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La promesse de Tol Galen

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 4: Le chevalier Hincmar
(par Gurth, ajouté le 20/09/03 15:38)


   Lui, bien sûr.

    « Hey alors, mes joyeux drilles, vous semblez tout penauds ! Vous savez maintenant ce qu’être lâche signifie, et je dois reconnaître que c’est là un sentiment malaisé ! Après tout, ces misérables créatures n’étaient que trois, et même si ces orques portaient mailles et haches d’arme, vous n’auriez dû en faire qu’une bouchée. C’est la peur qui vous a terrassé, et pas vos ennemis, qui eux n’étaient pas plus dangereux que des chiots – et plus idiots encore ! Vous m’avez condamné à un bien triste choix, vos vies ou votre honneur. Mais enfin, je n’ai pas hésité, et j’espère que vous ne m’en voudrez pas trop. »

   La moquerie était cruelle, mais juste. Il sourit à son sarcasme, puis son expression changea, se fit bienveillante. C’était encore un jeune chevalier insouciant, ivre de sa puissance, et il ne connaissait pas la hargne. Il avait pitié de nous, et il savait que si la bataille rangée convient aux nobles guerriers, elle est fort peu goûteuse aux hommes des forêts.

    « Mon nom est Hincmar, fils de Gislemar. Je sers la Maison d’Hador, bien que je craigne qu’elle ne soit plus aujourd’hui qu’un souvenir.
- Haldir de Brethil était notre Seigneur. Une compagnie de ces maudits orques nous sépara de lui au cours de la bataille, et nous fûmes entraînés au loin. Nous avons tenu aussi longtemps que possible, mais lorsque tout espoir fut perdu, nous avons fui, expliquais-je rapidement. Je suis Grimoald, et voici Alwyn et Ysarn. Dites-nous chevalier, où en est la bataille ?
- Ainsi, vous l’ignorez ? Une défaite, mes amis, la plus grande de toutes les défaites ! Moi-même je me tenais au côté de Húrin, frère de Huor. Vous avez fui trop tôt, et je m’étonne que vous n’ayez pas rencontré les lanciers de Gondolin ! Hey oui, le Roi Turgon s’est porté à notre secours, et nous reprîmes espoir. Lorsque Maedhros nous eus rejoint, j’entrevis la victoire ! Hélas, quel fou j’étais ! Les Hommes de l’Est nous ont trahi, ils se sont enfuis ou nous ont attaqué. Alors Morgoth lâcha ses démons, et nous sûmes que la bataille était perdue. Quand la situation fut désespérée, nous, les Hommes de Dor-lómin, avons formé l’arrière-garde des Gondolindrim. Hélas ! Mon cheval s’effondra sous moi, et je tombais, assommé. A mon réveil, des Elfes m’entouraient. Ils s’étaient repliés avec succès, grâce au sacrifice de la Maison de Hador. J’aurais du mourir avec eux ce jour là, soupira tristement le chevalier.
- Mais alors, sans doute serions-nous tous morts aujourd’hui. »

   Il acquiesça d’un sourire. « Aurë entuluva… » murmura t-il ensuite, avant de nous tendre une gourde. Du vin de Dorwinion, offert par les elfes. C’était un grand honneur qu’Hincmar le partage avec nous, mais Alwyn fut avare en remerciements, ce qui me gêna un peu vis à vis du chevalier. Il ne sembla pas y prendre garde. Alwyn avait perdu son frère, et bon nombre de nos amis dans la bataille, et depuis lors parlait fort peu. Son regard semblait vide, comme celui d’un mort, mais s’était réveillé devant Hincmar. Cela ne présageait rien de bon. Nous étions encore loin de Brethil. Quelles étaient les intentions du chevalier ? Sans nul doute le Hithlum avait-il été envahi, et les Easterlings, ou pire, les orques, étaient les nouveaux maîtres de Dor-lómin. Les royaumes elfes ne se soucieraient certainement pas d’un humain comme lui, la meilleure chose qu’il pouvait sans doute faire était de rejoindre les forestiers de Brethil, et de s’installer là-bas. Il pourrait y prendre femme, et devenir un seigneur respecté. C’était un magnifique guerrier, et ses armes étincelaient au Couchant. Il but encore une gorgée de vin.

    « Alors, forestiers, vous rentrez chez vous, à présent, je suppose. Bienheureux ceux qui ont un foyer où ils peuvent encore aller se réfugier après la tempête de la guerre ! Mais moi je suis désormais un chevalier sans Seigneur, et la Dame de Dor-lómin est maintenant seule au milieu de nos ennemis… Ah, Morwen Eledhwen, vous saurez faire face, j’en suis sûr… Peut-être devrais-je rentrer. J’aurais du mourir avec vous, Seigneur. »

   Encore ces mêmes mots. Il ne vivrait pas longtemps, le chevalier Hincmar, avec d’aussi morbides pensées. Ysarn tenta maladroitement de le convaincre de venir avec nous. Sa plaidoirie était ridicule, et avait même des accents comiques. Le vin semblait parler à sa place, révélant à quel point il était rustre et mal éduqué. C’était un forestier, un être solitaire qui aspirait à vivre libre sous les arbres. Hincmar perçu sa simplicité, et s’attendrit. Il l’appela « Maître Ysarn » et partagea à nouveau une gorgée de vin avec lui. Mais il avait une décision à prendre seul, choisir entre la vie et la mort. Alwyn contemplait la scène avec un regard sombre. Je le pris à part.

