en brandissant leurs propres arcs. Avant qu’ils n’aient atteint ce bord de la forêt, tout bruit se tut d’un seul tenant.

Voir le chapitre 4 sur 8



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.