    « Que se passe t-il, Alwyn ? Il y a un problème avec ce chevalier ?
- Oui. Regarde-le. C’est un guerrier.
- Hey, sans doute. Et alors ?
- Je hais les guerriers à présent. Comment ose t-il encore parader avec son épée ?
- Il peut en être fier, c’est un héros !
- Tu ne vois donc rien ? Il est comme nous, c’est un lâche ! Il a abandonné son Seigneur, et il ose nous faire la morale ? Aucun homme courageux n’a pu survivre à cette boucherie, tu le sais bien. Ou bien aurais-tu déjà oublié comment tu as fui le champ de bataille ? Te rappelles-tu comment tu as jeté au loin l’épée que le seigneur Haldir t’avait offerte ? Te rappelles-tu le regard de Wyrn ? Tu - nous l’avons abandonné parce qu’il ne courait pas assez vite avec sa flèche fichée dans le dos !!! Ses hurlements ne quittent plus mes oreilles!
- Tais-toi, Alwyn ! Ne reparle plus jamais de Wym. C’est terminé maintenant. Nous sommes encore vivant, et c’est tout ce qui compte. C’est la même chose pour Hincmar, alors essayons de le garder en vie, près de nous.
- C’est trop facile. »

   Puis il se tut. Je crois qu’il avait un peu peur de moi. Je comprenais ses sentiments, mais ça n’était pas le bon moment pour cela. Nous étions au milieu de nulle part, tournant le dos à la plus grande armée qui ait jamais déferlé sur ces terres, et notre survie n’était pas encore assurée. Il nous fallait rejoindre Brethil aussi vite que possible, espérant que nous y serions à l’abri. Et l’aide d’un chevalier bien armé comme Hincmar ne serait pas de trop. Ysarn continuait de parler, mais plus personne ne l’écoutait. Hincmar s’était tourné vers l’Ouest, vers Hithlum. Un vent puissant lui fouettait le visage. Ses yeux mouillés brillaient. Pleurait-il à cause du vent ou de la tristesse ? Mais le vent lui-même se lamentait.

   Nirnaeth Arnoediad. Telle était le nom de cette bataille, au dire d’Hincmar. Les Larmes Innombrables.

   Cela sonnait comme une légende, une histoire des Elfes. Mais c’était bien pis que cela. Nous étions dans la légende, nos amis étaient morts, nous ne valions guère mieux, et les jours heureux étaient définitivement passés. Comment un simple forestier pouvait-il être pris dans une telle tourmente ? Cela concernait les Elfes, ou les Puissances de l’Ouest. Des dragons ! Des Balrogs ! C’en était trop. Il fallait nous sortir au plus vite de ce mauvais rêve. Hey quoi ? Etait-ce donc mal de n’avoir pour seule ambition que de posséder une petite maison en lisière de la forêt, d’épouser une gentille fille et de vivre une vie paisible ? Pourquoi nous avait-on arraché à ces modestes ambitions pour nous jeter dans la légende et la guerre ?

   Je me tournais vers Hincmar. Il s’employait maintenant à ramasser les flèches de l’archer orque. Je remarquais alors qu’un carquois pendait à la selle du cheval de bât, vide.
« Voulez-vous de l’aide, Hincmar ?
- Merci, cela ira pour ces flèches. Si vous le voulez, allez donc raccrocher la lance à mon sommier. Demain nous ne tarderons pas trop à nous mettre en route. L’endroit est plutôt glauque.
- Alors vous nous accompagnez, chevalier ?
- Pour un temps, tout du moins. J’aviserais ensuite, quand l’air sera plus sain. Je pense que ma compagnie ne vous déplaira pas trop. Nous pourrions croiser des créatures plus dangereuses que ces malheureux orques. Et ainsi que vous avez pu le voir, je suis bien armé. Je vois que vous ne portez qu’un poignard. J’ai une épée courte dans mes bagages, et peut-être Ysarn pourrait-il prendre mon arc. Alwyn m’a l’air d’avoir une bonne hache.
- Grand merci, chevalier.
- Pour l’heure, il nous faut nous installer pour la nuit. Maintenant que je l’ai débarrassé de ces orques, la place sera plus confortable. »

   Ainsi, alors que nous allions nous reposer, il me remit une épée. C’était une bonne lame, glissée dans un fourreau solide. Mais à la pensée de l’épée du seigneur Haldir, la poignée me brûla la main, et je l’accrochais bien vite à ma ceinture. Quant à Ysarn, il ne cessait de regarder son arc. C’était une arme elfique, magnifiquement sculpté, mortelle œuvre d’art. Une fois encore mon esprit s’obscurcit face aux pennes des flèches orques. Elles me rappelaient trop Wyrn.

Voir le chapitre 4 sur 6



Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.